Un important rabbin séfarade du Royaume-Uni a annoncé mercredi qu’il allait démissionner de son poste de juge au tribunal rabbinique. Il a aussi accepté que ses décisions soient validées par des collègues, et s’est excusé pour certains des propos qu’il avait tenus. Mais il conserve son poste de rabbin après un compromis visant à mettre fin à la controverse qui a menacé de diviser l’orthodoxie juive britannique.

Le rabbin Joseph Dweck, qui est le rabbin de la communauté séfarade S&P de Londres est devenu le centre d’une controverse internationale après avoir rendu hommage à l’acceptation de l’homosexualité dans la société, un « développement fantastique ».

Durant une conférence de 90 minutes, qui a eu lieu dans la synagogue de Ner Israel au nord-ouest de Londres, Dweck a souligné que les actes homosexuels étaient prohibés par la Torah, mais que la tolérance grandissante pour le féminisme et l’homosexualité ont des bénéfices résiduels pour l’ensemble de la société.

« [Nous] devons voir comment nous allons le gérer selon la Torah et selon notre société », a-t-il dit. « Si nous ne laissons pas nos préjugés à la porte quand nous traitons cette question, et que nous ne regardons pas la Torah telle qu’elle est, et ce qu’elle nous dit, et que nous ne mettons pas fin à notre sectarisme et à nos préjugés, nous serons marginalisés, et la société avancera parce que [Dieu] n’attend personne. Il fait avancer Son monde avec amour. »

Les dirigeants orthodoxes les plus influents à travers le monde ont, par la suite, contester non seulement les propos qu’il avait tenus, mais également les décisions prises par Dweck en matière de loi et de théologie juive, appelant à son licenciement.

À la fin du mois de juin, le grand rabbin sépharade d’Israël, le rabbin Yitzhak Yosef a demandé au grand rabbin de Grande-Bretagne de résoudre la situation
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Après un mois de discussions et de rassemblements, Mirvis et d’autres éminents rabbins du Beth Din de Londres ont conclu un accord avec Dweck, qui, espèrent-ils, devrait mettre fin à la controverse.

Ephraim Mirvis will serve as the UK's next chief rabbi. (photo credit: YouTube screenshot)

Le grand rabbin du Royaume-Uni, Ephraim Mirvis. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Dans un communiqué publié sur le site de la communauté sépharade S&P, où Dweck officie comme rabbin, il a indiqué avoir décidé de se retirer de son poste de Dayan au Beth Din », faisant référence à son poste de juge au tribunal rabbinique. Dweck a également accepté de ne plus prendre de décisions en matière de loi et de théologie juive sans s’en entretenir avec des collègues plus hauts placés.

« J’ai proposé d’en référer aux Dayanim présents, ou à des collègues rabbins », a-t-il écrit, « en ce qui concerne les enseignements halakhiques ou hashkafiques (théologiques). »

Dweck a également admis que certaines de ces décisions précédentes étaient erronées.

« J’ai fait part de mon regret quant à la négligence dans certains de mes enseignements, qui étaient incorrects », a-t-il écrit dans le communiqué.

« Il est évident à mes yeux qu’il s’agissait de cas au cours desquels je me suis exprimé de manière inappropriée et imprudente. À certaines reprises, au fil d’une discussion, quand j’ai appliqué des décisions halakhiques et des positions hashkafiques de manière irresponsable. J’ai aussi, certaines fois, manqué d’expliquer le contexte et risqué d’induire des gens en erreur. »

Le rabbin s’est également excusé des propos tenus au sujet des rabbins britanniques.

« Je regrette mes propos désobligeants à l’égard de mes collègues rabbiniques. « C’était déplacé, et au regard de ma position, préjudiciable. Je m’en excuse platement. »

Le conseil d’administration de la synagogue a indiqué dans un communiqué que Dweck « bénéficiait toujours du soutien de l’ensemble de la communauté et du conseil ».

« Nous sommes ravis de pouvoir annoncer que … le sujet est clos », poursuit le communiqué.

Mirvis et le Comité d’observation ont félicité Dweck pour son travail communautaire.

