Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a estimé lundi que l’appel à la destruction d’Israël est une « forme d’antisémitisme moderne », et a affirmé qu’il gérerait Israël avec « impartialité ». Les responsables israéliens déplorent depuis longtemps un « parti pris » envers l’Etat juif au sein de l’instance.

« Je crois – en particulier lorsque vous mentionnez ceux qui appellent à la destruction de l’Etat d’Israël – qu’il s’agit d’une forme d’antisémitisme moderne », a expliqué Guterres au président Reuven Rivlin, à la résidence présidentielle de Jérusalem.

« Mais vous comprenez également que je suis parfois en désaccord avec les positions adoptées par le gouvernement d’Israël ou par n’importe quel autre gouvernement, et que c’est une chose absolument normale dans une société où un grand nombre de vos citoyens expriment très exactement les mêmes opinions », a-t-il ajouté.

« Nous serons toujours très francs dans le dialogue avec l’Etat d’Israël pour tenter de trouver des moyens pour que la paix soit possible dans cette région, mais nous resterons toujours très déterminés à nous assurer que l’antisémitisme ne prévaut pas et que l’égalité de traitement envers tous les états soit pleinement respectée. »

Le secrétaire-général des Nations unies Antonio Guterres, au centre, et l'ambassadeur israélien à l'ONU Danny Danon, à droite, visitent le musée du mémorial de l'Holocauste de Yad Vashem le 28 août 2017 (Crédit : Menahem Kahana/AFP Photo)

Le secrétaire-général des Nations unies Antonio Guterres, au centre, et l’ambassadeur israélien à l’ONU Danny Danon, à droite, visitent le musée du mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem le 28 août 2017 (Crédit : Menahem Kahana/AFP Photo)

Guterres, qui a été accueilli à son arrivée dimanche par les plaintes de responsables israéliens dénonçant le « parti pris » anti-israélien aux Nations unies, a indiqué que sous sa direction, l’organisation internationale traiterait Israël avec « impartialité », comme, a-t-il dit, elle le fait pour chaque pays.

« Je veux vous dire, M. le président, que vous pouvez avoir pleinement confiance dans le fait que dans mon rôle de secrétaire général, et en relation avec les fonctions du secrétariat que j’assume, je suis très désireux de souligner les valeurs de la charte ainsi que la valeur la plus importante de toutes dans la charte : l’impartialité », a-t-il dit à Rivlin.

« Et l’impartialité signifie traiter tous les pays de manière égale, et je m’engage pleinement à le faire dans mon action et dans tout ce que je réaliserai à la tête de l’organisation que je dirige. »

Le secrétaire général a également mentionné sa visite, lundi matin, au musée mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem et a évoqué le passé marqué par l’antisémitisme de son pays natal, le Portugal, au 16e siècle.

« Yad Vashem est là pour nous rappeler que nous devons être sur la ligne de front dans la lutte contre l’antisémitisme, mais qu’il faut également combattre toutes les autres formes de fanatisme, qu’il s’agisse du racisme, de la xénophobie, même de la haine anti-musulmane, pour promouvoir la compréhension et pour promouvoir le dialogue », a-t-il expliqué, tout en avertissant que l’antisémitisme est « bien vivant et vif ».

Dans son discours, Rivlin a appelé Guterres à « œuvrer à mettre un terme à la discrimination contre Israël » à l’ONU, tout en le remerciant pour sa « gouvernance courageuse » sur la question.

« Ce ciblage d’Israël, cette singularisation du seul Etat juif au monde, et même des actions et des déclarations qui menacent de détruire Israël sont inacceptables, et il faudrait qu’il y ait un prix à payer pour cela. Aucun état membre de l’ONU ne devrait être autorisé à se comporter ainsi », a déclaré le président.

« Nous apprécions votre gouvernance courageuse concernant la discrimination contre Israël. Nous espérons qu’en travaillant ensemble, nous pourrons produire un partenariat plus productif entre Israël et l’ONU, pour notre région et pour toute l’humanité. »

Le Président Reuven Rivlin, à droite, et le secrétaire-général Antonio Guterres s'expriment devant les journalistes avant leur rencontre à la résidence du président de Jérusalem, le 28 août 2017 (Crédit : Gali Tibbon/AFP Photo)

Le Président Reuven Rivlin, à droite, et le secrétaire-général Antonio Guterres s’expriment devant les journalistes avant leur rencontre à la résidence du président de Jérusalem, le 28 août 2017 (Crédit : Gali Tibbon/AFP Photo)

Guterres a ensuite rencontré lundi le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui lui a dit que l’Iran construisait des usines pour produire des missiles en Syrie et au Liban, tentant de transformer ces pays en base militaire pour lancer des attaques contre Israël.

« L’Iran est occupé à transformer la Syrie en camp militaire, et il veut utiliser la Syrie et le Liban comme fronts pour son objectif déclaré d’éradiquer Israël, a dit Netanyahu. C’est quelque chose qu’Israël ne peut pas accepter. C’est quelque chose que les Nations unies ne devraient pas accepter. »

Guterres a pour sa part rappelé les négociations secrètes entre dirigeants israéliens et palestiniens dans son bureau, lorsqu’il était le Premier ministre du Portugal, entre 1995 et 2002. Il a indiqué que cela lui avait montré les difficultés du processus de paix.

« Je rêve d’avoir la chance de voir en Terre Sainte deux états capables de vivre ensemble, dans la reconnaissance mutuelle, mais aussi dans la paix et la sécurité », a dit Guterres depuis le bureau de Netanyahu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, à Jérusalem, le 28 août 2017. (Crédit : (Amos Ben Gershom/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, à Jérusalem, le 28 août 2017. (Crédit : (Amos Ben Gershom/GPO)

Le secrétaire général a également parlé de l’amélioration des conditions socio-économiques des Palestiniens, pour qu’ils puissent avoir un « dividende » et une « motivation » pour la paix.

Il a reconnu l’existence d’un « certain nombre d’obstacles ». « J’ai par exemple exprimé mon opposition aux activités d’implantation » israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem Est », a-t-il dit.

Mais Guterres a aussi dit la nécessité de condamner « le terrorisme », « les incitations à la haine », dans un message, essentiellement adressé semble-t-il, aux Palestiniens, ainsi que les dissensions entre factions palestiniennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

L’AFP a contribué à cet article.