Lassitude après des années d’efforts de paix au Proche-Orient, manque de partenaires pour exiger de véritables concessions ou diplomatie accaparée par d’autres conflits : l’administration Obama est restée, jusqu’ici, plutôt en retrait dans le conflit sanglant qui oppose Israël au Hamas.

Washington, qui avait joué un rôle central dans la recherche d’un cessez-le-feu en 2012, n’a pas fait ouvertement pression sur Israël pour qu’elle mette fin à son offensive dans l’enclave palestinienne de Gaza.

Pour l’essentiel, les Etats-Unis ont agi en coulisses, par l’intermédiaire du secrétaire d’Etat John Kerry qui a multiplié les échanges téléphoniques avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu et ses homologues des principaux pays de la région : Egypte, Qatar, Turquie.

M. Obama, qui s’est également entretenu avec M. Netanyahu, a souligné que la recherche d’un cessez-le-feu durable était la priorité absolue.

« Nous allons continuer à encourager les efforts diplomatiques pour aboutir à un cessez-le-feu et soutenons les efforts en cours de l’Egypte en ce sens », a-t-il déclaré.

Lundi, il a choisi l’occasion d’un dîner à la Maison Blanche donné à l’occasion du Ramadan pour dénoncer « des attaques inexcusables » de la part du Hamas.

« Nous souhaitons que le Hamas accepte un cessez-le-feu. Nous souhaitons que le Hamas cesse d’envoyer des roquettes visant des civils innocents en Israël », a de son côté lancé le porte-parole de la Maison Blanche Josh Earnest.

Les lignes pourraient bouger

Dans ce contexte, pourquoi les Etats-Unis ne sont-ils pas montés en première ligne, comme ils l’ont souvent fait par le passé ?

Premier élément de réponse, qui revient en boucle à Washington dès que l’on évoque les efforts de paix au Proche-Orient : les Etats-Unis ne peuvent imposer des solutions que les différentes parties sur le terrain n’appellent pas de leurs voeux.

Si les efforts pour un cessez-le-feu s’accéléraient jeudi avec d’intenses négociations au Caire, aucun accord n’avait été officiellement annoncé.

Au dixième jour de l’opération aérienne israélienne sur Gaza un haut responsable israélien a affirmé, sous couvert de l’anonymat, qu’un accord avait été trouvé pour un cessez-le-feu à partir de vendredi matin. Mais le Hamas, au pouvoir à Gaza, a aussitôt démenti, qualifiant « d’inexacte » cette annonce et faisant état « d’efforts en cours ».

« Le gouvernement israélien dans son ensemble (…) n’attend pas de gain politique significatif de la situation, ils veulent simplement que les tirs de roquettes cessent », estime David Pollock du Washington Institute for Near East Policy.

« Le Hamas espère tirer des bénéfices politiques du conflit, ou au moins pouvoir affirmer qu’il a obtenu des avancées concrètes comme un assouplissement de ce qu’il appelle le siège (de Gaza) ou d’autres concessions. C’est la raison pour laquelle ils poursuivent dans cette voie ».

Différence notable par rapport à la crise de 2012 : l’influence moindre de l’Egypte, où les Frères musulmans ont été écrasés, qui oblige Washington à repenser partiellement son approche.

En 2012, en pleine opération israélienne « Pilier de défense », le président islamiste Mohamed Morsi, depuis destitué par l’armée, avait envoyé son Premier ministre à Gaza en signe de soutien. Et le chef d’Etat issu des Frères musulmans –auxquels le Hamas est lié– était parvenu à obtenir une trêve.

A Washington, plusieurs spécialistes de la région se demandent par ailleurs, sans le dire explicitement, si l’extrême brutalité des conflits qui déchirent la Syrie et l’Irak ne rendent pas, par comparaison, les violences de Gaza moins terribles.

La faible implication de l’administration Obama pourrait aussi s’expliquer par le fait que Washington n’a pas fait l’objet de fortes pressions de la part de ses alliés arabes et européens pour intervenir, preuve de l’isolement croissant du Hamas.

Mais les lignes diplomatiques pourraient bouger rapidement.

Des conseillers laissaient entendre jeudi que John Kerry pourrait se rendre prochainement dans la région, dans ce qui constituerait la première intervention directe des Etats-Unis depuis le 8 juillet, date du début de l’offensive israélienne contre la bande de Gaza.

Aucune annonce officielle sur un éventuel voyage du secrétaire d’Etat américain n’avait été faite jeudi en milieu de journée.