Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a été mis sur la sellette par les députés de l’opposition lors de la session de questions-réponses mercredi, a fustigé les deux enquêtes criminelles dont il fait l’objet. Il a affirmé n’avoir rien fait de mal, et qu’il ne démissionnerait pas si les enquêtes entraînaient une mise en examen.

Interrogés sous les huées et chahuté, Netanyahu a déclaré que les enquêtes étaient accompagnées d’une « célébration de l’hypocrisie et des biens pensants ».

Le Premier ministre fait l’objet de deux enquêtes distinctes.

La première, connu sous le nom d’ « Affaire 1 000 », examine des accusations selon lesquelles lui et sa famille auraient reçu des cadeaux valant des centaines de milliers de shekels de la part d’hommes d’affaires, dont le producteur de films israélien Arnon Milchan.

La deuxième enquête, l’ « Affaire 2 000 », concerne des enregistrements de conversations entre Netanyahu et le propriétaire du journal le plus vendu en Israël, Arnon Noni Moses.

Les deux hommes auraient négocié un accord qui aurait pu permettre au Premier ministre d’obtenir une meilleure couverture dans le Yedioth Ahronoth de Moses en échange d’une législation qui aurait été défavorable à un rival du Yedioth.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le rédacteur en chef du Yedioth Ahronoth, Arnon Moses. (Crédit image composée : Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le rédacteur en chef du Yedioth Ahronoth, Arnon Moses. (Crédit image composée : Flash90)

Netanyahu a souligné qu’il n’était pas « le premier » dirigeant politique à avoir rencontré des éditeurs, ni le premier à « avoir des amis riches ».

Mais pendant une heure et demi, il a refusé à plusieurs reprises de répondre aux questions sur l’enquête. Yuli Edelstein (Likud), le président de la Knesset, a rappelé à plusieurs reprises que le Premier ministre n’avait pas à répondre aux questions qui ne concernaient pas les activités du gouvernement.

Isaac Herzog, chef de l’opposition et de l’Union sioniste, s’est attaqué à Netanyahu en insistant sur le fait que le Premier ministre devrait organiser de nouvelles élections.

« Ce gouvernement doit rentrer chez lui et représenter son mandat au vote », a déclaré Herzog à la Knesset.

« C’est ce que Netanyahu a dit au gouvernement Olmert », a-t-il poursuivi, citant la déclaration de Netanyahu en 2008. Ce dernier avait alors dit au Premier ministre Ehud Olmert qu’il ne pouvait plus occuper le poste de Premier ministre en raison des enquêtes pour corruptions ouvertes contre lui.

Olmert a ensuite démissionné, avant d’être inculpé, et purge à présent une peine de prison pour corruption.

Le chef de l'Union sioniste Isaac Herzog assistant à une conférence à l'université Bar-Ilan, près de Tel Aviv ,le 15 janvier 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le chef de l’Union sioniste Isaac Herzog assistant à une conférence à l’université Bar-Ilan, près de Tel Aviv ,le 15 janvier 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

S’adressant directement à Netanyahu, Herzog a déclaré que le plus grand cadeau que le Premier ministre pouvait faire au peuple israélien serait de « rendre vos clés et de démissionner ».

Face aux questions des députés, Netanyahu a rejeté toutes les questions concernant les enquêtes policières en cours, les qualifiant de « chasse aux sorcières sans fin ».

Herzog a répliqué, affirmant que le Premier ministre était plongé jusqu’au cou dans les enquêtes et ne pouvait pas être objectif. « Vous ne pouvez pas prendre des décisions la tête froide », a-t-il fait remarquer.

Interrogé directement par la députée Tamar Zandberg (Meretz), Netanyahu a refusé de dire s’il allait démissionner s’il était inculpé dans l’une des enquêtes criminelles actuellement ouvertes contre lui.

Zandberg a ensuite exprimé sa frustration face aux réponses évasives de Netanyahu sur Facebook.

Tamar Zandberg, députée du Meretz, à la Knesset, le 24 février 2016. (Crédit :Yonatan Sindel/Flash90)

Tamar Zandberg, députée du Meretz, à la Knesset, le 24 février 2016. (Crédit :Yonatan Sindel/Flash90)

« Le Premier ministre est venu aujourd’hui pour ce qui aurait dû être une heure de questions-réponses avec les députés. Il est venu et a refusé de répondre à des questions sur les enquêtes contre lui, la possibilité qu’il y ait une mise en examen, et sur la corruption, a-t-elle écrit. Il a réussi à le faire avec l’aide du président de la Knesset Yuli Edelstein, qui a affirmé à tort que ces questions contreviennent au règlement. »

Au lieu de répondre directement aux députés sur les enquêtes, une fois que la session de questions-réponses a pris fin, le Premier ministre s’est lancé dans une diatribe contre les accusations dont il fait l’objet, les députés qui l’ont appelé à démissionner, et les médias.

Indiquant que la procédure policière lui interdisait d’évoquer directement les enquêtes, Netanyahu a donné plus de détails sur le projet de loi controversé dit « Israël Hayom » de 2014, qui aurait interdit la distribution à grande échelle d’un journal gratuit. Cela aurait entrainé une réduction de la distribution d’Israel Hayom en l’obligeant à faire payer les clients pour leur journal.

« Je suis celui qui s’est opposé à ce projet de loi. J’ai fait tomber le gouvernement pour l’empêcher [de passer] », a-t-il déclaré. Il a suggéré que les députés qui ont insisté pour que le projet de loi soit adopté étaient ceux qui complotaient avec Moses. « Et ils m’accusent ? Mais quelle blague. »

« Si vous devez examiner [le comportement] de n’importe qui, vous devez examiner les 43 députés qui ont voté pour [lors de la première lecture du projet de loi], a-t-il affirmé. Mais je ne pense pas que vous devriez enquêter sur n’importe qui pour cette raison, parce que cela fait partie des relations compliquées entre la politique et les médias. »

Le Premier ministre a déclaré que « la même hypocrisie » était évidente dans l’Affaire 1 000.

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d'une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d’une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

« La loi dit que vous pouvez recevoir des cadeaux de vos amis […] alors [mes critiques] faussent la loi : [ils veulent] une loi pour Netanyahu et une autre pour tout le monde. » Il a souligné que sa famille et les Milchan sont « amis depuis 20 ans. »

Il a ajouté qu’il faisait face à « une chasse aux sorcières sans précédent » visant « simplement à me remplacer par des moyens non démocratiques ».

« Eh bien, je vais vous dire ceci, a-t-il conclu avec emphase. Il n’y a pas eu de crime et nous ne remplaçons pas un Premier ministre par des moyens non démocratiques […]. Je continuerai à diriger l’État d’Israël pendant de nombreuses années, au nom des citoyens d’Israël, de l’État d’Israël et du peuple juif, il vaudrait mieux s’y habituer. »