Avant que trois roquettes lancées sur Beer Sheva aient brisé mardi après-midi la prolongation de 24 heures du cessez-le-feu entre Israël et la bande de Gaza , deux mouvements palestiniens déterminés chacun dans l’élimination de l’autre se sont rencontrés au Caire dans le cadre d’une offre de dernière minute pour parvenir à un accord de cessez-le feu permanent avec Israël.

Non, ce n’est pas le début d’une mauvaise blague.

La révélation lundi par Israël d’un vaste réseau terroriste du Hamas en Cisjordanie a dévoilé – pour ceux qui en doutaient encore – le profond fossé séparant le Hamas et le Fatah, deux mouvements réunis dans un gouvernement d’union au début du mois de juin mais aussi dans une équipe de négociation envoyée au Caire au début du mois, comprenant aussi le Jihad islamique.

Selon le Shin Bet, le service de sécurité israélien, les dizaines de membres du Hamas arrêtés en Cisjordanie en mai et juin, étaient non seulement chargés de déclencher un troisième soulèvement populaire dans le territoire contrôlé par l’Autorité palestinienne, mais aussi du renversement de son chef, Mahmoud Abbas.

Selon l’agence officielle d’information Wafa, le président de l’Autorité palestinienne a immédiatement demandé à ses hommes d’enquêter sur les allégations israéliennes. Mais, ce qui donne du crédit à l’information, c’est lorsqu’Abbas a déclaré que les « implications pour la situation palestinienne et régionale seront extrêmement dangereuses. »

« Compte tenu du gouvernement d’union nationale, cette nouvelle information met en péril l’unité du peuple palestinien et son avenir », a-t-il ajouté.

Abbas a sans aucun doute eu accès à la preuve contre le Hamas avant de publier une déclaration si accablante et dramatique.

Pendant que le négociateur du Hamas Izzat al-Rishq tentait mardi de passer sous silence les divisions au sein du camp palestinien, de nouvelles indications ont émergé sur des divergences entre le Hamas et le Fatah quant aux futurs rôles des groupes dans la reconstruction de Gaza.

Rishq a indiqué dans une interview au quotidien de son mouvement, Al-Resalah, qu’il existait mardi des différences au sein de la délégation palestinienne concernant l’utilité de prolonger de 24 heures supplémentaires la trêve avec Israël.

« Jusqu’aux derniers instants, une grande partie de la délégation [palestinienne] ne voulait pas prolonger le cessez-le-feu pour avoir une conscience nette et prétendre que nous avons accompli tous les efforts dans les négociations diplomatiques », a déclaré Rishq, laissant entendre qu’il était l’un des adversaires de la prolongation. « Les négociations ont pris beaucoup de temps », a-t-il ajouté.

Néanmoins, le responsable du Hamas a insisté pour que l’équipe de négociation palestinienne – qui comprend des membres du Fatah, le Hamas, le Jihad islamique et les petites factions de l’OLP – reste unie « même après la fin des négociations ».

Mais certains responsables palestiniens ont indiqué mardi que les différences entre le Fatah et le Hamas sont loin de concerner seulement des différends tactiques sur la longueur des négociations avec Israël, mais touchent plutôt à la question fondamentale de savoir qui finira par récolter les fruits du dernier round dévastateur de la violence.

Depuis le début des négociations, le Hamas savait qu’Israël souhaite signer l’accord de cessez-le-feu final avec l’Autorité palestinienne, écartant les mouvements islamistes qui contrôlent de facto la bande de Gaza. Pour cette raison, le Hamas a indiqué sa préférence pour les services de médiation du Qatar et de la Turquie – ses soutiens politiques et financiers – plutôt que ceux de l’Egypte, son pire ennemi déclaré depuis la destitution de Morsi par Sissi.

Selon le quotidien saoudien A-Sharq Al-Awsat, après l’échec de cette tactique des le début du jeu, le Hamas a porté son dévolu sur le lendemain de l’accord : la reconstruction de Gaza.

Plutôt que de voir Israël traiter directement avec l’Autorité palestinienne sur le projet de plusieurs milliards de dollars, le Hamas a appelé à la création d’une « instance nationale » pour aider l’Autorité palestinienne dans cette tâche, ainsi que dans l’administration du passage des personnes et des biens au passage de la frontière avec Israël.

Les exigences du Hamas étaient « nouvelles et surprenantes » selon un responsable palestinien resté anonyme, et « ont compliqué la tâche de la délégation » au Caire. Le Hamas, pour sa part, a expliqué aux autres délégués que l’AP ne pourrait jamais entreprendre seule les efforts de reconstruction.

« C’est une preuve supplémentaire que le mouvement [Hamas] ne pense qu’à ses propres intérêts et ceux de ses alliés, » ont dit des sources de Ramallah au journal A-Sharq Al-Awsat. Apparemment, Abbas ne fait pas partie des alliés du Hamas.

Alors que les roquettes pleuvent à nouveau depuis Gaza sur le sud d’Israël mardi en pleine trêve, il a d’abord été difficile de savoir si c’était seulement un moyen du Hamas de montrer qu’il en a assez des négociations avec Israël, ou s’il a été dépassé par l’une des nombreuses autres factions armées de Gaza qui ont exprimé leur frustration face à ce qu’elles percevaient comme une procrastination d’Israël.

Plus tard, cependant, le Hamas a reconnu qu’il avait repris les tirs de roquettes.

Une chose est certaine : quand Abbas rencontrera jeudi le chef du Hamas Khaled Meshaal au Qatar, ils auront beaucoup de sujets de discussion.