Le parlement grec a voté mercredi pour une levée de l’immunité parlementaire du chef d’Aube dorée déjà inculpé, incarcéré et néanmoins présent devant le parlement pour se défendre avec véhémence de nouvelles poursuites pénales pour « port d’arme illégal ».

A la quasi unanimité des 224 députés présents, soit 223, sur les 300 membres du parlement, l’Assemblée a accepté la levée de l’immunité parlementaire, réclamée par la justice, de Nikolaos Michaloliakos leader et fondateur de ce parti, et deux autres députés d’Aube dorée incarcérés, selon une source parlementaire.

Nikolaos Michaloliakos, son bras droit Christos Pappas et Yannis Lagos avaient pour l’occasion été extraits de la prison d’Athènes où ils se trouvent en détention provisoire depuis septembre dans le cadre d’une offensive judiciaire déclenchée contre leur parti après le meurtre d’un antifasciste musicien à Athènes par un membre d’Aube dorée.

Dans un discours, Nikolaos Michaloliakos, s’en est pris aux parlementaires et a « dénoncé un complot politique et judiciaire » contre lui et son parti.

« Honte à vous, pseudodémocrates (…), vous avez ordonné et organisé un complot », a-t-il dit en s’en prenant à un député d’un autre parti auquel il a lancé : « tais-toi ! ».

« Nous vivons dans un Etat de procureurs, vous m’avez privé de mes droits civiques d’une manière illégale et abusive », a-t-il indiqué, en colère.

La preuve de « ce complot » est, selon les trois députés, la vidéo rendue publique en avril par Aube dorée, où on voit un conseiller du Premier ministre Antonis Samaras abonder dans le sens du porte-parole d’Aube dorée pour dire que le gouvernement avait orchestré leur arrestation pour des raisons électorales.

« Vous êtes misérables, nos poursuites sont politiques (…) on vit une dictature sous le couvert d’une soi-disant démocratie parlementaire », a déclaré de son côté M. Pappas.

Les trois députés ont réitéré leurs accusations sur des contacts entre leur formation et des membres du parti conservateur du Premier ministre.

Pendant cette intervention houleuse au Parlement, environ 400 militants d’Aube dorée se sont rassemblés à l’extérieur du bâtiment dans le centre d’Athènes, pour soutenir leur chef et ses deux collègues.

« Non aux prisons pour les nationalistes ! », scandaient-ils.

D’importantes mesures de sécurité ont été prises dans le centre de la capitale et l’une des principales avenues longeant le Parlement était fermée à la circulation.

« Nous luttons pour une meilleure Grèce, la détention provisoire du chef et des députés du parti est injuste, illégale et anticonstitutionnelle », a indiqué un manifestant, Dimitris K., 40 ans, au chômage depuis plusieurs mois.

« Etre nationaliste, c’est être patriote, chrétien orthodoxe (…) on est entouré d’ennemis, albanais, bulgares (…) », a-t-il poursuivi, faisant allusion aux habitants des pays voisins, dont des milliers ont émigré en Grèce au cours des deux dernières décennies.

Des membres supporters du parti néo nazi Aube dorée en soutien au leader du parti (Crédit : ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Des membres supporters du parti néo nazi Aube dorée en soutien au leader du parti (Crédit : ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Fondé dans les années 80 sur une idéologie néonazie et raciste, et ayant longtemps agi comme un groupuscule quasi clandestin, Aube dorée est soupçonné d’être à l’origine d’au moins deux meurtres et de nombreuses autres violences.

Entré au parlement aux législatives de juin 2012 en surfant sur le désespoir et la pauvreté provoqués par la crise, le parti compte six parlementaires incarcérés sur un total initial de 18, dont deux l’ont récemment quitté.

Le reste du groupe parlementaire est sous le coup d’inculpations ou d’une levée d’immunité parlementaire dans le cadre de la procédure judiciaire en cours.