Overland Park, Kansas – « Pourquoi une telle tragédie s’abat sur trois âmes innocentes ? Pourquoi de terribles évènements arrivent à de bonnes personnes ? Nous l’ignorons, » a déclaré le Rabbin Arthur P. Nemitoff de la congrégation des B’nai Jehudah.

« Dieu n’a pas causé cette souffrance. Mais, comme nous, il se lamente aujourd’hui. »

Ce furent les premiers mots prononcés durant l’office Unité et Espoir, tenu au Centre communautaire juif de Kansas City ce jeudi, quatre jours après que le néonazi Frazier Glenn Cross ne tue par balle le docteur William Lewis Corporon, son petit-fils Reat Griffin Underwood. Terri LaManno, la troisième victime, a été tuée quelques minutes plus tard devant la maison de retraites, Village Shalom, au bout de la rue.

Le Centre communautaire comptait plus de 1 500 personnes venues exprimer leur foi et leur amour.

Parmi la foule, se trouvaient des centaines de membres du clergé local et des dignitaires de Overland Park, Leawood et Kansas City, ainsi que des fonctionnaires d’Etat venus de Washington DC et d’ailleurs.

L’ambiance était chargée d’une très forte émotion. Il y avait beaucoup de tristesse, un silence inquiétant, mais aussi de l’espoir et un appel à l’amour.

« La religion juive parle de Tikkun Olam, de réparer le monde, » a affirmé Eric Holder, ministre de la justice. « Ce concept est applicable à toutes les croyances
confondues. »

« Il fut un temps, » poursuit-il, « où le monde semblait brisé de façon irréparable. Mais nous sommes ici pour témoigner du désir infini de guérison, passion et paix. »

Holder a appelé l’audience à se battre pour la justice, ne jamais oublier les noms et les histoires des victimes, mais aussi à rester fort et à continuer de vivre.

Le Centre communautaire a rouvert ses portes trois jours après la fusillade, après avoir réparé les portes d’entrée qui avaient été brisées par les balles.

Les activités ont repris aussi normalement que possible, avec une aide psychologique à disposition des employés ainsi qu’une sécurité renforcée.

Cela a été décidé selon le souhait des familles, rapporte le révérend Adam Hamilton de l’église méthodiste de la résurrection.

Bouquets de fleurs déposés devant le centre communautaire juif de Overland Park à la mémoire des victimes des fusillades (Crédit : Julie Denesha/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP)

Bouquets de fleurs déposés devant le Centre communautaire juif de Overland Park à la mémoire des victimes des fusillades (Crédit : Julie Denesha/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP)

S’exprimant au nom de la mère de Reat, Mindy Corporon, Hamilton a affirmé que la famille était « très reconnaissante » de cette immense manifestation d’amour.

« Ils voulaient être ici, mais il était trop tôt pour revenir. Elle [Mindy Corporon] a dit qu’elle ne pouvait encore le faire », a-t-il exprimé.

Mais il a expliqué à la foule en larmes que ce qui permettait à Corporon de rester forte était la foi et les prières de la communauté tout entière – son Église, la communauté juive, les prières des habitants du Kansas et de l’ensemble du pays – ainsi que l’espoir que quelque chose de bon survienne après la tragédie.

« Comment nous débarrassons-nous du mal ? Grâce au bien », a déclaré Hamilton. « Grâce à l’espoir et à la détermination, le mal – et ceux qui le répandent – n’auront pas le dernier mot. »

Avant son discours, le révérend R. Glen Miles du Country Club Christian Church a lui observé la foule, composée de chrétiens, de juifs, de musulmans et de bouddhistes.

« Cet endroit est toujours comme ça », a-t-il annoncé au sujet de l’unité interreligieuse de JCC [centre communautaire juif], où plus de 40 % des membres ne sont pas juifs. « La force de nos liens peut nous permettre de dépasser la haine et de vivre une vie remplie d’amour. »

Alors que les membres de l’assistance regagnaient lentement leurs voitures, le silence a été brisé par les bruissements étouffés de conversations.

Certains se sont tenus la main ; d’autres étaient bras dessus, bras dessous, se remémorant la chanson pour la paix « Osseh Shalom », chantée à la fin de la cérémonie.

« Très émouvant », a murmuré Irene Blend, une des participantes. « Très bien dit. »