Il n’y a pas de solution militaire à la situation actuelle de la bande de Gaza. L’armée pourrait, en l’espace de quelques heures, renverser le gouvernement du Hamas et prendre le contrôle de Gaza en l’espace de quelques jours. Mais que se passerait-il ensuite ?

Comme le major-général réserviste Avi Mizrachi a demandé à la radio militaire jeudi matin : « A qui donnerions-nous les clefs ? »

Qui dirigerait ? Et est-ce que l’anarchie sert plus les intérêts d’Israël qu’un régime affaibli du Hamas ?

Le professeur Uzi Rabi, directeur du centre Moshe Dayan pour les Études du Moyen Orient et de l’Afrique, de l’université de Tel Aviv, perçoit Gaza comme un microcosme du Moyen Orient.

Il voit Gaza comme un endroit où le contrôle meurt peu à peu et où les petites organisations terroristes peuvent déclencher une guerre.

« La bande de Gaza a été capturée par le Jihad islamique, » observe-t-il. « Des acteurs infra-étatiques se sont emparés des clefs de l’escalade et de la désescalade [du conflit]. »

Et le Hamas, qu’il qualifie de groupe semi-étatique, se retrouve au milieu. Il ne veut pas dénoncer les actes du Jihad islamique et « aspire à un tahadiyeh, » ou trêve.

Le Hamas se trouve, certainement, dans une situation désespérée. L’organisation a été déclarée terroriste et illégale en Égypte, où elle est maintenant perçue comme ennemi de l’État. La plupart des tunnels clandestins vers Gaza ont été bouchés.

Ses relations avec l’Iran, le grand défenseur des groupes terroristes de « résistance, » sont froissées en raison des conflits de la région. Le Jihad islamique n’est redevable à personne et reste frustré par l’interception du navire Klos-C.

Inquiet de prouver sa loyauté à l’Iran, et connaissant la situation précaire du Hamas, le Jihad islamique a saisi l’opportunité et veut prendre le pouvoir des mains du Hamas.

Tout cela contraint Israël à réagir. Jeudi, le ministre de la Défense, Moshe Yaalon, s’est réuni avec plusieurs responsables  de la sécurité, en prévision d’une session d’urgence du Cabinet.

Le communiqué publié par Yaalon affirmait, sur un ton conciliant, que « le prix payé par les organisations terroristes à Gaza est élevé. » Mais si la situation empirait, indique Yaalon, Israël frapperait les terroristes du Jihad islamique ainsi que « le Hamas et ses intérêts. »

Le Jihad islamique n’est constitué que de quelques centaines de personnes et ne constitue donc pas une cible institutionnelle facile.

La menace est la décapitation, la fin du règne du Hamas. C’est exactement ce qu’a proposé le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, mercredi.

Mais un tel acte ne rendrait certainement pas le pouvoir de la bande de Gaza au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Au lieu de cela, le scénario le plus plausible, si le Hamas venait à s’affaiblir au point de perdre son pouvoir sur Gaza, serait de le repousser vers un site plus isolé au Moyen Orient, comme la péninsule du Sinaï ou la Somalie.

Selon Rabi, la solution la plus raisonnable pour Israël, si le Jihad islamique palestinien venait à mener une opération à pleine capacité, serait de demander l’aide d’un « tribunal international. »

Ce tribunal, dont les acteurs principaux seraient les États-Unis et l’Égypte, pourrait décider d’un plan d’action qui assurerait que Gaza, après une invasion, ne se transformerait pas en anarchie.