Les grands réseaux sociaux tentent de chasser les extrémistes de leurs rangs, les tenants de la mouvance d’extrême droite de la droite dite alternative sont donc de plus en plus nombreux à se retrouver chez Gab, même si ce dernier récuse toute étiquette politique.

Lancé mi-août, Gab (« bavardage » en anglais) compte déjà 100 000 abonnés et 200 000 personnes sur liste d’attente. Liste créée car le réseau social est encore en version test et veut s’assurer d’avoir une capacité d’accueil suffisante.

« Tous bienvenus pour s’exprimer librement » est la devise de ce nouveau réseau. Ce qui lui vaut d’attirer des personnalités apparentées à l’extrême droite devenues persona non grata chez Twitter, référence mondiale du microblogging avec quelque 317 millions d’utilisateurs actifs.

C’est le cas notamment de Richard Spencer, considéré comme l’un des chefs de file de cette mouvance. C’est lui qui s’est fait remarquer fin novembre en lançant « Hail Trump! » lors du congrès annuel de son groupe de réflexion, le National Policy Institute, à Washington.

Richard Spencer pendant une conférence de la droite alternative organisée pour célébrer la victoire de Donald Trump à Washington, D.C., le 19 novembre 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Richard Spencer pendant une conférence de la droite alternative organisée pour célébrer la victoire de Donald Trump à Washington, D.C., le 19 novembre 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

L’un des éditorialistes les plus en vue du site Breitbart, proche de la mouvance extrémiste de la droite alternative, ne cache pas non plus son soutien au nouveau réseau.

« Tant qu’ils restent attachés à la liberté d’expression, ils sont plutôt une bonne chose », a déclaré le Britannique Milo Yiannopoulos, qui a lui aussi rejoint Gab après la suspension de son compte Twitter.

300 caractères

Un autre réseau social, Voat, créé il y a deux ans, tente lui aussi de se poser en alternative, mais son audience est plus limitée.

Sur les forums et réseaux sociaux, nombreux sont les internautes qui commentent les évictions des réseaux sociaux traditionnels et annoncent leur intention de s’inscrire sur Gab. Quand ils ne l’ont pas déjà fait.

Outre Twitter, le réseau social Reddit a lui aussi annoncé, il y a quelques jours, un grand ménage pour se débarrasser des « utilisateurs toxiques ».

Régulièrement décrit comme un foyer d’extrême droite, Gab, qui autorise jusqu’à 300 caractères par message contre 140 sur Twitter, conteste néanmoins cette étiquette.

« Gab est pour tout le monde et notre mission est de nous battre contre la censure à l’échelle globale », a assuré à l’AFP son porte-parole, Utsav Sanduja.

Il en veut pour preuve les pedigrees des trois fondateurs de Gab : lui-même, Canadien hindou d’origine indienne, Ekrem Büyükkaya, musulman d’origine kurde, et Andrew Torba, l’actuel directeur général présenté comme un « chrétien conservateur ».

Un manifestant juif face aux policiers gardant le Memorial Student Center, où le dirigeant du mouvement de la droite dit alternative, Richard Spencer, donne un discours, à l'université Texas A&M, le 6 décembre 2016. (Crédit : Ricky Ben-David/Times of Israël)

Un manifestant juif face aux policiers gardant le Memorial Student Center, où le dirigeant du mouvement de la droite dit alternative, Richard Spencer, donne un discours, à l’université Texas A&M, le 6 décembre 2016. (Crédit : Ricky Ben-David/Times of Israël)

Le site, domicilié dans l’archipel caribéen d’Anguilla, est auto-financé par ses trois fondateurs ainsi que par des dons de la « communauté Gab », affirme-t-il, tout en refusant de détailler le modèle économique du réseau social, dont la publicité est absente.

Laisser les utilisateurs filtrer

Sur le jeune réseau social, les mots-clés, sur le même principe de « hashtag » que Twitter, et les messages laissent néanmoins pointer clairement une sensibilité pour la droite dure.

Lors d’une récente visite, un journaliste de l’AFP a pu lire de multiples messages ouvertement racistes ou antisémites.

Le règlement propre au réseau prohibe bien la « violence de toute sorte », l’apologie du « terrorisme » et les « menaces », mais sans plus.

« Nous pensons que la liberté d’expression est un droit fondamental, absolu, qui ne peut être vicié d’aucune façon », se défend Utsav Sanduja, interrogé sur ces messages haineux.

Plutôt que de modérer les contenus, Gab propose à ses abonnés de filtrer eux-mêmes les messages qu’ils ne souhaitent pas voir, grâce à des outils qui permettent de ne pas recevoir sur son fil des posts contenant certains mots ou provenant de certains usagers prédéfinis.

Des manifestants protestent contre le racisme et la haine, après la découverte de croix gammées au parc Adam Yauch de Brooklyn, à New York, le 20 novembre 2016. (Crédit : AFP/Angela Weiss)

Des manifestants protestent contre le racisme et la haine, après la découverte de croix gammées au parc Adam Yauch de Brooklyn, à New York, le 20 novembre 2016. (Crédit : AFP/Angela Weiss)

« C’est peut-être ouvert à tout le monde, mais cela n’attire pas tout le monde. Je crois que c’est là la grande différence », estime Lauren Copeland, professeure à l’université Baldwin Wallace et spécialiste des réseaux sociaux.

Même si, à en croire Sanduja, Gab voudrait « construire des ponts et promouvoir la compréhension entre différents groupes », Copeland estime qu' »ils ont créé une bulle qui permet à la droite alternative et à ses supporteurs d’exprimer leurs opinions sans être censurés. »