Un candidat du parti europhobe Ukip aux législatives britanniques du 7 mai a démissionné et a été remplacé mardi après avoir écrit dans un message sur Facebook qu’Israël devrait « kidnapper » le président américain Barack Obama.

Dans son message rédigé la semaine dernière en pleine préparation des législatives, le parlementaire, Jeremy Zeid, réagissait à la déclassification de documents sur le programme nucléaire secret israélien.

« Quand Obama aura quitté son poste, les Israéliens devront extrader ce bâtard et ‘faire comme avec Eichmann’ puis l’enfermer pour fuite de secrets d’Etat », a écrit Zeid, selon une capture d’écran.

« Kidnappez-le, comme ils l’ont fait pour Eichmann », a-t-il ajouté dans son message, en référence à Adolf Eichmann, criminel de guerre nazi capturé en Argentine en 1960 par un commando juif puis condamné par Israël.

L’Ukip, réputé pour ses positions anti-immigration et son discours profondément europhobe, a souffert d’une série de gaffes de la part de plusieurs de ses membres, et plusieurs candidats du parti ont dû démissionner.

Dans des commentaires au quotidien Evening Standard, Zeid a indiqué que sa démission n’était pas liée à son message.

« Je me suis retiré car j’en ai assez de faire face à des accusations. Je dois tenir compte de ma santé. Le commentaire que j’ai fait sur Obama, je le défends à 100% », a déclaré Zeid au journal.

L’Ukip a indiqué que Zeid avait été remplacé par un dentiste, Raymond Shamash, pour la circonscription de Hendon, dans le nord de Londres.

Un porte-parole a précisé que le parti avait appris l’existence du message qu’après la démission de Zeid.

« Il a eu raison de démissionner. Nous regardons vers l’avenir, pas vers le passé », à ajouté le porte-parole de l’Ukip.

Le parti europhobe Ukip chasse sur les terres d’une extrême droite en déclin

La faible participation aux manifestations d’extrême droite avant les législatives du 7 mai souligne le déclin d’un mouvement qui n’a pas réussi à prendre racine au Royaume-Uni et qui voit maintenant ses électeurs captés par le parti populiste Ukip.

« L’islam n’est pas une religion de paix, ne l’a jamais été et ne le sera jamais », criait l’un des 400 manifestant réunis dans le centre de Manchester (nord-ouest) début mars, tandis qu’un autre agitait un Coran en hurlant « Brûlez-le! ».

Mais ce jour-là, les manifestants antifascistes étaient presque deux fois plus nombreux que les partisans de l’organisation d’extrême droite English Defense League (EDL), brandissant des pancartes où l’on pouvait lire: « Racailles nazis, hors de nos rues ».

Les organisations d’extrême droite, telles que l’EDL ou le British National Party (BNP), ont littéralement implosé au cours des dernières années et le mouvement islamophobe Pediga, né en Allemagne, a fait un flop lors de sa première manifestation organisée au Royaume-Uni en février.

« Une explication évidente réside dans le système électoral. Il n’est pas du tout favorable aux petits partis », explique Tim Bale, professeur de sciences politiques à l’université de Queen Mary à Londres.

De fait, le système de scrutin uninominal majoritaire à un tour introduit des distorsions considérables entre les scores exprimés en voix et leur traduction en nombre de sièges à la chambre des Communes, donnant un énorme avantage aux grands partis.

Le BNP n’a jamais réussi à entrer au Parlement britannique tandis que le nombre de ses conseillers locaux s’est effondré à deux contre plus de 50 en 2009.

L’EDL s’est lui fait plus discret depuis que son fondateur Tommy Robinson l’a quitté en 2013. Quant aux autres groupes, s’ils donnent de la voix, ils restent petits et minés par des conflits internes.

Une droite radicale ‘moins désagréable’

Pour l’organisation antifasciste « Hope Not Hate », l’une des raisons du déclin de l’extrême droite est la montée en puissance du parti europhobe Ukip, qui en a « conquis les bastions et volé les électeurs ».

Steven Fielding, professeur d’histoire politique à l’université de Nottingham, confirme que l’Ukip « a incontestablement capté des votes qui seraient allés autrement au BNP ou à un autre groupe fasciste ».

Ce parti, dirigé par Nigel Farage, a obtenu ses deux premiers sièges au Parlement de Westminster lors d’élections partielles l’année dernière, en promettant de faire sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne et de réduire drastiquement l’immigration.

Mais il se défend de tout racisme et a par exemple interdit à d’anciens militants d’extrême droite de le rejoindre ou refusé de s’allier avec le Front national de Marine Le Pen sur les bancs du Parlement européen.

L’Ukip est arrivé en tête lors des élections européennes de 2014 (dont le mode de scrutin est proportionnel), remportant 24 sièges, alors que le BNP a perdu ses deux sièges. Aux législatives, il pourrait prendre la troisième position en termes de suffrages exprimés en pourcentage.

« Il y a l’extrême droite et ce que l’on pourrait appeler la droite radicale populiste, qui est légèrement moins désagréable et moins associée au fascisme », dont l’Ukip fait partie, souligne M. Bale.

Malgré tout, le parti europhobe est régulièrement mêlé à des controverses à cause du comportement de certains de ses membres, qui ont par exemple comparé l’islam au cancer, demandé à un « comédien noir » d’aller vivre dans un « pays noir » ou encore taxé les pays en voie de développement de « Bongo Bongo Land », une expression très péjorative.

Il y a deux semaines, un candidat aux législatives a démissionné du parti, dénonçant le « racisme affiché » en son sein.

Et mardi, un candidat de l’Ukip aux législatives a dû démissionner après avoir écrit sur Facebook qu’Israël devrait « kidnapper » le président américain Barack Obama.

En lançant sa campagne lundi, Nigel Farage a voulu balayer ces accusations, affirmant que son parti était devenu le plus « éclectique » du pays.

« Nous avons toutes les opinions, nous avons des gens de la gauche, des gens de la droite, des gens de tous âges, de toutes classes, de toutes races », a-t-il assuré.