Le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah est arrivé lundi dans la bande de Gaza, annonçant le retour le jour même de son gouvernement aux commandes du territoire dirigé jusqu’alors sans partage par le mouvement islamiste Hamas.

Hamdallah, accompagné de dizaines de ministres et d’officiels, a foulé pour la première fois depuis 2015 le sol de la bande de Gaza dans une grande confusion.

Reflet des attentes élevées suscitées par ce déplacement dans le territoire éprouvé par les guerres, les blocus et les querelles intestines, des centaines de Gazaouis se sont bousculés pour entendre au plus près le discours prononcé par le Premier ministre au point de contrôle du Hamas à la frontière avec Israël.

Des milliers d’autres se pressaient à l’extérieur de ce point de contrôle, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Il doit ensuite diriger un conseil des ministres mardi. Des centaines de membres des forces du Hamas ont été déployées dans les rues de la ville de Gaza et autour de l’hôtel logeant le Premier ministre, a constaté un journaliste de l’AFP.

La visite de Hamdallah, est censée matérialiser la réconciliation entre groupes rivaux après une décennie de d’animosité. Elle doit préparer le terrain à un transfert progressif de responsabilités — au moins civiles– du Hamas à l’Autorité palestinienne, dont émane le gouvernement de Hamdallah.

Depuis une estrade à Beit Hanoun, Hamdallah a promis la fin des dissensions qui minent l’action palestinienne depuis des années, et le début d’une nouvelle administration du territoire. Il a indiqué qu’il ne peut-y avoir d’état palestinien sans Gaza, et que son gouvernement œuvrerait pour alléger les souffrances des résidents de l’enclave.

Entouré d’agents de sécurités inquiets et de responsables, il a rapidement prononcé son discours en lisant les notes qu’il tenait en main, alors qu’un bruit de fond se faisait entendre.

« Alléger les souffrances du peuple de la bande de Gaza est une priorité pour le gouvernement », a-t-il dit. « Nous disons au monde, depuis le cœur de Gaza, que l’état palestinien ne se fera que par l’unification de la Cisjordanie et de Gaza. »

Gaza est actuellement plongé dans la pauvreté, avec un taux de chômage avoisinant les 50 %. Les habitants ne jouissent de courant qu’à raison de quelques heures par jour. Les médicaments essentiels se font de plus en plus rare, et l’eau courante potable devient difficile d’accès et de plus en plus onéreuse.

Hamdallah a salué la proposition du Hamas, qui souhaite confier les responsabilités gouvernementales à son gouvernement, mais a prévenu qu’il y aurait encore des choses à faire avant une réconciliation finale.

Il a notamment évoqué le refus du groupe terroriste de démilitariser sa branche armée, ce qui pourrait compliquer voire contrecarrer les efforts de réconciliation dans les jours à venir.

« Le gouvernement commence à exercer son rôle à Gaza à partir d’aujourd’hui », a-t-il déclaré, serré au plus près par ses gardes du corps.

« Nous revenons à Gaza pour mettre fin aux divisions et réaliser l’unité » avec le Hamas, a-t-il dit. La priorité est de « soulager les souffrances des gens de Gaza ».

Il a également salué les efforts mis en œuvre par l’Égypte pour faciliter le processus de réconciliation.

Des photos du président égyptien Abdel Fattah el-Sissi étaient brandies par ceux qui ont accueilli Hamdallah à Gaza. Un panneau publicitaire portait une inscription de remerciements à l’attention d’el-Sissi, pour ses efforts dans l’amélioration des conditions de vies du peuple palestinien.

Une délégation du renseignement égyptien est actuellement dans la bande de Gaza pour arbitrer les négociations. Le chef du renseignement égyptien, Khaled Fawzi est attendu mardi. Le Hamas, considéré par Israël et par la majorité des pays occidentaux comme une groupe terroriste, avait remporté les élections législatives à Gaza en 2006, et l’année suivante, a pris contrôle de l’enclave en renversant les forces du Fatah, le parti du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Depuis, le Fatah ne dirige que les enclaves autonomes de Cisjordanie, et a mené de nombreuses tentatives de réconciliations, qui ont toutes échoué. Le Hamas n’a pas organisé d’élections depuis 2006.

Hamdallah a souligné à plusieurs reprises durant son discours que la dissension politique au sein de la population palestinienne ne servait que les intérêts d’Israël.

« Il est temps de se lever et de travailler, parce que le seul qui profite de cette division, c’est l’occupant », a-t-il dit.

Hamdallah a également appelé la communauté internationale à faire pression sur Israël pour que le blocus dont Gaza fait l’objet soit levé.

