Avec environ deux divisions de troupes de combat stationnées à la frontière de Gaza, une proposition de cessez-le-feu restée lettre morte, et une violence qui a repris du poil de la bête – 125 roquettes ont été tirées sur Israël depuis 9h du matin jusqu’à tard dans la nuit pour la seule journée de mardi – voici cinq idées sur cette mini-guerre pas encore achevée :

1. Un tunnel que l’armée et le Shin Bet ont trouvé près de Kerem Shalom. Une œuvre d’art bien sombre, équipée d’éclairage et de ventilation et de 300 tonnes de béton armé – ne représente pas seulement une preuve que le Hamas, à l’âge du Dôme de fer, a besoin d’armes offensives au-delà des roquettes, mais aussi la conclusion globale (ou une partie de celle-ci) tirée de l’opération Pilier de défense de novembre 2012.

Le Hamas, en 2012, avait aussi cherché à porter ses coups : le 14 novembre, avec un establishment défensif sous la garde d’un Ehud Barak évasif, l’armée avait envoyé des appels au calme, puis lancé une frappe décisive qui avait changé le cours de l’opération, tuant le commandant de l’armée du Hamas et supprimant la majorité de ses roquettes Fajr-5.

Dans les jours précédant le 8 juillet, le Hamas avait envoyé des messages d’apaisement semblables. Et c’est dans ce contexte-là qu’il cherchait à lancer une opération stratégique, tuant des civils ou des soldats. Si cette option avait réussi, celle d’enlever un soldat ou un civil, ou même de saisir un kibboutz à proximité, l’opération serait aujourd’hui complètement différente.

2. La réoccupation de Gaza, en dehors des implications stratégiques d’une telle démarche, ne peut pas être le fruit d’une improvisation. Elle requiert des mois de démarches diplomatiques et de préparation militaire.

Diplomatie : rappel chronologique… en avril 2001, environ quatre semaines après que le Premier ministre Ariel Sharon ait pris ses fonctions, les terroristes de Gaza avaient commencé à tirer des roquettes sur la ville de Sderot. Sharon a alors lancé une offensive mineure, l’armée s’est mise à avancer à moins de deux kilomètres dans le secteur nord de la bande de Gaza, près de Beit Hanoun. Et la condamnation d’Israël ne s’est pas fait attendre, venant d’un peu
partout ; même le secrétaire d’Etat américain Colin Powell a pu exprimer sa désapprobation.

Avant ce moment, malgré des doutes à l’intérieur et la résistance, à l’international, deux développements ont permis la prise de contrôle de la Cisjordanie en mars 2002 : l’accroissement du nombre de morts israéliens et la rhétorique incessante de Sharon.

Bien qu’il soit connu surtout pour ses mouvements sur le champ de bataille, le travail de terrain qui a précédé la plus grande victoire de Sharon – l’éviction de Yasser Arafat – s’est faite au téléphone. Le vieux général avait passé des centaines d’heures à parler patiemment et à répéter les mêmes messages à Miguel Moratinos, à Jacques Chirac et à leurs semblables, à Kofi Annan et à Gerhard Schröder, à Kjell Magne Bondevik et à Bülent Ecevit. Ni le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ni le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman n’ont fait de telles préparations.

Militaire : les armées ne sont pas juste des croquis sur une carte. Tout le monde, du chef d’état-major aux commandants de brigade, et jusqu’aux timoniers doivent être préparés pour une opération à l’échelle de la réoccupation de la bande de Gaza. Les généraux disent souvent être prêts à toute éventualité, mais en fait ils ne le pensent pas… L’armée et la population n’ont pas été suffisamment préparées pour une telle initiative.

3. L’ère du conflit constant « à feu doux », alimenté par le fanatisme religieux, est arrivée. Au cours des huit derniers jours, Israël a mené une guerre aérienne avec la bande de Gaza et reçu des roquettes et des tirs de mortier du Sinaï, de Syrie et du Liban. La seule frontière calme, d’environ 400 km de long, est celle de la Jordanie. La guerre à Gaza, par conséquent, doit être considérée dans le contexte régional plus large des soulèvements arabes, du nationalisme arabe, de l’islam politique, et des aspirations islamistes au califat.

4. L’étonnant succès du Dôme de fer remet en question la décision du ministère de la Défense, annoncée en mai, au milieu des batailles budgétaires annuelles, de refuser le financement nécessaire pour déployer un système de défense antimissile de milieu de gamme, la
« Fronde de David », qui devait entrer en service en 2015. « Je ne suis pas sûr que le système ‘Fronde de David’ pourra être opérationnel l’année prochaine en raison des contraintes budgétaires », a déclaré le ministre de la Défense Moshé Yaalon à l’Institut Fisher pour les études stratégiques aériennes et spatiales.

La déclaration laisse le sentiment que, soit le ministère de la Défense n’a pas encore fait sienne l’importance de la défense antimissile – et ce en dépit de toutes ses récentes déclarations qui disent le contraire – ou que, recherchant un budget plus favorable, il mise sur le Dôme de Fer dont le public s’est épris, jouant à cet égard sur une forme de manipulation.

5. Psychologie : Ron Schleifer, à la tête du Centre de recherche pour la Défense de l’Université Ariel, a déclaré dans un entretien téléphonique qu’il établissait une distinction entre la guerre psychologique (classique) et « une guerre menée par la psychologie ». Alors que le Hamas est certainement engagé dans la première, l’envoi de messages téléphoniques affirmant que le réacteur nucléaire de Dimona a été endommagé [à détailler dans un prochain article], montre que la seconde est aussi au cœur de sa campagne.

D’où les roquettes, qui ne peuvent pas annihiler l’Etat d’Israël, mais peuvent instiller la peur. D’où le refus du Hamas d’accepter l’accord de cessez-le-feu, qui, à ce moment-là, aurait envoyé un message à l’opinion publique israélienne que la « Résistance », comme l’organisation aime se qualifier, aurait eu soif d’un répit.