Une dizaine d’attentats ont visé vendredi dans la bande de Gaza les biens de responsables du Fatah, mettant à mal la difficile réconciliation avec les islamistes du Hamas, indispensable à la reconstruction du territoire palestinien dévasté par la guerre.

Le parti du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a explicitement accusé le Hamas, avec lequel il s’est réconcilié il y a seulement quelques mois après des années de divisions et une guerre civile en 2007, d’être responsable des attentats qui ont touché les maisons et les voitures de certains de ses cadres.

« Vers 2H30 du matin, une explosion a secoué le nord de la bande de Gaza », a relaté Fayez Abou Eita, porte-parole du Fatah à Gaza, « il s’est avéré qu’elle visait l’entrée de ma maison et la voiture ».

Les explosions, survenues en l’espace de quelques heures avant 06H30, n’ont pas fait victime. Elles ont causé des dégâts limités.

L’une d’elles a visé une estrade montée en vue du dixième anniversaire de la mort de Yasser Arafat, principal fondateur du Fatah, mardi.

C’est la première fois depuis des années que cet anniversaire sera autorisé publiquement dans la bande de Gaza, dont le Hamas islamiste a pris le contrôle au prix d’une guerre civile avec le Fatah, laïque, en 2007.

« Les traîtres et les collaborateurs »

Selon Fayez Abou Eita, une lettre signée Etat islamique a été retrouvée devant chacune des maisons visées. Elle donne aux propriétaires jusqu’au 15 novembre pour déguerpir et ne pas essuyer « les coups qui frapperont tous les traîtres et collaborateurs tels que toi ».

Ce n’est pas la première fois que de tels actes font l’objet de revendications au nom de l’Etat islamique, pas prises au sérieux jusqu’alors.

Fayez Abou Eita a qualifié celle-ci de « ridicule ». Pour lui et le Fatah, ces explosions visent à empêcher la tenue de l’hommage à Arafat.

Quant aux responsables, le Fatah « fait porter au Hamas la responsabilité de ces crimes », a indiqué un haut dirigeant, Nasser al-Qidwa, à Ramallah, en Cisjordanie occupée.

Les chefs du Fatah ne tiennent pas seulement le Hamas pour responsable en tant que meilleur garant de la sécurité dans un territoire qu’il domine toujours même s’il y a théoriquement cédé le pouvoir au gouvernement d’unité issu en juin de la réconciliation palestinienne.

Azzam al-Ahmad, autre dirigeant du Fatah, a dit disposer d’informations selon lesquelles « la source (des attaques) se trouve au sein des services armés du Hamas ». Il a fait état de déclarations du Hamas hostiles au Fatah et au président de l’AP Mahmoud Abbas depuis jeudi soir et de propos de membres du Hamas annonçant qu’ils feraient échouer les commémorations de la mort de Yasser Arafat.

La tâche herculéenne de reconstruire

De son côté, le Hamas « condamne fermement ces actes criminels », a dit Sami Abou Zouhri, son porte-parole à Gaza, et appelle à une enquête permettant d’en identifier les auteurs.

Les explosions ont conduit le Premier ministre Rami Hamdallah et plusieurs ministres de son gouvernement composé de personnalités réputées indépendantes à reporter « jusqu’à nouvel ordre » une visite prévue samedi dans la bande de Gaza, a annoncé le gouvernement.

« Ces actes criminels vont totalement à l’encontre des efforts des dirigeants palestiniens et du gouvernement d’union nationale pour la reconstruction de Gaza », a dit le gouvernement dans un communiqué.

Le gouvernement de réconciliation formé en juin s’est réuni le 9 octobre seulement pour la première fois dans la bande de Gaza, après 50 jours de guerre qui ont dévasté le territoire cet été. Il se retrouve avec la tâche titanesque de reconstruire et de justifier les promesses d’aide internationale sans laquelle la reconstruction est impossible.

Pour mener une telle entreprise qui devrait coûter plusieurs milliards de dollars et prendre de nombreuses années, la communauté internationale mise sur le gouvernement d’union et refuse de traiter avec le Hamas, issu des Frères musulmans et considéré comme terroriste par les Etats-Unis, l’Union européenne ou Israël.

Les deux camps se sont entendus pour que le gouvernement commence à administrer Gaza. Mais les querelles n’ont pas cessé pour autant, par exemple sur l’épineuse question des salaires des milliers de fonctionnaires de l’administration mise en place par le Hamas après 2007.