Frans Krajcberg, le sculpteur et environnementaliste juif, s’est éteint à 96 ans
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Frans Krajcberg, le sculpteur et environnementaliste juif, s’est éteint à 96 ans

Le survivant de la Shoah devenu défenseur des forêts brésiliennes, avait expliqué qu’il était inspiré par l’antisémitisme dont il avait fait l’expérience en Europe

En 1972, Frans Krajcberg s’est installé dans une cabane en bois dans la campagne de l’État de Bahia, un État fédéré du Brésil. (Crédit : capture d'écran Instagram via JTA)
En 1972, Frans Krajcberg s’est installé dans une cabane en bois dans la campagne de l’État de Bahia, un État fédéré du Brésil. (Crédit : capture d'écran Instagram via JTA)

RIO DE JANEIRO – Frans Krajcberg, l’un des sculpteurs et environnementalistes les plus éminents du Brésil est décédé.

L’artiste juif, né en Pologne, et dont la famille a été décimée pendant la Shoah, est décédé dans un hôpital de Rio mercredi, à l’âge de 96 ans.

Peintre accompli, graveur, et photographe, c’est les sculptures faites à partir de troncs de racines d’arbres calcinés par des feux de forêts ravageurs qui l’ont rendu célèbre.

« Dans mon travail, il y a évidemment des réminiscences culturelles, des réminiscences de guerre, qui émergent de mon subsconscient », avait-il écrit en 1970, dans Negro River Naturalist Manifesto, qu’il avait co-écrit.

« Avec tout le racisme et l’antisémitisme que j’ai subi en Europe, je n’aurais pas pu faire de l’art autrement. »

Karjceberg avait été formé comme artiste en Europe. Il a fui les ravages de la Seconde Guerre mondiale et est arrivé à Sao Paulo en 1948. En 1951, il a participé à la première édition de l’International Biennal de la ville, avec deux tableaux.

Fatigué par la brutalité humaine, il a cherché refuge dans la nature, et en 1972, il s’est installé dans une cabane en bois dans la campagne de l’État de Bahia, un État fédéré du Brésil. Il travaillait dans son studio, dans la ville voisine de Nova Vicosa, et s’est consacré à la protection de la Forêt Atlantique, déjà dévastée.

Son corps a été incinéré jeudi, et ses cendres ont été dispersées dans les bois, selon sa volonté.

« J’ai perdu toute ma famille de façon barbare. Vous voulez savoir comment ? », avait-il raconté au journal brésilien Rio’s O Globo en 2015. « Ils (les nazis) avaient creusé un immense trou, les ont jetés vivants, et les ont recouverts de terre. Je ne supportais plus de vivre. J’étais seul, je voulais fuir de tout, et précisément de l’humanité. »

Karjcberg avait souvent excédé les autorités gouvernementales en attirant l’attention sur le problème de la déforestation au Brésil. Le New York Times avait publié un article en 1989 sur l’une de ses expositions intitulé « L’Art comme Glaive pour Défendre les Forêts Brésiliennes ».

Il a remporté les éloges dans le monde entier en 1992, quand il a exposé ses œuvres au Musée d’Art moderne de Rio, lors de la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement. Protégé de Marc Chagall et de Georges Braque, il a remporté plusieurs prix biennaux ces 30 dernières années. Les œuvres de Karjcberg se vendent entre 10 000 et 200 000 dollars.

Adolpho Bloch, le défunt magnat des médias et juif brésilien, avait joué un rôle majeur dans la promotion du travail de Krajcberg et ils sont devenus très proches.

« Bloch avait projeté Krajcberg au Brésil et à l’internation », a affirmé Osias Wurman, consul israélien honoraire à Rio au JTA. « Il passait toutes les fêtes juives avec la famille Bloch. »

Bien que Krajcberg eût gardé un studio à Paris, il disait ne jamais se sentir aussi juif qu’au Brésil, aussi compliqué que ça soit.

« Ici, je ne me sens pas étouffé par les bois cultivés d’Europe, ni inquiet par l’intolérance européenne. Ici, je me sens juif parce que je suis juif, et par-dessus tout parce que j’ai été contraint d’être un juif, mais je ne suis pas religieux », avait-il écrit dans son manifeste.

« Je crains le fanatisme du nationalisme et des religions. J’ai toujours été un internationaliste, et la nature a fait de moi un citoyen du monde. »

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