Continuant le glissement à droite entamé au parti travailliste sous sa direction, Avi Gabbay a déclaré lundi que la gauche « a oublié ce que signifie être Juif ».

« En 97, [Bibi] Netanyahu a été filmé disant que ‘la gauche a oublié ce que signifie être Juif », a expliqué Gabbay lors d’une conférence à l’université Ben-Gourion de Beer sheva. « Vous savez ce que la gauche a fait pour répondre à cela ? Elle a oublié ce qui signifie être Juif ».

Les propos de Gabbay faisaient allusion à des propos tenus par le Premier ministre Benjamin Netanyahu qui avaient été enregistrées alors qu’il disait au rabbin vénéré Yitzhak Kaduri que « la gauche a oublié ce que signifie être Juif ».

Benjamin Netanyahu, à gauche, et le rabbin Yitzhak Kaduri, à droite (Capture d’écran : Youtube)

Poursuivant sur sa lancée, Gabbay a déclaré que « les gens ont le sentiment que je me rapproche des valeurs juives. Nous sommes des Juifs, qui vivons dans un état juif ».

« Je pense sérieusement que l’un des problèmes pour les membres du parti travailliste est que ce dernier s’en est éloigné », a-t-il ajouté. « On nous dit ‘Nous ne sommes dorénavant que des libéraux’. Ce n’est pas vrai. Nous sommes des Juifs et nous devons parler de nos valeurs juives. »

Un certain nombre de députés de gauche ont dénoncé les propos de Gabbay, qui ont entraîné des réactions violentes et rapides sur les réseaux sociaux.

« Non, Avi, vous êtes le seul qui ayez oublié. Il n’y a aucune contradiction entre le judaïsme et les valeurs libérales et tous les Juifs ne souhaitent pas s’incliner devant les versions ultra-orthodoxes ou nationalistes religieuses du judaïsme », a rétorqué le leader du parti Meretz Zehava Galon sur Twitter. « La gauche qui a fondé votre parti le savait ».

« Je suis de gauche, je suis Juif et je n’ai aucun problème de mémoire », a renchéri sur Twitter le député travailliste Mickey Rosenthal.

Au cours des dernières semaines, Gabbay a fait un certain nombre de déclarations en désaccord avec les points de vue traditionnellement exprimés par les travaillistes de centre-gauche, qualifiant notamment les implantations de Cisjordanie de « beau visage du sionisme » et disant qu’il ne les évacuerait pas dans le cadre d’un accord de paix avec les Palestiniens. Il a également fait savoir qu’il ne rejoindrait pas une coalition avec la Liste arabe unie.

Répondant à la question d’un étudiant sur le changement de direction pris par la formation, Gabbay a démenti, lundi, un quelconque tournant.

« Je ne suis allé ni à gauche, ni à droite. On a dit que j’avais bougé, mais ce n’est pas vrai », a-t-il répondu tout en maintenant qu’il est resté constant dans ses perspectives.

Depuis que Gabbay a été choisi à la tête du parti au mois de juillet, les travaillistes ont connu un bond dans les sondages,et ils obtiendront probablement quelques sièges, au détriment du parti centriste de Yair Lapid, Yesh Atid. Comme Gabbay, Lapid a glissé à la droite de l’échiquier politique sur un certain nombre de questions, tentant de glaner le soutien des électeurs les plus modérés du Likud de Netanyahu au pouvoir.

Concernant Yesh Atid – avec lequel le parti travailliste est au coude à coude dans les sondages – Gabbay a fait savoir lundi qu’il souhaiterait devenir l’adjoint de Lapid dans l’éventualité d’une coalition.

Yair Lapid, député de Yesh Atid, à la Knesset lors d’une session extraordinaire le 18 septembre 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Lundi en début de journée, Gabbay a vivement recommandé au gouvernement d’appeler à de nouvelles élections au nom de la stabilité politique.

« Au cours des dernières semaines, nous avons entendu parler d’un conflit au sein de la coalition : d’un côté, le Premier ministre veut appeler à des élections dans les meilleurs délais et, de l’autre, les chefs des partis préfèrent le scrutin tel qu’il est défini sur le calendrier », a clamé Gabbay au cours de la réunion hebdomadaire de sa faction de l’Union sioniste, alliance des Travaillistes et de Hatnua. « Dans ce débat, je suis d’accord avec le Premier ministre : Le moment des élections est venu ».

Le prochain scrutin est actuellement prévu pour le mois de novembre 2019 et Netanyahu n’a pas encore manifesté son intérêt pour des élections anticipées.

Gabbay, qui ne siège pas à la Knesset, s’est positionné comme un challenger possible au Likud de Netanyahu.

Tandis que des sondages récents ont indiqué que le Likud serait encore le parti le plus important si des élections devaient avoir lieu, il pourrait toutefois rencontrer des difficultés à obtenir les 61 sièges dont il aurait besoin pour former une coalition, tout comme l’Union sioniste.

Marissa Newman a contribué à cet article.