Aux côtés du véritable combat qui se déroule actuellement à Gaza, les Nations unies ont ouvert cette semaine un autre front contre Israël, un front diplomatique et juridique que certains appellent « une guerre juridique », utilisant des tribunaux et des commissions internationales pour accuser Israël de crimes de guerre et autres méfaits.

Le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies a décidé mercredi de « dépêcher une commission d’enquête internationale indépendante d’urgence » pour étudier d’éventuelles violations du droit international humanitaire en Israël et à Gaza ces dernières semaines.

Selon des observateurs et des responsables, les résultats de la nouvelle enquête sont déjà un fait accompli : « Goldstone 2 » – Goldstone 1, après l’opération Plomb durci 2008-09, fustigeait Israël – blâmera Israël pour son comportement lors de l’opération Bordure protectrice.

« Comme l’enquête qui a conduit au fameux rapport Goldstone, auquel son propre auteur a finalement renoncé, cette enquête d’un tribunal de pacotille est une fatalité », a émis un communiqué du bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu mercredi soir.

Les politiciens de tout le spectre politique s’indignent de la création d’une nouvelle mission d’enquête sur une opération militaire légitime, destinée à protéger les civils israéliens des tirs de roquettes et des tunnels offensifs terroristes.

« Difficile de comprendre comment un conseil qui contient les mots ‘droits de l’Homme’ dans son nom a décidé de créer une commission pour savoir qui a raison : les assassins ou ceux qui refusent d’être assassinés ? », a déclaré le président sortant Shimon Peres lors de son discours d’adieu à la Knesset jeudi.

Plusieurs questions demeurent : quel mandat l’enquête va-t-elle avoir ? Israël va-t-il cette fois coopérer avec la mission d’établissement des faits ? Est-ce que le rapport sera pris en compte, ou relégué comme un autre document délivré par un conseil « dont l’histoire de parti-pris contre Israël ne peut être mise en doute », comme Richard Goldstone lui-même l’a admis il y a trois ans ?

Les experts conviennent que le conseil a injustement isolé Israël, mais se demande si Goldstone 2 ne sera qu’une nuisance ou la source d’un réel problème.

Petit rappel : après l’opération Plomb durci, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a établi une « Mission d’enquête sur le conflit de Gaza », dirigée par juge retraité Goldstone. Israël a refusé de coopérer avec la mission, avançant que ses résultats étaient courus d’avance.

Dans le rapport dense, publié en septembre 2009, la mission a écrit avoir trouvé des preuves de crimes de guerre potentiels et « peut-être de crimes contre l’humanité » commis par Israël et par le Hamas. Examinant plusieurs attaques israéliennes sur des cibles dans la bande de Gaza, et en l’absence de preuves du contraire, le rapport a conclu que « les forces armées israéliennes avaient effectué des frappes intentionnelles directes contre des civils ».

Le 1er avril 2011, Goldstone a partiellement retiré – et non totalement abandonné, comme certains partisans pro-israéliens se plaisent à dire – son rapport. « Si j’avais su alors ce que je sais maintenant, le rapport Goldstone aurait été un document différent », a-t-il écrit dans le Washington Post.

« Les allégations de préméditation d’Israël étaient basées sur la constatation de morts et de blessés de civils dans des circonstances dans lesquelles notre mission d’enquête n’avait aucun élément de preuve permettant de tirer une autre conclusion raisonnable. »

Mais les enquêtes menées par la suite par l’armée israélienne « ont indiqué que les civils n’avaient pas été intentionnellement ciblés, par principe », a-t-il admis.

Si Israël a salué la volte-face de Goldstone, le mal à sa réputation était fait.

« Nous savons déjà ce qui va se passer », a déclaré Abraham Foxman, le président de l’Anti-Defamation League, se référant à la nouvelle mission d’établissement des faits créée mercredi. « L’enquête sera menée par des personnes ayant un long passé de préjugés et de critiques de la politique israélienne. Israël, naturellement, refusera de coopérer. Un rapport sévère, partial et fondamentalement vicieux sera émis. La seule conséquence durable sera l’atteinte à la protection des droits de l’Homme internationaux ».

Jérusalem n’a pas encore annoncé son refus de coopérer avec l’enquête. La décision est entre les mains des ministres et il semble peu probable qu’ils votent pour collaborer avec un panel qui, de l’avis de tous, rédigera un rapport extrêmement injuste.

Il est probable que même la ministre de la Justice, Tzipi Livni – membre le plus conciliant du gouvernement – s’y oppose. (Elle était ministre des Affaires étrangères à l’époque où Israël a décidé de ne pas coopérer avec la mission Goldstone).

