Sur le toit de l’hôpital pour enfants de Gaza trône une rangée de panneaux solaires. Dans le territoire palestinien sous blocus israélien, la pénurie de carburant pourrait favoriser la transition vers les énergies renouvelables.

« Nous avons été forcés d’envisager de recourir exclusivement à l’énergie solaire à la suite de la crise énergétique provoquée par les événements en Egypte », explique le directeur de l’hôpital, Nabil al-Barqouni.

La démolition de centaines de tunnels de contrebande sous la frontière par l’armée égyptienne à la suite de la destitution du président islamiste Mohamed Morsi le 3 juillet a provoqué une pénurie de carburant dans le territoire palestinien gouverné par le Hamas.

Alors que le fuel n’arrive qu’au compte-goutte via Israël, le trafic de carburant égyptien par les tunnels s’est quasiment tari. Il est tombé d’environ un million de litres par jour en juin à moins de 20 000 litres par semaine en fin d’année, selon l’ONU, entraînant des arrêts prolongés de l’unique centrale électrique.

Les coupures de courant durent désormais plus de 12 heures par jour, affectant les hôpitaux, écoles, commerces, ou encore usines de traitement des eaux du territoire et de ses 1,6 million d’habitants.

Face à cette pénurie persistante, l’énergie solaire commence à apparaître comme une sérieuse alternative, le coût de l’achat et de l’installation des panneaux, convertisseurs et batteries pouvant être progressivement amorti.

« Nous avons besoin de l’énergie solaire pour les soins aux bébés dans la maternité. S’il y a une seule minute de coupure de courant dans les incubateurs, un enfant pourrait mourir », ajoute Burqani.

L’équipement pour l’hôpital des enfants, en partie financé par Sawaed, une organisation caritative britannique, a été installé en janvier 2013 pour un coût de 100 000 dollars (74 000 euros) et fournit désormais 20 kilowatts par jour.

A l’hôpital Al-Chifa, le principal établissement de Gaza, « l’unité de soins intensifs pour les malades du cœur fonctionne également à l’énergie solaire », indique un porte-parole des services d’urgences, Achraf al-Qoudra.

Ailleurs, une fondation koweïtienne a fait un don de 6 millions de dollars (4,4 millions euros) pour la construction de cinq écoles qui seront équipées de panneaux solaires, a annoncé le ministère de l’Education du gouvernement du Hamas.

Mais la vogue du solaire n’est pas limitée aux projets d’infrastructures. De plus en plus de familles qui en ont les moyens se tournent vers cette source d’énergie beaucoup plus fiable que les générateurs, bruyants et dangereux.

Le recours aux générateurs mobiles d’appoint s’est généralisé pour pallier la pénurie, mais ces appareils ont provoqué des incendies et des asphyxies parfois mortels.

Chadi Jawad a acquis des panneaux solaires pour sa maison dans le centre de la bande de Gaza après avoir obtenu un prêt bancaire.

« Mon équipement solaire m’est revenu à 5 000 shekels (1 000 euros) et il me permet de produire suffisamment d’électricité pour éclairer mon domicile, faire fonctionner ma télévision pendant plusieurs heures », précise-t-il.

« En plus, j’ai payé une fois pour toutes l’installation du système solaire, alors qu’avec les générateurs, il faut acheter du carburant tous les jours à des prix fluctuants et souvent exorbitants », ajoute-t-il.

Sur son site, l’Autorité de l’énergie de la bande de Gaza affirme vouloir mener une « stratégie pour encourager l’utilisation de l’énergie solaire » dans l’espoir que d’ici 2020, elle représente 20 % de la consommation.

Reste à régler le problème de l’approvisionnement en équipements pour l’énergie solaire, entravé par le blocus d’Israël, qui restreint très fortement l’entrée des matériaux à Gaza.

Pour le moment, les Gazaouis utilisent les stocks acheminés par les tunnels avant que l’armée égyptienne ne les condamne.