Le théoricien militaire prussien Carl Von Clausewitz avait déterminé, dans une célèbre formule, que « la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens ».

Au 44ème jour de l’opération Bordure protectrice, alors qu’Israël frappe des cibles dans la bande de Gaza, que des roquettes continuent d’être lancées sur Israël, et que le cabinet, encore une fois, réfléchit à l’appel de réservistes supplémentaires et à la possibilité d’une invasion terrestre, il faut désormais se demander : qu’est-ce que la politique d’Israël par rapport à Gaza et de quelle manière la guerre permettra-t-elle de faire évoluer la politique ?

Voici quelques réflexions sur cette question et d’autres aspects d’un conflit dans lequel les deux parties sont fatiguées et ne sont pas disposées à faire des compromis.

Le cabinet semble fondamentalement divisé entre ceux qui veulent écraser militairement le Hamas ; ceux qui souhaitent créer un mécanisme international, que ce soit par un décret du Conseil de sécurité des Nations unies ou par un sommet pour la paix dans la région, qui donnerait les rênes à Mahmoud Abbas ; et ceux, en particulier au sommet de la pyramide politique, qui cherchent le maintien d’un statu quo, qui ne renforcerait personne, et qui se placerait sous le signe de la dissuasion.

Ces différences ont probablement joué un rôle dans l’utilisation incertaine de la force dans la bande de Gaza à ce jour.

Invasion terrestre étape 2

Si Israël choisit de ré-envahir Gaza, il devra agir de façon décisive et trompeuse. L’organisation terroriste devra être frappée précisément au moment et à l’endroit qu’elle ne soupçonne pas. Il s’agit, comme le Times of Israel l’a mentionné plus tôt dans cette campagne, de s’aligner avec la doctrine Sharon, qui a jugé que les histoires « post-1967 » sur les armées arabes fuyant face à Israël, laissant leurs bottes dans le sable, étaient des sottises. « Si on les attaque de la façon dont ils ont été formés », avait dit le ministre à son fils Gilad à maintes reprises, « ils vont se battre jusqu’à la mort ».

Le Général Uzi Dayan, ancien conseiller à la sécurité nationale, a plaidé en faveur d’une invasion terrestre. Mercredi, il a dit qu’Israël avait été aux prises avec les « bras de la pieuvre » – les tunnels, les roquettes et les missiles anti-tanks. « Je m’attaquerais à la tête », a-t-il précisé dans un entretien téléphonique. « Dès le moment où nous décidons d’une invasion terrestre, je m’attaquerais à la tête ».

La Kryptonite du Hamas

On doit considérer, cependant, que la Kryptonite du Hamas et des autres organisations djihadistes n’est pas la mort, mais la paix et la prospérité.

Toute personne ayant vécu en Israël durant les mois suivant l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin (en novembre 1995) se souvient des attentats-suicides du Hamas – des assauts destinés à enterrer le processus de paix qu’ils ont contribué à tuer, avec Yigal Amir, entre autres.

Respect pour le Hezbollah, pas pour le Hamas

L’armée israélienne a beaucoup de respect pour le Hezbollah. Alors une fois que l’on a su que leurs hommes armés marchaient en groupe, évitaient de porter des casques, et fumaient des cigarettes dans le noir, les agents du renseignement militaire ont informé les réservistes avant de partir à la frontière du Liban, que « nous espérons que vous pourrez faire comme ils font [par rapport aux positions de camouflage du Hezbollah] ».

Il est entendu que les hommes armés du Hezbollah se battront jusqu’à la mort ; qu’ils vont essayer de ne pas laisser leurs propres blessés sur le terrain ; et qu’ils vont lancer des attaques audacieuses et complexes. Ce n’est cependant pas le cas du Hamas.

Israël a toujours considéré les hommes armés de l’organisation islamiste à Gaza comme de lâches terroristes. « Le Hamas avait prévu de se battre, mais les Brigades Ezzedine al-Qassam ont été à la hauteur de la tâche », avait écrit le commandant du Shin Bet, Yoram Cohen, dans un article destiné à un think-tank après l’opération Plomb durci.

« Aucun de leurs stratagèmes au sol [des Brigades Ezzedine al-Qassam] n’a fonctionné, et par conséquent, cela ne correspondait pas à l’image publique de vaillants guerriers islamiques compétents que le Hamas s’était échiné à forger ».

Yoram Cohen et Jeffrey White [le co-auteur] ont opposé les hommes armés du Hamas au Hezbollah et aux Talibans, et déclaré que « les combattants islamistes n’ont rien d’original, et, qu’en fait, les Brigades pendant l’opération Plomb durci ont montré tout le
contraire ».

Une morale derrière le masque ?

Philip Zimbardo est psychologue. Il a consacré une grande partie de sa vie à la question de savoir comment et pourquoi les bonnes gens commettaient de mauvaises actions.

En 2004, il a témoigné pour la défense dans le procès de la prison d’Abou Ghraib en Irak, faisant valoir que, sur la base de l’étude qu’il a menée à la prison de Stanford en 1971, tout le monde est capable de commettre des atrocités sans avoir reçu de formation adéquate.

L’apparence, aussi, joue un rôle démesuré dans la volonté de franchir des frontières morales, a-t-il affirmé lors d’une conférence en 2008.
« Y a-t-il une différence si ceux qui font la guerre vont au combat en changeant leur apparence ou pas ? » avait-t-il demandé.

« Y a-t-il une différence s’ils sont anonymes, dans la façon dont ils traitent leurs victimes ?. Nous savons que dans certaines cultures, ils vont à la guerre et ne changent pas leur apparence. Dans d’autres cultures, ils se peignent comme dans Sa majesté des mouches, et dans certains cas, ils portent des masques ».

Un anthropologue, John Watson, a étudié 23 cultures différentes, collectant une multitude de données sur ce sujet : ceux qui tuent changent-ils leur apparence pour la bataille ? Mutilent-ils ou torturent-ils leurs victimes ? « S’ils ne changent pas leur apparence il n’y a qu’un sur huit qui tue, torture ou mutile… S’ils changent leur apparence, c’est 12 sur 13 – soit 90 % qui tuent, torturent ou mutilent. On voit donc ici la puissance de l’anonymat ».

Cette conférence vient à l’esprit en regardant les porte-parole du Hamas le visage totalement couvert, et les bourreaux de l’État islamique, équipés de façon similaire.

Israël a également commencé à revêtir les soldats de ses Forces spéciales de cagoules noires. Un porte-parole de l’armée ne pouvait dire si c’était dans le but de préserver l’anonymat des soldats ou une mesure de sécurité ou encore pour une autre raison. Il n’y a pas de comparaison à effectuer. Mais l’armée israélienne pourrait prendre en considération les conclusions de Zimbardo en entraînant certains de ses soldats.