Le ministère syrien des Affaires étrangères a porté plainte contre le bombardement israélien présumé d’un site militaire dans le nord du pays, jeudi.

Dans une lettre envoyée au secrétaire-général de l’ONU, Antonio Guterres, ce courrier syrien affirme que les attaques répétées présumées israéliennes entrent dans le cadre des tentatives de l’Etat juif de protéger les groupes terroristes Jabhat al-Nusra et de l’Etat islamique.

Il demande au Conseil de sécurité des Nations unies d’agir contre Israël.

Le site pris pour cible avant l’aube, situé dans l’ouest syrien, au nord de la localité de Mesyaf, serait utilisé par l’Iran, un autre allié du régime de Bachar al-Assad, et le Hezbollah.

La frappe a touché un camp d’entraînement et une branche du Centre de recherches et d’études scientifiques de Syrie (SSRC). Cet organisme est accusé par les Etats-Unis et d’ex-responsables israéliens d’aider à développer du gaz sarin, une arme qui selon l’ONU a été utilisée pour une attaque meurtrière sur la ville syrienne de Khan Cheikhoun (ouest) en avril.

Le régime a qualifié de « mensonges » les accusations de recours à l’arme chimique à Khan Cheikhoun, et l’armée syrienne n’a pas fait mention du SSRC dans son communiqué sur les raids de jeudi.

« Des avions de guerre israéliens ont tiré à 02H42 (23H42 GMT) des missiles depuis l’espace aérien libanais, ciblant une de nos positions militaires à proximité de Mesyaf, et ont provoqué des dégâts matériels et la mort de deux personnes sur le site », a affirmé l’armée.

Celle-ci « met en garde contre les sérieuses répercussions de tels actes d’agression sur la sécurité et la stabilité » régionales.

Dans des missives adressées à l’ONU, le ministère syrien des Affaires étrangères a accusé Israël de « protéger les terroristes » en menant ces frappes, selon les médias officiels. « Il est inacceptable que le Conseil de sécurité n’ait pas encore entrepris une action pour faire cesser ces attaques ».

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a confirmé que les frappes avaient visé le SSRC, sans pour autant pouvoir dire quel type d’armement y était produit.

L’OSDH, qui s’appuie sur un large réseau de sources à travers la Syrie, a précisé que le site visé était connu pour être utilisé par du personnel militaire iranien -qualifié « d’experts »- et des combattants du Hezbollah.

« Le centre de recherche a certainement été endommagé. Un énorme incendie s’est déclaré dans un dépôt d’armes contenant des missiles », a ajouté l’ONG.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 3 septembre 2017. (Crédit : Abir Sultan/Pool/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 3 septembre 2017. (Crédit : Abir Sultan/Pool/AFP)

Fin août, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a accusé l’Iran, ennemi juré d’Israël et soutien du Hezbollah, de « transformer la Syrie en camp retranché ». Il y construit des usines de production de missiles et entend se servir de la Syrie et du Liban « avec l’objectif déclaré d’éradiquer Israël ».

Un ex-chef des renseignements militaires israéliens, Amos Yadlin, a affirmé sur les réseaux sociaux que le site touché produisait « des armes chimiques et des barils explosifs ayant tué des milliers de civils syriens ».

Ca n’est pas une opération « de routine » et, si la frappe est l’œuvre d’Israël, il s’agit d’un message pour dire qu’il ne permettra pas la production de telles armes en Syrie et d’un « message adressé aux grandes puissances sur les lignes rouges fixées par Israël ».

Un ex-conseiller à la Sécurité nationale israélienne, Yaakov Amidror, a aussi avancé qu’il s’agissait d’un important centre de recherche et de développement d’armes notamment chimiques. « C’est la première fois » qu’une telle « cible est attaquée », a-t-il dit à des journalistes. « Nous n’allons pas laisser l’Iran et le Hezbollah construire des capacités leur permettant d’attaquer Israël depuis la Syrie ».

Israël a lancé cette semaine des exercices militaires d’envergure, les plus importants en près de deux ans, simulant un conflit avec le Hezbollah.

Mercredi, des enquêteurs de l’ONU ont indiqué pour la première fois que le gouvernement syrien était responsable de l’attaque chimique à Khan Cheikhoun.

Le régime Assad a assuré avoir remis tous ses stocks d’armes chimiques. Mais en 2016 deux rapports d’enquêteurs de l’ONU et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques avaient conclu que Damas avait mené trois attaques au chlore en 2014 et 2015 dans le nord syrien.