Rejetant l’idée d’un Etat palestinien indépendant, le ministre de l’Intérieur Gideon Saar (Likud) a appelé la Jordanie à jouer un rôle essentiel dans la résolution du conflit israélo-palestinien.

Saar est partisan d’une ligne qu’on pourrait résumer dans la formule
« La Jordanie est la Palestine », adoptée par des dirigeants de l’aile dure de la droite, mais rejetée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Je pensais par le passé, et je pense encore aujourd’hui, que l’inclusion d’une composante jordanienne à une solution au conflit israélo-palestinien est l’une des options possibles », a déclaré Saar à la Conférence de Herzliya, un événement annuel sur le thème de la sécurité nationale.

« Un accord qui comprend un volet jordanien serait un accord qui aurait de l’épaisseur, par opposition à un minuscule Etat palestinien instable gouverné par des organisations terroristes ». La création d’un tel Etat palestinien, a ajouté le ministre, ne mettrait pas fin au conflit, mais
« contribuerait plutôt à le perpétuer avec un meilleur point de départ pour les Palestiniens ».

Sans surprise, le commentaire « faucon » du ministre a suscité des applaudissements du mouvement des implantations. « Le discours de Saar était le seul qui a honoré la conférence », a déclaré Dani Dayan, l’envoyé en chef du Conseil de Yesha [l’organisation des conseils municipaux des implantations juives en Cisjordanie] dans un tweet.

La Jordanie a renoncé à ses revendications sur la Cisjordanie et sur Jérusalem Est en 1988, à l’exception de son rôle dans la garde des lieux saints musulmans, et a depuis soutenu les exigences palestiniennes pour un Etat indépendant.

Un haut fonctionnaire du gouvernement à Jérusalem a souligné, cependant, que Netanyahu est resté attaché au principe de deux Etats pour deux peuples, et que son idée d’un accord de statut final ne comprend pas la Jordanie. Saar exprimait son opinion personnelle et ne parlait pas au nom du gouvernement, a déclaré le haut fonctionnaire au Times of Israel.

« Le gouvernement dans son ensemble comprend que le traité de paix entre Israël et le Royaume hachémite de Jordanie est une fondation essentielle pour la stabilité régionale. Le gouvernement israélien honore le traité de paix avec la Jordanie et continuera de le faire ».

Le discours de vingt minutes de Saar a été suivi par les discours du ministre des Finances Yair Lapid (Yesh Atid), du ministre de l’Economie Naftali Bennett (Habayit Hayehudi), de la ministre de la Justice Tzipi Livni (Hatnua) et du chef de l’opposition et chef du Parti travailliste Isaac Herzog.

Alors que Bennett a réitéré son appel à Israël d’annexer la zone C de la Cisjordanie (où vivent la plupart des habitants des implantations), Lapid, Livni et Herzog ont lancé des plaidoiries passionnées dans le but de reprendre les pourparlers de paix avec les Palestiniens.

Ils ont fait valoir qu’une solution à deux Etats, avec la création d’un Etat palestinien dans les frontières d’avant 1967, incluant des échanges de territoires, était la seule option possible pour résoudre le conflit et de garantir l’avenir d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique.

Lapid, qui s’est jusqu’ici principalement focalisé sur des questions nationales depuis l’entrée de son parti à la Knesset [Yesh Atid avait obtenu 19 sièges l’année dernière], a lancé son propre plan de paix, appelant le gouvernement à présenter ses propres cartes pour montrer comment il voit les futures frontières et à faire des gestes unilatéraux tels que le gel des constructions à l’extérieur des blocs d’implantations.

Le Bureau du Premier ministre a rejeté l’initiative du ministre des Finances, affirmant : « toute personne ayant une expérience politique sait que vous ne faites pas de concessions sans rien recevoir en
retour ».

Dans son discours, Saar a cherché à réfuter l’argument, souvent cité par les hommes politiques centristes et de gauche, selon lequel Israël cesserait d’être un Etat juif s’il ne réussissait pas à mettre en œuvre la solution de deux Etats. Ces arguments, a-t-il affirmé, ont été entendus avant le retrait israélien de la bande de Gaza, et le sont toujours aujourd’hui.

Il a fait valoir que, la gauche et les Palestiniens, continueraient toujours de citer la menace démographique, et ce même si Israël devait démanteler les implantations en Cisjordanie.

Concluant ses remarques, Saar a déclaré que « dans un avenir prévisible », il n’existe pas de solution au conflit acceptable pour les Occidentaux, et que le statu quo valait mieux qu’un « changement irresponsable du statu quo ».

Alors qu’Israël a un intérêt évident à améliorer la vie quotidienne des Palestiniens, les concessions territoriales demeurent inacceptables, a-t-il conclu.