Ce blocus, imposé par Israël et l’Égypte, est destiné à empêcher le Hamas d’acheminer des armes.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne doit rencontrer lundi après-midi le chef politique du Hamas, Ismaël Haniyeh, ainsi que le N.1 du mouvement dans la bande de Gaza, Yahya Sinwar.

La logistique de la visite de Hamdallah est indicatrice des dissensions et des défis auxquels font face les Palestiniens.

Arrivé par la route depuis Ramallah, à 70 kilomètres de la Cisjordanie, le convoi de Hamdallah a traversé Israël et le poste-frontière Erez, avant de passer par un checkpoint du Hamas.

Un Hamas plus pragmatique ?

L’Autorité est l’entité internationalement reconnue et supposée préfigurer un Etat indépendant. Le Hamas, considéré comme terroriste par Israël, les Etats-Unis ou l’Union européenne et comme infréquentable par certains pays arabes, l’a évincée de la bande de Gaza en 2007 au prix d’une quasi-guerre civile avec le rival laïc du Fatah qui domine l’Autorité.

Depuis, l’Autorité n’exerce plus son pouvoir, limité, que sur la Cisjordanie, distant de quelques dizaines de kilomètres de Gaza. Il n’y a pas de continuité géographique entre la Cisjordanie et Gaza, séparés par le territoire israélien. Le Hamas gouverne sans partage Gaza, soit deux tiers des Palestiniens des territoires.

Il a fini par accepter en septembre le retour de l’Autorité, sous la pression du grand voisin égyptien, des déconvenues diplomatiques de son allié qatari et d’un sévère tour de vis financier donné par le président de l’Autorité Mahmoud Abbas, qui a par exemple cessé de payer la facture pour l’électricité fournie par Israël à Gaza.

Pour les deux millions de Gazaouis de ce territoire coincé entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée, l’enjeu de la réconciliation est d’abord humain.

Les mesures de M. Abbas ont rendu encore plus pénible l’ordinaire d’une enclave meurtrie par trois guerres avec Israël, soumise aux blocus israélien et égyptien et confrontée au marasme et au chômage, catastrophique chez les jeunes.

Abou Moussa Hamdona, un Gazaoui de 42 ans, salue la venue du gouvernement : « Nous l’appelons à s’occuper des jeunes -c’est le plus important -, à résoudre la crise de l’électricité et à améliorer les conditions de vie des gens de Gaza ».

Le risque d’une explosion sociale, conjugué à un isolement grandissant et peut-être une approche plus pragmatique de ses dirigeants ont poussé le Hamas à accepter de se raccommoder avec le Fatah, estiment des experts.

Les responsables des deux factions expriment leur confiance dans les chances de réussite de cette énième tentative de rabibochage, en invoquant l’implication directe de l’Egypte, acteur historique à Gaza. Une délégation égyptienne de haut rang y est arrivée dimanche pour suivre l’entreprise de réconciliation.

Probable ‘duperie’ pour Israël

Les motifs de circonspection abondent toutefois. Beaucoup d’experts voient dans la bonne volonté du Hamas une manoeuvre tactique pour se défausser d’une situation compliquée.

Ils doutent qu’il cède à l’Autorité le contrôle de la sécurité.

Le sort des dizaines de milliers de fonctionnaires recrutés depuis 2007 par le Hamas et leur intégration sont une autre interrogation majeure, ainsi que la capacité de l’Autorité à être à la hauteur de la tâche, ou celle de M. Abbas à accepter que l’un de ses grands rivaux au Fatah, Mohammed Dahlane, joue un rôle.

Mohammad Dahlane (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Mohammad Dahlane (Crédit : Capture d’écran YouTube)

La visite est annoncée comme largement protocolaire et préparant le terrain à une passation ultérieure. Les détails de celle-ci doivent être discutés au Caire les jours suivants.

Au-delà se pose la question cruciale de l’acceptation internationale. Les divisions palestiniennes sont considérées comme un des principaux obstacles à un règlement du conflit avec Israël.

L’Autorité reconnaît Israël. Cela reste hors de question pour le Hamas, malgré la publication d’une nouvelle plateforme programmatique en 2017.

Le Hamas est-il prêt à accepter l’existence d’Israël et à renoncer à la lutte armée, s’est interrogé le ministre israélien de la Construction Yoav Galant. « Si la réponse est positive, on peut parler de beaucoup de choses. Si elle est négative, c’est que rien n’a changé et que tout ceci n’est qu’une duperie », tranche-il.

Yoav Galant, ministre du Logement, à Beit Shemesh, le 3 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Yoav Galant, ministre du Logement, à Beit Shemesh, le 3 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)