La fusillade s’est déroulée en début d’après midi au cours d’un dimanche pluvieux, et é emporté des membres de la communauté juive de Kansas City au milieu d’un jour de fêtes d’anniversaire d’enfants et de cours de natation.

Mitch Gold, dont la fille avait prévu de se rendre à une fête d’anniversaire au Centre communautaire juif au moment de la fusillade, est arrivé à l’immeuble d’Overland Park et a commencé à se diriger avec sa fille à l’intérieur.

Les agents de la sécurité du centre communautaire juif et son directeur les ont pressés de rentrer à l’intérieur d’une salle. Gold et sa fille ont été déplacés avec environ cinq douzaines d’autres parents, le personnel et les enfants.

Cela lui a paru durer deux heures (en fait il ne s’agissait qu’une heure), il a essayé de « garder un sourire sur [le] visage pour les enfants », mais c’était en fait les « esprits insouciants » des enfants qui l’ont aidé à rester calme.

« Est-ce possible : tout cela finirait ici ? » se souvient-il.

« Je vais à la veillée de ce soir, et je vais pleurer. En tant que représentant du centre communautaire juif du Kansas City, ma plus grande crainte est d’entendre ces noms révélés, de peur de les connaître. Mais je connais cette communauté. Les Juifs et les non-Juifs. Une communauté soudée que je vois déjà ensemble pour faire face et surmonter cette tragédie. Je suis fier des membres, le personnel et les familles de ce centre communautaire juif, et de cette communauté. Je ne vais pas dormir ce soir. Mais j’ai eu de la chance. »

Lorsque deux noms des trois victimes ont été révélés – Rmange Griffin Underwood, 14 ans et son grand-père, William Lewis Corporon, 69 ans –  Gold a posté sur sa page Facebook qu’il les connaissait comme il l’avait pressenti. « Nous connaissions bien les victimes. Embrassez vos enfants et vos proches. » a écrit Gold.

La fille de Dara Granoff, Gabbie, venait de terminer un spectacle de danse à la maison de retraite Village Shalom, le lieu de la deuxième attaque. Gabbie venait de rentrer dans l’enceinte du centre communautaire pour assister à une fête quand l’attaque s’est produite.

« Je ne sais pas combien de temps il m’a fallu pour le savoir, mais une fois que je l’ai su, j’ai dû attendre cinq minutes de plus avant que l’enseignante me dise qu’elle [Gabbie] était en sécurité, C’était cinq folles minutes pendant lesquelles je ne savais pas où elle était ou ce qui se passait. Tout d’abord, je ne savais pas si c’était vrai. J’ai pensé que c’était peut-être une rumeur. J’ai essayé de joindre l’enseignant par email et elle m’a répondu rapidement. »

Granoff dit que l’attaque l’a laissée perplexe.

« Je ne sais pas quoi penser maintenant. Nous n’aurions jamais cru que cela arriverait ici, ou ailleurs. Mais nous savons que ces choses ne se produisent dans notre monde. C’est bouleversant. C’est trop près de la maison », dit-elle.

Granoff a reçu des tonnes d’emails, d’appels téléphoniques et de SMS pour lui demander si elle et sa famille étaient en sécurité.

« C’est tellement gentil que les gens pensent à nous, mais c’est horrible d’avoir cette inquiétude, » a-t-elle conclu. « Je pense que nous devrions avoir de bonnes nouvelles. Je pense qu’il est bon que nous nous apprêtons à célébrer la Pâque ; avec nos familles. »

Anne Green a eu les mêmes émotions. Elle a été conduite vers le CCM pour déposer ses deux enfants plus âgés à des cours de natation quand une voiture de police passait à proximité. En arrivant sur les lieux, une dizaine de minutes après la fusillade, elle a vu deux autres voitures de police arriver.

Green se rappelle avoir pensé combien c’était étrange. Alors qu’ils se dirigeaient vers le bâtiment, ils ont vu une voiture garée sur le côté, avec des fenêtres brisées. La famille Green n’a jamais pensé que cela aurait pu être un coup de feu ; ils pensaient que quelqu’un avait vandalisé une voiture. Mais ils ont vite compris que quelque chose n’était pas normal.

« C’était aussi presque inquiétant, cette sorte de calme », a rappelé Green. « Nous nous sommes garés près de l’entrée arrière, vers le White Theater. Un agent de sécurité est venu vers nous disant que nous ne pouvions pas nous garer ici. « Nous avons demandé ce qui se passait et il a dit, « Je pense qu’il y a eu des coups de feu. » « C’était très étrange, mais pas stressant ».

« J’ai commencé à me dire, ‘et si nous avions été là 10 minutes avant’…», dit-elle. « Nous étions là, littéralement là, pas plus de 100 mètres de l’endroit où c’est arrivé … j’ai commencé à réfléchir sur la vie, si je mène la vie que je veux, si j’élève mes enfants comme il faut. Ça m’a vraiment secouée. »

Green a vu la main de Dieu dans le fait qu’elle et ses enfants soient arrivés en retard.

Yosef Silver a éprouvé le même calme que Green a ressenti au centre communautaire juif. Pour lui, il s’agit d’un signe de la force de sa communauté.

« Mes pensées se concentrent sur la puissance de la communauté que nous avons ici », a-t-il dit peu de temps après l’incident.

Silver confie que lui et sa femme avait déjà vécu en Israël et qu’il se trouvait à Londres à l’époque de l’attentat simultané du 7 juillet 2005.

A la veille de Pessah, il s’interroge après cette fusillade : « A quel point sommes-nous libres, en fait ? Nous vivons nos vies en pensant que nous sommes plus en sécurité ici que n’importe où dans le monde … »

La réaction initiale de Silver a été de dire qu’il ne remettra plus jamais les pieds au centre communautaire. « Mais ensuite j’ai réalisé que c’était juste ma réaction émotionnelle. Je peux faire face à cela. Cela ne peut pas vaincre l’unité, que nous avons découverte ici dans le Kansas. Il y a une unité ici, et pas seulement dans la communauté juive, mais dans la communauté plus large de Kansas City. Nous sommes cette petite communauté cachée , un joyau caché d’une communauté » a-t-il précisé.

Maayan Jaffe a contribué à la rédaction de cet article.