Le rabbin Joseph Dweck s'exprime lors d'une cérémonie de commémoration de la Seconde guerre mondiale à la synagogue Bevis Marks le 4 août 2014 à Londres, au Royaume-Uni (Crédit : Dan Dennison/Getty Images)

Le rabbin Joseph Dweck s’exprime lors d’une cérémonie de commémoration de la Seconde guerre mondiale à la synagogue Bevis Marks le 4 août 2014 à Londres, au Royaume-Uni (Crédit : Dan Dennison/Getty Images)

« Le Comité d’observation reconnait que depuis son arrivée à Londres il y a 3 ans, le rabbin Joseph Dweck a réussi à augmenter le nombre de participants pendant les offices de la synagogue. Il a permis à de nombreuses personnes de se sentir fières de leur judaïsme et d’adhérer à un mode de vie juif plus engagé », ont-ils déclaré dans un communiqué.

Le Comité a également soutenu la position de Dweck en tant que rabbin à la synagogue.

« Le Comité d’observation estime que le rabbin Joseph Dweck est apte à maintenir son poste en tant que grand rabbin de la communauté sépharade S&P. »

Le mois dernier, Dweck a annulé sa participation à un grand institut d’été dans le New Jersey pour gérer les retombées de ses propos. Sa décision a été confortée par le Comité d’observation.

Des rabbins britanniques, israéliens et américains avaient vivement critiqué Dweck pour ses propos sur l’homosexualité et pour certaines de ses décisions.

Le rabbin Shraga Feivel Zimmerman, à la tête d’une prestigieuse yeshiva du nord-est de l’Angleterre, à Gateshead, avait écrit une lettre ouverte au début du mois, dans laquelle il indique que Dweck n’est « pas apte à officier » en raison de « ses connaissances limitées, ses faibles capacités de raisonnement halakhiques et son manque de formation ».

Après les condamnations dont a fait l’objet Dweck, un groupe de rabbins anonymes ont prévenu Mirvis que « si Joseph Dweck gardait ses fonctions en tant que rabbin, que ce soit pleinement ou partiellement, en dépit de toutes les lettres reçues de la part d’éminentes autorités rabbiniques orthodoxes à Gateshead, en Israël et dans le reste du monde, le grand-rabbin Mirvis devra prendre conscience qu’il sera responsable de la dissension au sein de l’orthodoxie britannique et qu’il perdra sa crédibilité en tant que grand rabbin aux yeux d’une grande partie de la communauté orthodoxe. »

L’un des rabbins qui a mené la campagne contre Dweck était le rabbin Aharon Bassous, qui dirige une petite communauté sépharade à Londres. Son frère David, avait déposé sa candidature pour le poste de rabbin de la communauté S&P, qu’a finalement obtenu Dweck.

Aucun des rabbins qui s’est ouvertement opposé à la Dweck n’a réagi à la décision de Mirvis et de son Comité.

Dweck a étudié à Jérusalem sous l’égide du l’ancien grand rabbin sépharade d’Israël, le rabbin Ovadia Yosef. Il a épousé l’une de ses petites-filles, Margalit. Par conséquent, Dweck est un neveu par alliance de l’actuel grand rabbin sépharade d’Israël.

Rabbi Ovadia Yossef à Jerusalem, septembre 2012 (photo credit: Flash90)

Rabbi Ovadia Yossef à Jerusalem, septembre 2012 (photo credit: Flash90)

Quand le scandale a éclaté, le grand rabbin séfarade d’Israël, Yitzhak Yossef, a lui aussi condamné Dweck sans le nommer. Cependant, il a accepté de laisser la résolution de ce conflit au rabbinat de Londres.

« Étant donné que le contexte de la vie communautaire juive en Angleterre m’est étranger, je demande à ce que le grand rabbin d’Angleterre prenne la responsabilité de cette situation et parvienne à une décision selon sa compréhension de la situation », a écrit Yosef dans une lettre. « Ici en Israël, nous accepterons sa décision. »

Avant d’arriver à Londres, Dweck était rabbin de la communauté Shaare Shalom, une synagogue syrienne de plus de 700 membres à Brooklyn, de 1999 à 2014. Durant les 5 dernières années passées aux États-Unis, il était également directeur de la yeshiva Barkai, une importante école juive de Brooklyn.

Jenni Frazer et JTA ont contribué à cet article.