Les Palestiniens ont dénoncé mercredi le refus d’Israël de négocier avec les 1 500 détenus palestiniens en grève de la faim, en prévenant au troisième jour de ce mouvement que la mort de l’un d’eux pourrait déclencher une « nouvelle Intifada ».

A l’appel de Marwan Barghouthi, « environ 1 500 » détenus palestiniens selon l’Autorité palestinienne (AP) ont entamé lundi un bras de fer avec les autorités israéliennes en refusant de se nourrir.

Aussitôt, l’administration pénitentiaire a transféré Barghouthi et l’a placé à l’isolement dans la prison de Jalame, connue pour y avoir « le pire mitard » d’Israël, selon Issa Qaraqe, chargé des prisonniers au sein de l’Autorité palestinienne et lui-même ancien détenu.

Agé de 57 ans, Barghouthi a été condamné à cinq peines de prison à perpétuité pour des attentats meurtriers lors de la deuxième Intifada (2000-2005).

Marwan Barghouthi au tribunal en 2002 (Crédit : Flash90)

Marwan Barghouthi au tribunal en 2002 (Crédit : Flash90)

Interrogée par l’AFP, l’administration pénitentiaire israélienne a refusé de donner le nombre de grévistes ou de détailler les mesures disciplinaires prises à leur encontre. Selon Qaraqe, les visites d’avocats et de proches sont désormais interdites aux grévistes.

Car Israël a prévenu dès lundi : il n’y a « pas de négociation » possible avec « des terroristes et des assassins », terme utilisé par plusieurs ministres pour qualifier les grévistes de la faim.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a même plaidé pour « l’approche de Margaret Thatcher ». L’ancienne Premier ministre britannique avait en 1981 refuser d’accéder aux exigences de détenus irlandais de l’IRA grévistes de la faim. Dix d’entre eux étaient morts.

Qaraqe a dénoncé, auprès de diplomates réunis mercredi à Ramallah, en Cisjordanie, de telles « incitations à la haine », tandis que Chaawane Jabarine, qui dirige l’ONG palestinienne des droits de l’Homme al-Haq, s’est inquiété de la possible application d’une loi israélienne adoptée en 2015 et très controversée qui permet de nourrir de force des détenus en grève de la faim.

De telles pratiques, qui ont suscité une levée de boucliers parmi les médecins israéliens, « s’apparentent à de la torture », a-t-il affirmé. Elles « peuvent mettre en danger la vie des grévistes de la faim » qui n’ingurgitent plus depuis trois jours que de l’eau et du sel.

Ayelet Shaked, ministre de la Justice, pendant la réunion de la commission de nomination judiciaire au ministère, à Jérusalem, le 22 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ayelet Shaked, ministre de la Justice, pendant la réunion de la commission de nomination judiciaire au ministère, à Jérusalem, le 22 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La ministre de la Justice Ayelet Shaked a déjà dit qu’elle n’hésiterait pas à utiliser cette loi pour briser ce mouvement lancé par Barghouthi, régulièrement en tête dans les sondages pour une hypothétique présidentielle palestinienne et figure incontournable du Fatah du président Abbas.

La grève a été décidée « après des mois de négociations vaines » avec l’administration pénitentiaire israélienne, a expliqué Qaraqe. Dès lors, si les réclamations des détenus ne sont pas entendues, « davantage de prisonniers rejoindront la grève », a-t-il dit, allant jusqu’à prédire que « 90 % » des 6 500 détenus palestiniens pourraient refuser de s’alimenter « d’ici dix jours ».

Face au risque d’escalade, les Palestiniens ont « demandé à la communauté internationale et à l’ONU d’intervenir immédiatement« , a-t-il encore expliqué. Car « si la grève dure, nous pourrions avoir des martyrs et cela signifierait l’explosion pour les Palestiniens. Cela mènerait à une nouvelle intifada. »

« Les pays qui ont signé les accords internationaux », notamment la Convention de Genève sur les prisonniers, « ne doivent pas permettre que l’occupant soit au-dessus des lois », a plaidé la députée palestinienne Khalida Jarrar, elle-même récemment sortie de prison.

La dernière grève massive dans les prisons israéliennes remonte à février 2013, lorsque 3 000 Palestiniens avaient refusé de se nourrir durant une journée pour protester contre la mort en détention d’un des leurs.