Fès, Maroc – Parmi les souks épicés et les boutiques artisanales qui bordent les tournants et les allées des mellahs, nom donné aux vieux quartiers juifs des villes, on retrouve des traces d’une histoire riche. Mêlées avec les ombres de cramoisi et les odeurs de fumée et de menthe, les empreintes du passé juif au Maroc subsistent.

Le caractère juif des vieux mellahs (pluriel de ‘mellah’, signifiant ‘sel’ en arabe et en hébreu) est tangible, pas uniquement parce que ces quartiers emmurés ont des cimetières juifs ou des synagogues préservées, mais aussi du fait que la communauté juive y vivait autrefois, donnant naissance à des marchés qui, jusqu’à aujourd’hui, sont remplis d’étalages étourdissants de petits cadeaux : tout est en argent fin, en ambre, on trouve des objets en cuir léger, des textiles, des parfums naturels de l’Afrique et d’ailleurs.

Entre ces objets brillants, des souvenirs juifs, comme des assiettes de Pessah, des poteries ornées d’une étoile de David ou des calendriers vieux de plusieurs siècles avec des inscriptions en hébreu, peuvent être découverts.

Ce sont les témoignages d’un passé juif au Maroc, librement présenté parmi les boutiques antiques et les allées à baldaquin qui sont parmi les lieux les plus touristiques du Maroc.

Avant l’Inquisition, le Maroc avait une population juive qui naissait sur son sol et dont la présence remontait à la période suivant la destruction du Second Temple lors du siège de Jérusalem en 70 de l’ère chrétienne.

Ces anciennes communautés juives se sont installées et ont cohabité avec les Berbères, et c’est seulement plus tard, quand les juifs sépharades se sont enfuis de l’Espagne pour le Maroc et le reste de l’Afrique du Nord – comme le brillant érudit juif Maïmonide, qui est arrivé de la péninsule Ibérique pendant ce que l’on a considéré l’âge d’or du judaïsme, que les traditions sépharades ont pris le dessus sur les coutumes autochtones et la pratique de judaïsme de l’ancien groupe.

Le premier mellah a été créé en 1438 à Fès, la plus vieille ville impériale du Maroc, où les juifs ont joué un rôle de développement important, particulièrement grâce à leurs compétences commerciales et leurs contacts régionaux.

Bien que les juifs aient été forcés de vivre dans ces zones emmurées jusqu’à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, habiter dans les mellahs n’était pas toujours considéré comme un désavantage.

Ils comprenaient des maisons spacieuses et leur excellente situation géographique, typiquement aux alentours du palais royal, était considérée comme un avantage pour les juifs car cela leur garantissait une meilleure protection contre d’éventuelles attaques.

Pourtant, au fil du temps, les rues étroites des quartiers se sont engorgées pour finir par grouiller de monde et sont devenues synonymes de ghettos. Les juifs étaient confinés dans les murs intérieurs des mellahs délabrés, les zones ont été associées à des malédictions, de terre ‘salée’, et c’est ainsi que les juifs étaient perçus dans la société marocaine.

Des historiens prétendent que le terme mellah désignait également des rituels auxquels la communauté juive devait procéder : saler les têtes des juifs qui devaient être exécutés.

Avec le temps, le Maroc est devenu le foyer de la plus importante population juive du monde arabe. Avant la fondation de l’Etat d’Israël, il y avait plus de 350 000 juifs marocains éparpillés à travers tout le pays dans près de 100 communautés.

Sous le règne du dirigeant actuel, le roi Mohammed VI, le Maroc fait preuve de tolérance, si ce n’est de bienveillance, pour sa communauté juive intérieure, pour les communautés juives à l’étranger mais aussi pour les touristes israéliens.

Le roi avait promis de restaurer les synagogues du pays, et en 2013, il a tenu une bonne partie de sa promesse en accordant des fonds pour rénover Slat Alfayysiyne, une synagogue de Fès datant du XVIIème siècle.

Le pays n’a pas vécu d’histoire de persécution des juifs dans les décennies récentes, et a reconnu les contributions de la communauté juive à la richesse de sa culture et de son histoire.

Pourtant, l’opinion populaire sur les juifs n’est pas très bonne, et tout spécialement depuis la création d’Israël en 1948.

« Autrefois, mon grand-père avait un magasin près du mellah, explique Mohamed, chauffeur de taxi bavard et âgé d’une cinquantaine d’années, lors d’une course récente à Marrakech. Il est mort après la Seconde Guerre mondiale, mais je me rappelle bien lui rendre visite chaque jour après l’école… Beaucoup d’amis et de clients étaient juifs. Les juifs étaient mélangés avec les musulmans à l’époque. Vous savez, les choses étaient simples. »

Et d’ajouter : « C’est différent maintenant. Je ne sais pas bien pourquoi. En plus, beaucoup de juifs sont déjà partis… je crois que la politique complique les choses. »

Pourtant, le Maroc reste le pays du monde arabe le plus bienveillant envers Israël, même si des voix s’élèvent de plus en plus dans la société pour empêcher la normalisation des relations avec Jérusalem, comme en témoignent les deux lois introduites dans la législature l’année dernière qui rendaient illégal tout contact avec Israël.

Aujourd’hui, les juifs marocains qui ne sont pas partis pour la France ou pour Israël s’élèvent à environ 3 000 âmes dont la majorité vit à Casablanca, le centre politique et économique du pays. Ceux qui sont restés possèdent des entreprises, disposent de bons contacts et d’une situation aisée.

Une promenade à travers les vieux mellahs offre un aperçu rafraîchissant sur l’histoire du peuple juif. La misère du quartier continue à exister, mais il y a aussi des éléments pittoresques et animés qui évoquent le vibrant passé juif du Maroc.

Voici une série de photographies qui montrent la vie aujourd’hui à l’intérieur et aux alentours des mellahs de Marrakech et de Fès, les villes qui abritaient autrefois quelques unes des plus importantes communautés juives du Maroc.