Le Premier ministre démissionnaire libanais Saad Hariri a effectué mardi une visite à Abou Dhabi, au moment où des spéculations vont bon train au Liban sur une possible interdiction de quitter l’Arabie saoudite d’où il a annoncé sa démission.

Samedi, M. Hariri, un protégé de l’Arabie saoudite, a annoncé dans une déclaration télévisée sa démission en accusant le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah et l’Iran de « mainmise » sur le Liban et en disant craindre pour sa vie.

Le fait d’avoir annoncé sa démission de Ryad a fait dire à des médias et responsables au Liban que M. Hariri avait été contraint de prendre cette décision et qu’il n’était pas libre de ses mouvements, surtout que l’annonce a coïncidé avec l’arrestation de dizaines de princes, de ministres et d’hommes d’affaires dans une purge sans précédent en Arabie saoudite.

Le journal libanais Al-Akhbar a été jusqu’à dire en Une que M. Hariri était « otage » en Arabie saoudite.

Mais mardi, l’agence officielle WAM des Emirats arabes unis a annoncé la visite de M. Hariri dans la capitale Abou Dhabi, où l’homme fort du pays, cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, l’a assuré du « soutien » de son pays face « aux ingérences régionales » en allusion à l’Iran.

Les Emirats et l’Arabie saoudite sont des alliés.

La veille, M. Hariri a rencontré à Ryad le roi Salmane.

Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, lors d’une rare apparition publique, à Beyrouth, au Liban, le 3 novembre 2014. (Crédit : AFP/al-Manar)

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a accusé dimanche Ryad d’avoir contraint Saad Hariri à la démission et fait part « d’inquiétudes légitimes » sur son sort en demandant : « Est-il assigné à résidence ? Va-t-on le laisser retourner (au Liban) ? »

M. Hariri, dont l’épouse et les enfants vivent en Arabie saoudite, n’a pas dit s’il reviendrait au Liban, mais plusieurs responsables libanais ont indiqué qu’il pourrait y retourner dans les prochains jours.

Le président libanais Michel Aoun a affirmé qu’il attendait de rencontrer M. Hariri pour décider s’il acceptait ou non sa démission.

Cette démission a fait craindre que le pays, aux équilibres fragiles, ne plonge dans de nouvelles violences.

Elle est intervenue en pleines tensions entre les deux poids lourds de la région, l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, au sujet de plusieurs questions et conflits au Moyen-Orient.

Le président français Emmanuel Macron va chercher à redynamiser l’influence de la France aux Emirats arabes unis (EAU), partenaire historique de Paris dans une région sous tensions, en inaugurant mercredi le Louvre Abou Dhabi, en présence du roi du Maroc, actuellement aussi dans la région.

Les Emirats sont le 2e partenaire commercial de la France dans le Golfe, après l’Arabie Saoudite, avec près de 4,7 milliards d’euros d’échanges en 2016, allant de l’aéronautique (déjà 100 Airbus 380 livrés à la compagnie Emirates) aux produits de luxe. Ils représentent ainsi pour la France le 4e excédent au niveau mondial.

Paris cherche aussi à promouvoir « l’apaisement » et « le dialogue » dans la crise diplomatique autour du Qatar, mis au ban depuis juin par Ryad et Abou Dhabi qui l’accusent de s’être rapproché de l’Iran chiite, principal rival des Saoudiens au Moyen-Orient.