Les citoyens arabes ont lancé une grève générale dans la matinée de mercredi en signe de protestation contre la démolition, mardi, de 11 bâtiments illégaux à Qalansawe, une ville arabe située dans la région du Triangle, dans le centre d’Israël.

Le suivi de la grève mercredi « a dépassé nos espérances », a dit à l’AFP Mohammad Barakeh, chef d’une organisation chapeautant plusieurs ONG représentant les Arabes israéliens.

Le mouvement a été largement observé à Nazareth et Umm el-Fahm, deux des plus grandes villes arabes d’Israël, et dans la ville mixte de Haïfa, a rapporté la radio publique israélienne.

Suite à la destruction de ces bâtisses, le maire de Qalansawe, Abed el Basat Salame, a démissionné pour montrer sa colère et les dirigeants des Arabes israéliens ont annoncé une grève de vingt-quatre heures qui s’étend aux écoles, aux autorités locales et aux entreprises.

En réponse à l’appel lancé par des dirigeants arabes et par le Haut comité de suivi des citoyens arabes d’Israël, organisation-cadre représentant les Israéliens arabes au niveau national, les écoles et les municipalités ont suivi le mouvement et aucun service public n’a été assuré.

Mardi, le groupe de la Liste arabe unie, qui a également soutenu la grève générale, a vivement condamné ces démolitions, les qualifiant de « crime sans précédent » et de « déclaration de guerre aux habitants de Qalansawe comme à l’opinion publique arabe. »

« Les maisons étaient en train de recevoir une autorisation, le gouvernement s’est dépêché d’agir afin d’exposer son argument », ont ajouté les élus.

Des députés de la Liste arabe unie venus assister à la démolition de maisons en construction dans la ville arabe de Qalansawe, le 10 janvier 2017. (Crédit : Liste arabe unie)

Des députés de la Liste arabe unie venus assister à la démolition de maisons en construction dans la ville arabe de Qalansawe, le 10 janvier 2017. (Crédit : Liste arabe unie)

La Liste arabe unie a également clamé que ces démolitions venaient répondre à l’évacuation imminente de l’avant-poste illégal d’Amona et pour détourner l’attention des enquêtes en cours concernant le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Il est indubitable que les démolitions dans la communauté arabe sont dues au vol des terres d’Amona », a expliqué le communiqué, « et en raison des crises traversées par le Premier ministre et la droite. Alors que l’enquête [contre Netanyahu] s’intensifie, c’est le cas aussi des destructions qui ne cessent d’augmenter. »

La formation a également affirmé que les ministères du gouvernement échouaient systématiquement à prendre en compte la communauté musulmane, ce qui conduit à une pénurie de permis de construire dans les villages arabes.

Le député Youssef Jabareen a fait savoir dans une déclaration que « l’origine du problème se trouve dans les barrières institutionnelles, légales et de planification qui obligent les citoyens arabes à construire sans autorisation, ce qui est pour eux le dernier recours pour répondre au droit de base d’avoir un toit. »

Jabareen a ajouté qu’ « il est inhumain et immoral de pousser les citoyens arabes à devoir choisir entre les deux pires décisions : rester sans abri ou construire sans autorisation officielle. »

Le ministère des Finances, qui a approuvé les démolitions, a fait savoir dans un communiqué que les constructions avaient été érigées sur des terres qui figuraient en zone agricole, à l’extérieur du plan d’urbanisme approuvé pour la ville de Qalansawe. « Les constructions se trouvaient à différentes étapes d’élaboration », a-t-il commenté.

« Aucune n’était habitée », a-t-il ajouté

Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, a salué la démolition des bâtiments en construction dans la ville arabe. « Je félicite les forces de police pour la destruction de bâtiments illégaux, a-t-il déclaré sur Twitter. L’opération de Qalansawe montre une application égalitaire de la loi, comme cela doit être. »

Démolition de maisons en construction dans la ville arabe de Qalansawe, le 10 janvier 2017. (Crédit: unité nationale du ministère des Finances pour l'application des lois de la planification et de la construction)

Démolition de maisons en construction dans la ville arabe de Qalansawe, le 10 janvier 2017. (Crédit: unité nationale du ministère des Finances pour l’application des lois de la planification et de la construction)

Ces démolitions ont suivi les instructions données en décembre à Erdan par Netanyahu pour appliquer des mesures de répression contre les constructions illégales des Arabes israéliens.

L’appel du Premier ministre à sévir contre les constructions illégales a été lancé dans le contexte de la démolition prévue d’Amona, avant-poste illégal en Cisjordanie, qui devait être évacué le 25 décembre. Une décision de la Haute cour a permis le report de cette date au 8 février.

Dans une vidéo en hébreu parue sur Facebook et adressée aux habitants d’Amona, Netanyahu avait promis que les destructions d’habitation « doivent être égalitaires. La même loi qui exige l’évacuation d’Amona exige également l’évacuation de toutes les constructions illégales partout dans le pays », avait-il dit.

Netanyahu a souligné qu’il ferait appliquer la loi sur les constructions illégales « dans le Negev, à Wadi Ara, en Galilée, dans le centre – partout dans le pays ». Il semblait se référer en premier lieu aux Arabes et aux Bédouins, des communautés où les lois d’urbanisme ne sont pas constamment mises en œuvre.

L’AFP a contribué à cet article.