Ces derniers jours, si des journalistes sont morts pour leur liberté de ton et des policiers pour l’autorité qu’ils représentaient, les otages de l’HyperCacher de la porte de Vincennes ont été tués pour leur religion.

Ainsi, hier soir, à la suite de nombreux rassemblements dans les grandes villes de province dans l’après-midi, deux hommages plus solennels ont été rendus à proximité du lieu de l’attentat à ces quatre hommes tués parce-que juifs.

Le premier rassemblement, organisé par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et l’UEJF (Union des Étudiants Juifs de France), avait lieu à 18h dans la mairie de Saint-Mandé (Val-de-Marne), à quelques centaines de mètres de l’HyperCacher. Vite remplie, la salle n’a pas pu accueillir tous les Saint-Mandéens et les Français ayant répondu à l’appel, qui ont été contraints de rester dehors.

En présence de Gérard Larcher, président du Sénat, Roger Cukierman, président du CRIF, Thierry Leleu, préfet de Paris et de Valérie Pécresse, députée, Patrick Beaudouin, maire UMP de la ville, a exprimé sa profonde tristesse suite aux événements de la semaine.

« Tués parce qu’ils étaient journalistes, policiers, travailleurs, juifs, Français, a regretté l’homme. Ils veulent nous faire plier, mais nous restons droits. Ils veulent nous diviser, mais nous nous rassemblons. (…) Il faut mettre hors d’état de nuire ces individus qui s’attaquent à notre société et à ses fondamentaux. »

« Ce sont les mêmes qui ont tué des enfants à Toulouse ou des militaires à Montauban, a poursuivi Roger Cukierman. Ils se sont ici attaqués à des juifs, mais ailleurs ils s’attaquent également à des musulmans, les victimes les plus nombreuses de ces djihadistes. Je suis heureux de vous voir présents pour combattre cette haine. »

Vers 18h30, dès la fin de ce premier hommage, la foule s’est dirigée vers le supermarché, où se trouvaient déjà de nombreuses personnes, réunies à l’appel de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF). Pour l’occasion, la circulation avait été coupée dans les rues reliant Paris à Vincennes.

À 19h, malgré une pluie persistante, plusieurs milliers de personnes se massaient déjà sur la chaussée, derrière un important barrage de police entourant le magasin attaqué la veille.

Alors que certains participants allumaient des bougies, d’autres chantaient la Marseillaise ou brandissaient des pancartes sur lesquelles étaient inscrits « Je suis juif », « Hyper fier d’être juif » ou « Charlie, juif, flic : je suis la République ».

Des centaines de bouquets de fleurs sont aussi venus reposer au pied des barrières encerclant le bâtiment.

Plusieurs personnes affirmaient connaître l’un des otages, expliquaient être des habitués du supermarché ou disaient craindre de nouvelles attaques.

« Nous, Juifs, avons le sentiment de n’avoir pas été suffisamment protégés, expliquait Jean-François Strouf, président de l’association JudaïQual. On sait très bien que tous les lieux juifs sont aujourd’hui des cibles potentiels. Nous sommes aussi choqués qu’il ait fallu attendre que le président de la république prononce le mot ‘antisémite’ le vendredi soir pour qu’il soit utilisé par la presse ».

« Par ailleurs, nous avons l’impression que la dimension antisémite de cet attentat djihadiste ne réunit pas énormément de gens. Nous avons vu beaucoup de « Je suis Charlie » ; c’est très bien, mais nous aurions aussi aimé voir beaucoup plus de « Je suis juif » dans les rassemblements d’aujourd’hui [samedi, NDLR]. Sommes-nous une cible qui ne mérite pas d’être prise en compte par l’opinion ? Il semble aujourd’hui qu’aller simplement faire ses courses dans un supermarché cacher revient à prendre un risque. Malgré ça, il n’y a aucune solidarité de la nation vis-à-vis de nous. Nous ressentons un abandon. De plus en plus de juifs vont quitter la France. C’est dramatique. »

« Par ce rassemblement, nous souhaitons aussi rendre hommage à la police qui a fait un travail incroyable lors de la traque des trois terroristes et à Lassana [le salarié de la supérette qui a caché des clients dans les chambres froides du sous-sol, NDLR] », confiait quant à lui Gabriel, 24 ans.

Comme à la mairie un peu plus tôt, de nombreux représentants politiques, associatifs et religieux étaient présents, et notamment Manuel Valls, premier ministre, Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, Christiane Taubira, ministre de la Justice, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, Anne Hidalgo, maire de Paris, Meyer Habib, député UDI, Harlem Désir, secrétaire d’État aux affaires européennes, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, Hassen Chalgoumi, imam de Drancy ou encore Joël Mergui, président du Consistoire central israélite.

Toutes les personnalités présentes étaient entourées d’un important dispositif policier et de nombreux journalistes, rendant difficile toute approche.

Peu après une minute de silence, Manuel Valls a affirmé face aux caméras présentes que « les Juifs de France, depuis de nombreuses années, ont peur ».

« Nous sommes tous aujourd’hui Charlie, tous policiers, tous des juifs de France. Il y aura, je n’en doute pas un seul instant, des millions de citoyens qui viendront [au grand rassemblement de cet après-midi à Paris] dire leur amour de la liberté, leur amour de la fraternité, et si nous sommes là (…), c’est pour dire une nouvelle fois que l’antisémitisme a frappé notre pays, a expliqué le locataire de Matignon. La France sans les juifs de France n’est plus la France », a-t-il ajouté, prenant le contre-pied de son homologue israélien qui avait affirmé un peu plus tôt que l’État hébreu « était leur
foyer ».

Pour des raisons évidentes de sécurité, le Premier ministre est vite reparti, après une nouvelle minute de silence et une Marseillaise retentissante.

Si Manuel Valls, Anne Hidalgo et l’imam Chalgoumi ont été chaleureusement applaudis, Christiana Taubira a été huée par certaines personnes l’accusant de n’avoir pas « laissé croupir en prison » deux des trois auteurs des différentes attaques.

Peu repris, certains ont même crié « Taubira démission », au regret de plusieurs participants à l’hommage. Quelques « Non au laxisme ! » ont aussi fusé au moment du départ de Bernard Cazeneuve, instaurant une légère tension parmi la foule.

Ce matin, François Hollande recevra à l’Élysée plusieurs représentants de la communauté juive de France.

Puis, cet après-midi à 15h, une
« grande marche républicaine » sera organisée de la place de la République à la place de la Nation. Un million de personnes sont attendues.

En plus du président français et de nombreux autres responsables politiques, syndicaux et religieux et de personnalités du monde artistique et intellectuel, seront aussi présents les dirigeants d’une cinquantaine de pays.

Hier, Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, et Abdallah II, roi de Jordanie, étaient parmi les derniers à annoncer leur présence à cette marche qui s’annonce sous très haute surveillance policière.

Les ministres israéliens Naftali Bennett et Avigdor Liberman et l’ambassadeur d’Israël en France, Yossi Gal, ont eux aussi prévu de participer à l’événement.

Enfin, à 18h, à l’appel du collectif Haverim et de la Ligue de défense juive, un rassemblement sera à nouveau organisé devant l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes.

Rassemblement à St-Mandé et Vincennes pour les 4 victimes juives du terrorisme - 10 janvier 2015 (Crédit : Glenn Cloarec)

Rassemblement à St-Mandé et Vincennes pour les 4 victimes juives du terrorisme – 10 janvier 2015 (Crédit : Glenn Cloarec)