Avi Gabbay, le nouveau chef du parti travailliste depuis le second tour des primaires de lundi soir, a déclaré aux militants et aux journalistes, depuis les quartiers généraux du parti à Tel Aviv, que « la campagne pour remplacer Netanyahu commence aujourd’hui ».

« L’État d’Israël est en route vers des élections, simplement, on ne connaît pas encore la date », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que sa victoire a amené de « l’électricité » à son parti. « Le centre d’appels du parti a été saturé. Le site internet pour devenir membre du parti a été saturé. Les gens veulent nous rejoindre, nous renforcer, soutenir le changement. »

Le parti « a besoin d’au moins 10 000 membres d’ici la prochaine élection », a-t-il ajouté, soit près du double de son effectif actuel, qui s’élève à 52 000.

Dans une interview avec le site internet de Ynet, Gabbay a promis mardi son soutien à la solution des deux Etats et a déclaré qu’il s’opposait à la division de Jérusalem.

« Mes positions sont les positions du Parti travailliste – deux États pour deux peuples, des politiques sociales et sociales démocratiques claires et la protection de la Haute Cour de Justice », a-t-il déclaré.

« Jérusalem restera unifiée dans tous les scénarios. Il n’y a pas de négociations à ce sujet. Quand je parle d’abandonner les villages arabes, je parle de tous les villages arabes appelés Jérusalem, mais ce n’est pas vraiment Jérusalem, mais plutôt des zones isolées et des villages qui ne peuvent retourner [sous souveraineté israélienne] sans nuire à la sécurité ».

« Abu Mazen [président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas] est certainement un partenaire [de la paix] », a-t-il déclaré.

L’ancien homme d’affaires, qui a dirigé le géant des télécommunications Bezeq, a également déclaré au site d’information qu’un « état providence n’est pas un gros mot ».

« Nous devons créer des sources de revenus pour les segments faibles de la population et améliorer le système public qui offre des services aux citoyens », a déclaré M. Gabbay.

Il a grandi à Jérusalem dans une famille modeste originaire du Maroc et s’est bâti une réputation de « self-made man ».

Certains commentateurs ont comparé son ascension fulgurante à celle du président français Emmanuel Macron.

Avi Gabbay, 50 ans, a à plusieurs reprises affirmé vouloir injecter une nouvelle vie dans le parti de gauche, en perte de vitesse ces dernières années au profit des partis centristes et de droite.

Gideon Rahat, politologue à l’Université hébraïque de Jérusalem propose deux analyses pour expliquer la victoire d’Avi Gabbay: « acte de désespoir » des Travaillistes, poussés à élire un nouveau venu en politique, ou signe d’adaptation du parti à « l’ère de la politique personnalisée ».

Les commentateurs mettent en avant comme un atout majeur les origines marocaines de M. Gabbay, alors que le parti travailliste est souvent considéré comme le parti des élites ashkénazes (juifs originaires d’Europe de l’Est).

Le service militaire du nouveau chef travailliste dans une unité de renseignement militaire prestigieuse et son expérience en tant que directeur de l’entreprise israélienne de télécommunications Bezeq ont également joué en sa faveur.

Avi Gabbay a participé à la création du parti de centre-droit Koulanou en 2014, qui a remporté 10 sièges lors des élections de 2015. Il a rejoint la coalition de Benjamin Netanyahu et a été nommé ministre de l’Environnement avant de démissionner et de rejoindre les rangs travaillistes fin 2016.

Il incarne « un nouveau visage, une personne très éloquente et déterminée, très intelligente (…), quelqu’un qui symbolise l’espoir », a estimé le politologue Avraham Diskin.

Mais ses choix politiques sont peu connus. Il a eu des positions centristes sur le conflit israélo-palestinien, en faveur d’une solution à deux Etats, mais avec un Etat palestinien démilitarisé.

Le nouveau chef travailliste a le temps de renforcer sa base jusqu’aux prochaines élections législatives prévues en 2019 si la coalition gouvernementale actuelle se maintient jusque-là.

« C’est une période de changements, c’est évident partout dans le monde et Israël fait aussi partie de la tendance », estime Sima Kadmon, éditorialiste au quotidien populaire Yediot Aharonot.

Et d’ajouter: « Mais pas seulement. Pendant trop longtemps, le parti travailliste a été un parti moribond. L’élection de Gabbay était sa façon de choisir la vie ».