Hamdeen Sabbahi, seul rival de l’ex-chef de l’armée donné gagnant de la présidentielle en Egypte, se présente en défenseur des idéaux de justice sociale de la révolte de 2011, des slogans qui peinent à mobiliser dans le pays déchiré par de nouvelles crises.

Le leader de gauche reprend régulièrement les slogans de la « révolution » qui a mis fin à trois décennies de pouvoir de Hosni Moubarak : « pain, liberté, justice sociale » dans sa campagne pour le scrutin de lundi et mardi.

Il n’avait aucune chance de l’emporter selon les experts unanimes, mais Sabbahi est le seul a avoir osé défier l’autre candidat, Abdel Fattah al-Sissi, nouvel homme fort de l’Egypte depuis qu’il a destitué en juillet 2013 l’islamiste Mohamed Morsi.

Car après les 11 mois de violences qui ont suivi ce coup de force contre le seul président jamais élu démocratiquement en Egypte, les arguments du maréchal Sissi promettant d’éradiquer les « terroristes » et de rétablir la sécurité et la stabilité font la quasi-unanimité dans une opinion publique lassée par trois années de chaos.

Mais M. Sabbahi, lui, dit redouter un retour à un pouvoir autoritaire en Egypte, des craintes que M. Sissi est, selon lui, loin de dissiper face à la répression de toute voix dissidente qui a fait en dix mois plus de 1 400 morts, 15 000 arrestations et des centaines de condamnations à mort à l’issue de procès expéditifs.

Au contraire de son adversaire qui n’a mené aucun meeting de campagne, M. Sabbahi, 60 ans, a sillonné le pays, détaillant inlassablement un programme économique axé sur la redistribution des richesses et se posant en héritier du charismatique président Gamal Abdel Nasser, champion du socialisme arabe et des Non-Alignés dans les années 1950 et 1960.

« Nous avons renversé deux présidents, mais l’Egypte ne se calme toujours pas », a-t-il dit à l’AFP jeudi lors d’un de ses meetings. Et elle ne se calmera pas à moins de devenir un Etat démocratique, selon lui. « Pour cela, il est nécessaire d’avoir un candidat qui représente les idéaux révolutionnaires, et c’est ce que nous faisons », a-t-il ajouté.

Mobiliser les forces ‘révolutionnaires’

Arrivé troisième à la présidentielle de 2012 remportée par l’islamiste Morsi, M. Sabbahi, qui affirme avoir été incarcéré 17 fois sous ses prédécesseurs, s’était aussitôt engagé dans l’opposition aux Frères musulmans.

Certes, M. Sabbahi a soutenu il y a un an les manifestations monstres réclamant le départ de M. Morsi, mais il n’est pas apparu, contrairement à d’autres personnalités politiques, aux côtés de M. Sissi lorsque ce dernier a annoncé trois jours plus tard la destitution et l’arrestation du président islamiste.

Le chef de l’armée a alors récolté les lauriers de ce coup de force, mais pas M. Sabbahi. Celui-ci cherche à mener une guerre sans merci contre les Frères musulmans.

M. Sissi n’hésite toutefois pas à faire appel au sentiment religieux des Egyptiens, en très grande majorité musulmans sunnites. Celui que son entourage décrit comme pieux, affirmant qu’il met un point d’honneur à accomplir ses cinq prières quotidiennes et dont l’épouse porte le voile, a d’ailleurs rédigé en 2006 un mémoire intitulé « La démocratie au Moyen-Orient » dans lequel il insistait sur le rôle de l’islam dans la législation.

Mi-2011, alors chef du renseignement militaire, Sissi avait justifié les tests de virginité pratiqués par l’armée sur des manifestantes pour prouver qu’elles n’avaient pas subi de viols.

Il avait été nommé chef de l’armée et ministre de la Défense par le président Morsi en août 2012. Sa nomination avait alimenté de nombreuses spéculations sur une mise au pas de l’armée et sur une possible allégeance des militaires aux nouveaux dirigeants islamistes.

Né au Caire en novembre 1954, diplômé en sciences militaires de l’académie militaire en 1977, Sissi a ensuite étudié en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Il a quatre enfants.

Aujourd’hui, Hamdeen Sabbahi tente de mobiliser toutes les forces « révolutionnaires » en Egypte, comptant notamment sur les mouvements de la jeunesse, dont certains ont choisi de lui apporter leur soutien tandis que d’autres refusent toute participation à des élections qu’ils jugent « purement cosmétiques », légitimant le pouvoir dévolu de facto à M. Sissi depuis 11 mois.

Fondateur du parti Al-Karama, que les autorités ont toujours refusé d’enregistrer sous le régime Moubarak, M. Sabbahi a été élu député en 2000 puis 2005 avant de se retirer du scrutin suivant, en 2010, dénonçant les fraudes massives en faveur du parti de Moubarak.

Journaliste de formation, l’homme, à la chevelure blanche fournie, est marié et a deux enfants.