Sous le slogan « plus jamais de haine des Juifs », plusieurs milliers de personnes, dont la chancelière Angela Merkel, étaient attendues dimanche à Berlin, pour dénoncer la montée des violences antisémites en Europe dans le sillage du conflit israélo-palestinien.

Organisé par le Conseil central des juifs en Allemagne, ce grand rassemblement doit avoir lieu dans l’après-midi devant la Porte de Brandebourg, en plein centre ville et à quelques centaines de mètres du Mémorial de l’Holocauste, près de 70 ans après la chute du IIIe Reich.

« On a pu entendre et voir cet été en Europe, et même dans les rues allemandes, des slogans, tels que ‘les Juifs sont des meurtriers d’enfants’ ou ‘gazer les juifs' », a constaté Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial (WJC), dans une contribution publiée dimanche par le journal populaire allemand Bild am Sonntag.

« C’était un choc pour beaucoup de Juifs. Dans le sillage des critiques contre Israël s’exprimait soudain au grand jour de l’antisémitisme pur », a-t-il ajouté, la veille d’une réunion annuelle du WJC dans la capitale allemande.

Ces slogans antisémites entendus dans les cortèges cet été avaient été aussitôt condamnés par Mme Merkel, dans un pays toujours marqué par la Shoah et les crimes de la dictature nazie. En Allemagne, aucune dérive violente — comme ce fut le cas notamment en France — n’avait été constatée.

Il y a une semaine, quelques jours avant de célébrer au Parlement allemand les 75 ans du début de la Seconde Guerre mondiale, la chancelière, âgée de 60 ans, avait souligné « la responsabilité perpétuelle » des Allemands vis-à-vis de leur histoire.

« Ces 25 dernières années, il y a eu une renaissance de la communauté juive en Allemagne. Elle doit continuer », a martelé M. Lauder dans les colonnes de Bild am Sonntag.

Opponents claim US billionaire Ronald Lauder attempted to inappropriately influence the outcome of elections held by European Jewish organizations. (Miriam Alster/Flash90)

Ronald Lauder (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Ce renouveau de la communauté juive était d’ailleurs l’une des raisons qui avait poussé le WJC à choisir Berlin pour sa rencontre annuelle, avant les événements à Gaza et les dérapages antisémites de l’été en Europe.

Actuellement environ 200 000 juifs vivent en Allemagne, ce qui fait de cette communauté la troisième d’Europe, derrière la Grande-Bretagne et la France.

Une situation impensable après la chute du IIIe Reich : en 1950, seuls 15 000 juifs vivaient encore en Allemagne, contre 560 000 en 1933.

Après la chute du mur de Berlin en 1989, l’Allemagne, en raison de sa responsabilité historique, avait offert la possibilité aux Juifs originaires des pays de l’ex-Union soviétique de venir s’installer chez elle.

« Le mélange pacifique des cultures, religions et peuples nécessite des efforts constants », a remarqué pour sa part le vice-chancelier social-démocrate Sigmar Gabriel avant le rassemblement auquel il participera mais où il ne prononcera pas de discours, contrairement à Angela Merkel, qui doit s’exprimer à 14H30.

Selon le rabbin Daniel Alter, chargé de l’antisémitisme pour la communauté juive à Berlin, les sentiments antijuifs ont considérablement progressé en Allemagne ces dernières années, même s’ils restent en retrait comparé à la Grèce, la Hongrie ou la France.

« Dès qu’il y a une escalade du conflit israélo-palestinien, on peut observer une haine des Juifs qui se manifeste ouvertement dans les rues allemandes », avait-il dit.

En France, le nombre d’actes antisémites a presque doublé (+ 91 %) pendant les sept premiers mois de 2014, avec une accélération en juillet.

Selon un rapport présenté il y a quelques années au Bundestag, cité par M. Alter, un antisémitisme larvé se trouve chez un quart de la population allemande. Un chiffre qui monte à 50 % dans la communauté musulmane (qui comptabilise 4 millions de personnes, la plupart originaires de Turquie).

Dimanche, le musée juif de Bruxelles rouvre ses portes, plus de trois mois après la tuerie qui a coûté la vie à quatre personnes et pour laquelle Mehdi Nemmouche, un Franco-Algérien soupçonné d’avoir un temps rejoint l’Etat islamique en Syrie, est aujourd’hui inculpé en Belgique.