On pourrait objecter que si le rapport Goldstone et son revirement ultérieur a enseigné à Israël une chose, c’est bien que la présentation de son côté de l’histoire débouchera sur un résultat plus favorable. Si aucun élément de preuve contraire n’est apporté, les membres de la nouvelle commission pourraient commettre la même erreur que Goldstone et conclure une préméditation d’attaques sur les civils.

D’autre part, « quiconque croit que les arguments d’Israël selon lesquels il opère uniquement contre des cibles militaires le dégagent de toute responsabilité se fait des illusions », selon Aeyal Gross, expert en droit international à l’université de Tel Aviv. Si seul le nombre de victimes palestiniennes ne dit rien sur la légalité ou l’illégalité de l’opération israélienne en soi, le Conseil des droits de l’Homme, même « impartial », a raison de se demander si Israël commet des crimes, a-t-il estimé.

« Ce n’est pas seulement le ciblage délibéré des civils qui est interdit ; mais les attaques qui, par nature, portent atteinte à des civils, ou à leurs biens, aveuglément, en plus des objectifs militaires », a écrit Gross dans Haaretz. Détruire les maisons de commandants du Hamas et même attaquer des cibles militaires peut être considéré comme des crimes de guerre si de nombreux civils sont blessés dans la foulée, selon Gross. Si Goldstone 2 accusait Israël de crimes de guerre, les Palestiniens seraient encouragés à poursuivre les dirigeants israéliens devant la Cour pénale internationale de La Haye, a-t-il averti. (L’Autorité palestinienne a déjà déposé une plainte auprès de La Haye, mais la manière dont celle-ci sera gérée n’est pas claire.)

Et pourtant, certains partisans pro-israéliens refusent de s’inquiéter sur les perspectives d’un nouveau rapport Goldstone. « Il faut l’ignorer », déclare Alan Baker, ancien conseiller juridique et directeur général adjoint au ministère des Affaires étrangères. « Il ne donnera rien. Cela est complètement et totalement irréaliste. Cela est tellement déconnecté de la réalité. Il est clair que le Hamas commet des crimes de guerre et de graves crimes contre l’humanité… Le fait que le Conseil des droits de l’Homme veuille dépêcher une commission d’enquête contre Israël est simplement comique et absurde. »

Israël n’a rien à craindre de l’issue de cette enquête, affirme Baker. Même le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et l’Union européenne ont, dans le cadre de l’opération Bordure protectrice, affirmé le droit d’Israël à se défendre et condamné le Hamas pour les tirs de roquettes sur Israël, qui violent la résolution du Conseil, dit-il.

« Si ce rapport se concrétise, ce qui est très peu probable, il ne sera pas pris au sérieux », promet Baker. Certains pays arabes et musulmans acceptent automatiquement n’importe quel texte condamnant Israël, même s’il n’a aucun lien avec la vérité, dit-il.

« Cela arrive à chaque fois et continuera à se produire. Mais la communauté internationale modérée, en dehors d’eux, sait exactement quelle est la situation et ne sera pas influencée par ces exercices biaisés unilatéraux ».

Pour des responsables israéliens et des diplomates, la nouvelle mission d’enquête est un énorme casse-tête. « Beaucoup de travail nous attend », a déclaré un haut responsable diplomatique. « Nous devons tenter de désamorcer les explosifs, ou du moins minimiser les dégâts. »

Le responsable a trouvé un peu de réconfort dans le fait que la nouvelle mission d’enquête est chargée « d’enquêter sur toutes les violations du droit international humanitaire et sur le droit international des droits de l’Homme sur le territoire palestinien occupé ».

Cela signifie que non seulement les méfaits d’Israël seront examinés, mais aussi éventuels crimes de guerre du Hamas et d’autres groupes terroristes basés à Gaza (pour l’UE, c’était un facteur important dans sa décision de ne pas s’opposer à la création de l’enquête, ont déclaré des diplomates européens au Times of Israel).

« Une enquête de crimes de guerre commis par l’autre côté – par qui ? Le Hamas n’est pas mentionné dans la résolution du Conseil des droits de l’Homme » qui a convoqué l’enquête, fulmine le responsable.

Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Yigal Palmor, même si Goldstone 2 s’avérait impartial, les pays qui ont voté pour sa création ne tiendront pas compte de tout ce qui ne leur plaît pas et s’attacheront aux points négatifs envers Israël.

« Le contenu du rapport Goldstone n’avait aucune valeur à leurs yeux. C’était un effort politisé pour descendre Israël, peu importe les résultats. Pourquoi devrions-nous penser que cette fois sera différente ? Ce sera exactement comme la dernière fois, et celle d’avant, et celle d’encore avant. Cet organisme [le Conseil des droits de l’homme] est entaché, percé et irréparable. »