Simandou, dans le sud-est de la Guinée, abrite d’importants gisements de fer, dont quatre blocs ont fait l’objet de permis.

Un permis de recherche a été délivré au groupe BSGR de Beny Steinmetz pour deux de ces blocs (Simandou 1 et 2), un autre ayant été délivré à un consortium international Rio Tinto/Chalco/SFI pour les deux autres.

BSGR avait obtenu sa licence en 2008 et investi plus de 123 millions d’euros dans la mine, le plus important gisement mondial de fer non encore exploité.

En avril 2010, il avait revendu 51 % de ses parts au géant minier brésilien Vale pour près de 1,82 milliard d’euros – soit plus de 14 fois sa mise initiale -, débouchant sur la création d’une société commune baptisée VBG, pour Vale BSGR Guinea.

L’Etat guinéen, scandalisé par cette énorme plus-value, veut aujourd’hui annuler le permis de BSGR, alors que le groupe est visé par deux procédures judiciaires pour corruption, une aux Etats-Unis et une en Suisse, sur les circonstances présumées troubles de l’acquisition de ses titres miniers en Guinée.

Après sa prise de fonction en décembre 2010, l’actuel président guinéen Alpha Condé avait lancé des enquêtes anti-corruption pour récupérer le contrôle des richesses naturelles de son pays.

Dans un rapport obtenu jeudi par l’AFP, le Comité technique de revue des titres et conventions miniers (CTRTCM, officiel) estime que « les titres et la convention aujourd’hui détenus par VBG ont été obtenus, pour les gisements de Simandou comme pour ceux de Zogota (sud-est), à la suite de pratiques de corruption ».

Le CTRTCM affirme que pour obtenir la concession de Simandou, BSGR a notamment versé, entre 2006 et 2010, par le biais d’intermédiaires, un total de 8 millions de dollars (près de 5,6 millions d’euros) à Mamadie Touré, épouse du président Lansana Conté décédé fin 2008 alors qu’il dirigeait la Guinée depuis près de 25 ans.

Selon le rapport, Mme Touré a admis avoir reçu cette somme en liquide et en actions de BSGR. Le CTRTCM propose en conséquence « le retrait du permis de recherche sur les blocs 1 et 2 Simandou », mais aussi de « retirer la concession minière sur la zone dite de Zogota » et d’exclure de la procédure de réattribution des permis la société VBG (Vale BSGR Guinea).

« Aucun délit de la part de Vale »

Dans un communiqué virulent, le groupe de M. Steinmetz a nié ces accusations, s’en prenant au président guinéen Alpha Condé qu’il accuse de vouloir « récompenser des alliés politiques qui l’auraient aidé à truquer son élection, en leur donnant les droits miniers légalement acquis par BSGR ».

« BSGR prouvera que ces accusations sont fausses », a déclaré le groupe, accusant à son tour le gouvernement guinéen de s’appuyer « sur des affirmations inventées, des témoins douteux et des procédures illégales ».

Selon lui, le président Condé aurait bénéficié du « soutien technique et financier inconditionnel d’activistes comme George Soros et les ONG qui oeuvrent comme ses groupes de pression personnels ».

BSGR a soutenu également avoir « tenté de coopérer » avec les autorités guinéennes « malgré leur partialité évidente ».

Sollicité par l’AFP, le service de presse de Vale a décliné tout commentaire.

Mais dans son rapport annuel diffusé le 31 décembre 201, Vale évoquait déjà « l’intention » du CTRTCM de recommander la résiliation du contrat minier entre la Guinée et VBG, affirmant comprendre « que cette détermination se base sur des pratiques de corruption » présumées commises « avant l’acquisition par Vale de sa participation dans la VBG ».

« Jusqu’à présent, le comité technique n’a allégué aucun délit de la part de Vale. (…) Si le gouvernement de Guinée décide d’accepter cette recommandation, Vale pourra perdre tout son investissement dans le projet Simandou, indépendamment d’un quelconque droit à un recours auquel Vale puisse prétendre », affirmait-il.

Dans son rapport, le CTRTCM affirme avoir formulé sa recommandation d’annuler la concession minière à l’issue d’une procédure administrative de plus de 18 mois, durant laquelle il a permis à VBG « de faire valoir utilement ses observations » tant par écrit qu’oralement.

Cette recommandation n’équivaut cependant pas « à une décision du gouvernement », a-t-il précisé dans un communiqué.

Elle est destinée à un autre comité dit « stratégique » qui, à son tour, émettra « un avis » pour les autorités pouvant décider en la matière.

Dans le cas du dossier VBG, le président guinéen et son ministre chargé des Mines et de la Géologie, a-t-il expliqué.