Le Likud a accepté mercredi de nommer la deputée Ayelet Shaked ministre de la Justice pour convaincre le parti HaBayit HaYehudi de rejoindre la coalition, mais les négociations ont accroché après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ait imposé des limites au portefeuille ministériel.

Le geste était destiné à permettre à Netanyahu de disposer des 61 sièges dont il a besoin pour sa coalition gouvernementale – avant l’heure butoir de minuit – pour présenter son gouvernement.

Cependant, tout en faisant l’offre, le Likud a tenté de couper les ailes de Shaked, en demandant qu’elle ne puisse pas nommer les juges des tribunaux religieux et qu’elle ne préside pas non plus la commission judiciaire israélienne, l’organisme qui nomme les juges des tribunaux, ont rapporté les sites d’information en hébreu.

A sa place, un ministre du Likud serait à la tête du panel nommant les juges de tribunaux rabbiniques, alors que Shaked, qui n’est pas religieuse, et un représentant du parti ultra-orthodoxe Shas auraient aussi leur mot à dire. Les tribunaux religieux traitent, entre autres, des questions de mariage et de divorce.

HaBayit HaYehudi a cependant déclaré que si Shaked ne conservait pas la présidence de la commission judiciaire pour les tribunaux, le parti ne signera pas d’accord de coalition.

Pour compliquer encore les négociations, le ministre du Logement Uri Ariel aurait exigé du chef de HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, que le ministère de la Justice lui soit donné à la place, en menaçant de quitter la coalition avec deux autres députés, ce qui laisserait Netanyahu sans la majorité nécessaire, a rapporté la radio de l’armée.

Le Likud avait été réticent à donner le portefeuille de la Justice à HaBayit HaYehudi, craignant qu’il l’utiliserait pour imposer des réformes controversées affaiblissant la Cour suprême et affectant l’évolution de la composition de la commission qui désigne les nouveaux juges.

Des responsables du Likud avaient déclaré à Haaretz qu’il y avait deux problèmes à accorder le ministère de la Justice à HaBayit HaYehudi.

« Le premier est que le garde des Sceaux devra bientôt décider qui sera le prochain procureur général », a affirmé un de ces responsables.

« C’est un poste très sensible, et Netanyahu n’a aucun désir de confier cette tâche à Bennett ou Shaked. Le deuxième problème est que Shaked est le fer de lance de la bataille pour changer la face de la Cour suprême. Netanyahu a jusqu’ici évité toute confrontation avec cette instance et il se pourrait bien qu’il ne veuille pas d’un tel casse-tête. »

La députée travailliste Shelly Yachimovich a averti que ces développements ne sont pas de bon augure pour le système juridique.

« Préparez-vous à voir une bataille dure et amère pour le bien-être et l’identité du système judiciaire et l’application de la loi », a déclaré Yachimovich au site Walla.

Yachimovich a insisté sur un point : sa critique de Shaked ne doit pas être considérée comme un commentaire personnel sur Shaked. « Elle est capable, mais son point de vue sur le système judiciaire est à l’opposé du mien », a-t-elle dit.

Netanyahu se démène pour attirer HaBayit HaYehudi et ses huit sièges avant mercredi minuit – le dernier délai pour annoncer une coalition gouvernementale.

Cependant, le parti nationaliste a fait monter ses exigences au cours des derniers jours, en insistant pour que Shaked soit nommée au ministère de la Justice et que Naftali Bennett reçoive un portefeuille important – peut-être celui des Affaires étrangères.

Dans le cadre de l’accord de coalition émergent, Bennett et Shaked siégeraient tous deux au sein du cabinet de sécurité, une clause à laquelle le Likud s’oppose parce qu’elle accorderait au parti HaBayit HaYehudi plus de poids que l’on pouvait attendre compte tenu de son nombre de sièges parlementaires.

S’il parvient à un accord de coalition avec HaBayit HaYehudi, Netanyahu disposera d’une majorité de 61 sièges, assez pour se maintenir au pouvoir, mais pas assez pour faire autre chose, estiment les analystes.

Le président d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, avait annoncé lundi sa démission de son poste de ministre des Affaires étrangères et le refus de son parti de rejoindre la coalition.