Entre une grève des diplomates israéliens, qui perturbe les préparatifs, et la déconvenue des chrétiens arabes, qui se considèrent comme les oubliés du pèlerinage papal, le très attendu premier voyage de François en Terre sainte à la fin mai s’annonce jalonné d’obstacles.

Si le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, a bon espoir que la grève générale au ministère israélien des Affaires étrangères ne s’éternisera pas, il a reconnu jeudi qu’elle comportait « un danger, un risque d’annulation » de la partie israélienne de la visite, du 24 au 26 mai entre la Jordanie, les Territoires palestiniens et Israël.

« Si elle dure pendant deux mois, je ne vois pas comment nous pourrons faire la visite en Israël. Ce qui est certain, en revanche, c’est que la visite aura lieu en Jordanie et en Palestine », a prévenu Mgr Twal, la plus haute autorité catholique romaine en Terre sainte, en présentant à la presse le programme officiel du pèlerinage.

Une grève des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères depuis plusieurs semaines pour des revendications salariales complique les préparatifs de ce bref voyage sur les lieux du christianisme, complexe politiquement et pour lequel des conditions de sécurité maximales sont requises.

« Israël a donné l’assurance — à la fois du bureau du Premier ministre et des services du ministère des Affaires étrangères que la grève n’affecterait pas la visite », a souligné le père David Neuhaus, directeur de la commission des médias pour le voyage du pape.

Les grévistes ont repris leurs laborieuses négociations avec le ministère des Finances et un accord pourrait survenir dans les prochains jours. Mais en attendant, ils refusent de s’occuper du déplacement du pape, a confirmé à l’AFP une syndicaliste, précisant qu’une mission préparatoire du Vatican avait déjà été annulée.

Il est sûr qu’une annulation du voyage aurait des conséquences sur le tourisme et les pèlerinages, de nombreux fidèles ayant déjà réservé des séjours en prévision de la visite du Saint-Père.

Déception en Galilée

Au-delà de cette embûche vraisemblablement passagère, la brièveté du voyage de François en Terre sainte a suscité une certaine déconvenue en Israël, sinon incompréhension, en particulier chez les Arabes chrétiens de Galilée (nord), à Nazareth notamment, que le pape n’ira pas voir, contrairement à ses prédécesseurs.

En 2000, Jean Paul II avait effectué un pèlerinage de six jours en Terre sainte et Benoît XVI était resté cinq jours en 2009.

Le point culminant du programme sera une prière oecuménique avec les chefs des différentes Eglises de Jérusalem, en présence du patriarche orthodoxe de Constantinople Bartholomée.

Un geste fort qui aura lieu symboliquement 50 ans après la rencontre historique entre Paul VI et le patriarche de Constantinople, Athénagoras, à Jérusalem.

« Il y a une grande déception en Galilée, le lieu de prédication de Jésus et de ses disciples. Le programme (du pape) ne répond pas à l’attente des fidèles locaux », confie un responsable catholique du nord d’Israël.

« Je suis d’accord avec eux », opine le patriarche latin de Jérusalem . « Nous aimons tellement le pape que nous voudrions qu’il reste un petit peu plus longtemps avec nous. J’ai passé les trois derniers jours en Galilée et à Nazareth et j’ai pu vraiment constater leur désir de voir le pape un jour », a témoigné Mgr Twal.

Les médias se sont aussi fait l’écho de la déception des autorités israéliennes, notant que l’autre « événement phare » du voyage du pape en Terre sainte serait la grande messe présidée par François le dimanche 25 mai à Bethléem, en Cisjordanie, et profiterait à l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas qui « y gagnera une prééminence internationale ».