Des dizaines de personnalités politiques de Gaza, dont les députés du Hamas, ont appelé lundi à faire cesser les violences à l’encontre des réfugiés palestiniens du camp de Yarmouk à Damas, assiégé par l’armée syrienne et désormais quasiment aux mains des djihadistes.

« Nous demandons aux belligérants d’arrêter immédiatement les tueries », a lancé lors d’un rassemblement devant le Parlement dans le centre de Gaza Mohamed Faraj al-Ghoul, un dirigeant du Hamas.

Il faut, a-t-il dit, que Yarmouk « soit un lieu neutre, à distance de la folie de la guerre » et « que les armes se tournent plutôt vers l’occupant sioniste ».

« Où est le monde libre qui s’élève contre le terrorisme ? Ce qui se passe à Yarmouk, n’est-ce pas du terrorisme ? », s’est-il interrogé. « Il faut une intervention internationale rapide pour sauver nos compatriotes à Yarmouk et y faire cesser les massacres », a-t-il poursuivi.

A ses côtés, Khaled al-Batch, un dirigeant du Jihad islamique, la deuxième force terroriste à Gaza toujours tenue par le Hamas, a exhorté « les combattants à quitter Yarmouk », tandis que Marouane Abou Rass, président de l’Union des oulémas de Palestine, a dénoncé un « énorme crime contre l’humanité », pointant notamment du doigt les djihadistes de l’organisation Etat islamique (EI) qui tiennent désormais la quasi-totalité du camp.

« Ce ne sont pas des croyants et ils n’ont rien à voir avec l’islam », a-t-il dit.

Les dizaines de participants au rassemblement ont brandi des pancartes proclamant « Stop aux crimes contre Yarmouk », dont 2.000 personnes ont pu être évacuées ces derniers jours.

Assiégés depuis plus d’un an par l’armée syrienne, ses désormais 16.000 habitants souffrent de pénuries de nourriture, d’eau et de médicaments dans ce camp situé à environ 7 km du centre de Damas.

Dans le même temps, plus d’une centaine de femmes manifestaient devant un QG de l’ONU à Gaza à l’appel du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP, gauche). L’une des participantes, Kefah Awad, a dit vouloir ainsi « lancer un appel aux pays arabes et à l’ONU pour qu’ils aident Yarmouk qui souffre tellement ».

Un cadre de l’OLP en Syrie pour demander une « protection » pour les Palestiniens de Yarmouk

Un dirigeant palestinien a annoncé lundi à l’AFP qu’il était en route pour Damas, où le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk est toujours pris en étau entre troupes syriennes et djihadistes de l’Etat islamique, pour tenter d’y faire cesser les violences meurtrières.

Ahmed Majdalani, un haut cadre de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a expliqué à l’AFP qu’il allait évoquer en Syrie « les moyens d’offrir une protection à notre peuple à Yarmouk ». Pour cela, a-t-il dit, il va rencontrer « des responsables du gouvernement syrien ».

« Le gouvernement est la partie principale, c’est lui qui est responsable de la sécurité en Syrie et qui est concerné dès lors qu’il s’agit de protéger le camp », a-t-il ajouté.

Dans un communiqué, l’OLP a appelé « tous les mouvements à se mettre d’accord immédiatement pour protéger le camp des tentatives d’en faire un champ de bataille ». Elle rappelle en outre l »obligation d’éloigner les civils via des couloirs sécurisés et d’autoriser l’entrée immédiate d’aide humanitaire et médicale d’urgence ».

Cet appel est soutenu par les mouvements présents à Gaza –des islamistes à la gauche– qui, dans un communiqué commun, ont également appelé à « s’accorder avec la délégation de l’OLP sur une position commune pour tenir les camps à l’écart (du conflit) et ne pas interférer dans les affaires syriennes ».

Les Palestiniens en appellent également à l’ONU et notamment à l’UNRWA, son agence en charge des réfugiés palestiniens, pour faire cesser « les massacres » à Yarmouk.

L’OLP a organisé ces derniers jours l’évacuation de 2.000 personnes de Yarmouk, qui comptait encore la semaine passée quelque 18.000 habitants. Assiégés depuis plus d’un an par l’armée syrienne, les habitants de ce camp situé à environ 7 km du centre de Damas souffrent de pénuries de nourriture, d’eau et de médicaments.

Selon M. Majdalani, c’est parce que son emplacement aux portes de la capitale est « stratégique » que l’EI tente de prendre Yarmouk « pour y installer des bases d’où il peut lancer ses attaques ». Mais, a-t-il prévenu, « nous ne voulons pas que notre peuple paye le prix d’une bataille qui n’est pas la sienne ».

L’EI avait lancé mercredi une offensive sur le camp avec l’aide des jihadistes du Front al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Ils en contrôlent désormais une grande partie après plusieurs jours d’affrontements contre des combattants palestiniens qui ont fait une trentaine de morts. Dans le même temps, l’armée syrienne a renforcé son siège autour de Yarmouk et mène des raids aériens réguliers sur le camp, dans lequel elle n’est jusqu’ici pas entrée.