En résidence surveillée depuis six ans, Mehdi Karoubi, l’une des figures du mouvement réformateur en Iran, a été hospitalisé jeudi, moins de 24 heures après avoir entamé une grève de la faim, a annoncé sa famille à un média local.

« Son état de santé s’est détérioré après sa grève de la faim et il a été hospitalisé », a annoncé le site d’informations iranien Sahamnews, proche de la famille Karoubi. Agé de 79 ans, Mehdi Karoubi refuse toujours de s’alimenter et souffre d’hypertension, a précisé le site.

Il a été opéré du cœur un peu plus tôt ce mois-ci.

Son fils Mohammad a également confirmé l’hospitalisation de son père sur son compte Twitter en demandant de prier pour lui.

« Aujourd’hui, après avoir fait sa prière de l’aube, monsieur Karoubi a commencé une grève de la faim », a déclaré sa femme Fatemeh Karoubi au site d’information Saham news, proche des réformateurs.

Mehdi Karoubi. (Crédit : Campaign88/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Mehdi Karoubi. (Crédit : Campaign88/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Mme Karoubi avait annoncé mercredi que son mari avait entamé une grève de la faim pour protester contre les mesures punitives dont il fait l’objet alors qu’il n’est pas formellement inculpé.

Sa première demande est le retrait des caméras de surveillance récemment installées dans son domicile ainsi que celui des agents de service de renseignement également postés dans le foyer, « des mesures sans précédent pour le régime de la résidence surveillée que ce soit avant ou après la révolution » islamique de 1979, a souligné Mme Karoubi.

« Sa deuxième demande est un procès public si cette mesure de résidence surveillée se poursuit », a-t-elle ajouté.

Même s’il ne s’attend pas à un « procès équitable », le leader réformateur veut être jugé publiquement et respectera le verdict, a-t-elle insisté.

Candidats réformateurs à la présidentielle de 2009, Mehdi Karoubi et Mir Hossein Moussavi avaient contesté la réélection de l’ultraconservateur populiste Mahmoud Ahmadinejad, prenant la tête d’immenses manifestations violemment réprimées par le pouvoir.

Cet engagement leur avait valu d’être placé en résidence surveillée en février 2011. Ils sont toujours soumis à cette mesure privative de liberté, même s’ils ne sont pas officiellement inculpés.

En mars, le fils aîné de Mehdi Karoubi, Hossein, avait été condamné à six mois de prison pour « propagande contre le régime » après avoir publié une lettre écrite par son père au président Hassan Rouhani, dans laquelle il demandait à pouvoir bénéficier d’un procès.

Après l’annonce de la grève de la faim, des parlementaires ont critiqué le traitement infligé à Mehdi Karoubi.

Un député réformateur, Mostafa Kavakebian, a évoqué la grève de la faim de Karoubi au parlement mercredi, demandant aux ministères de la Santé et du Renseignement d’agir.

« La logique de certains responsables de la sécurité et du renseignement qui voudraient qu’il se repente avant d’être libéré, n’a aucune base religieuse ni rationnelle », a écrit sur con compte Instagram le député Ali Motahari.

Mir Hossein Mousavi in Tehran, 2009 (photo credit: CC-BY Hamed Saber/Wikimedia Commons)

Mir Hossein Mousavi, leadeur réformateur iranien, pendant une manifestation à Téhéran, en 2009. (Crédit : Hamed Saber/CC BY/Wikimedia Commons)

Mehdi Karoubi, Mir Hossein Moussavi et l’ancien président Mohammad Khatami restent des héros du mouvement réformateur en Iran.

En mai, leurs noms avaient été scandés par des milliers de personnes lors d’un meeting de campagne du président Hassan Rouhani réélu pour un second et dernier mandat de quatre ans.

Pendant sa campagne pour la présidentielle de 2013, qu’il avait remportée grâce au soutien des réformateurs, Hassan Rouhani avait promis de lever l’assignation à résidence de Moussavi et Karoubi s’il était élu. Promesse non tenue mais rappelée de nouveau lors de la dernière campagne.

Mais le chef conservateur du pouvoir judiciaire, l’ayatollah Sadegh Larijani, avait fait une sèche mise au point peu après la réélection de Rouhani : « qui êtes-vous pour mettre fin à la résidence surveillée ? »