Deux hommes cagoulés ont tiré sur des fidèles dimanche à la mosquée de Québec, dans le sud-est du Canada, faisant six morts dans ce que le Premier ministre Justin Trudeau a qualifié d’ « acte terroriste ».

C’est aux environs de 19h30 locale dimanche, à la fin de la dernière prière de la journée, que les deux hommes ont fait irruption dans l’enceinte du centre culturel islamique de Québec avant de faire feu.

Une cinquantaine de personnes étaient rassemblées dans ce lieu de culte où les secours ont déploré six morts et huit blessés, a indiqué lundi Christine Coulombe, porte-parole de la sûreté du Québec lors d’un point de presse.

« La structure de gestion policière contre le terrorisme est déployée », a-t-elle ajoutée.

« Nous condamnons cet attentat terroriste dirigé contre des musulmans se trouvant dans un lieu de culte et de refuge », a déclaré le Premier ministre canadien Justin Trudeau dans un communiqué.

C’est la première fois qu’une attaque de ce genre vise une mosquée au Canada où la population de religion musulmane est estimée à environ 1,1 million, selon l’institut de la statistique.

La police a été avare de détails sur le déroulé des faits.

« Les deux hommes portaient une cagoule noire » et l’un avait « un fort accent québécois », a expliqué un témoin interrogé par Radio-Canada. Quand les tirs ont commencé « les hommes se sont jetés à terre », a-t-il ajouté.

« Deux personnes ont été arrêtées » et placées en garde à vue, a indiqué Cristine Coulombe, l’une « à proximité des lieux et un autre suspect » près de l’île d’Orléans à une vingtaine de kilomètres des lieux où s’est déroulée la fusillade.

Ce deuxième suspect aurait été interpellé à l’issue d’une course poursuite avec la police, selon les médias locaux.

« Pour le moment, rien ne nous porte à croire qu’il y aurait d’autres suspects reliés à l’événement », a ajouté la porte-parole de la police.

Quelques minutes après la fusillade, un important dispositif policier a été déployé, et les premiers blessés ont été soignés dans des ambulances sur place.

C’est dans le quartier Sainte-Foy, dans une vaste zone de bureaux et de commerces à une dizaine de kilomètres à l’ouest du centre historique de la ville de Québec, que le drame s’est joué.

Le même lieu de culte avait été l’objet l’été dernier d’un geste à caractère haineux, quand une tête de porc avait été déposée devant l’une de ses portes.

‘Gestes insensés’

« La diversité est notre force et, en tant que Canadiens, la tolérance religieuse est une valeur qui nous est chère », a souligné Justin Trudeau.

« Les musulmans canadiens constituent un élément important de notre tissu national, et des gestes insensés comme celui-là n’ont pas leur place dans nos communautés, nos villes et notre pays », a-t-il ajouté.

Le chef du gouvernement avait samedi lancé un message de rassemblement et d’unité en promettant d’accueillir les réfugiés « indépendamment de leur foi ». Des propos qui se démarquaient de la politique américaine après la décision du président Donald Trump d’interdire l’entrée des Etats-Unis aux ressortissants de sept pays musulmans.

Trudeau a déclaré dimanche que « les Canadiens pleurent les victimes de l’attaque lâche dans une mosquée de Québec. Mes pensées sont avec les victimes et leurs familles. »

Le chef du gouvernement de la province francophone Philippe Couillard a également condamné cette attaque contre des musulmans. « Le Québec rejette catégoriquement cette violence barbare. Unissons-nous contre la violence et solidarité avec les Québécois de confession musulmane », a-t-il écrit sur Twitter.

« Comme ailleurs dans le monde, Québec est frappé par le terrorisme. Nous allons y faire face ensemble avec courage et avec solidarité », a assuré Couillard.

« Nous partageons tous et toutes un sentiment d’horreur et d’incrédulité », a déclaré Philippe Couillard lors d’une conférence de presse aux côtés du maire de Québec, Régis Labeaume qui a « l’impression de rêver ».

Pour le maire en sanglots, « Québec est en deuil, cette magnifique ville […] vit un drame sans nom ».

Le président Reuven Rivlin a condamné lundi l’ « attaque horrible dans un lieu de culte » et a présenté ses condoléances aux victimes de la fusillade.

François Hollande a dénoncé lundi « avec la plus grande fermeté l’odieux attentat qui a provoqué la mort d’au moins six personnes et de nombreux blessés dans une mosquée à Québec, indique l’Elysée dans un communiqué. C’est l’esprit de paix et d’ouverture des Québécois que les terroristes ont voulu atteindre. »

Le Premier ministre belge Charles Michel a condamné sur son compte Twitter « l’attentat lâche de Québec », et la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini « l’Union européenne est avec le Canada et avec tous les Canadiens en ce jour triste ».

La police canadienne déployée sur les lieux d'une fusillade dans la mosquée du Centre islamique culturel de Québec, le 29 janvier 2017. (Crédit : Alice Chiche/AFP)

La police canadienne déployée sur les lieux d’une fusillade dans la mosquée du Centre islamique culturel de Québec, le 29 janvier 2017. (Crédit : Alice Chiche/AFP)

Les témoins avouaient leur incompréhension après cette fusillade. « Je ne comprends pas pourquoi ici, c’est une petite mosquée et Québec, ce n’est ni Montréal, ni Toronto », a déclaré un homme qui était à l’intérieur du centre au moment de l’attaque, sans vouloir donner son identité.

« On s’y préparait [à une attaque de ce type], car ça se passe dans le monde entier », a confié à l’AFP un policier chargé du périmètre de sécurité.

D’autres mosquées au Canada ont également été la cible de graffitis à caractère raciste au cours des derniers mois.

Le Canada a fait l’objet en octobre 2014 à deux attaques menées par des jeunes hommes radicalisés aux idées jihadistes. En août 2016, un Canadien de 24 ans avait été tué par la police juste avant de perpétrer un attentat suicide et après avoir prêté allégeance au groupe terroriste Etat islamique dans une vidéo.

Près de 60 Canadiens sont rentrés au Canada après avoir rejoint à l’étranger les rangs d’organisations classées « terroristes » par le gouvernement, et 180 autres sont toujours engagés auprès de ces organisations comme l’Etat Islamique, selon les services de renseignements.