Le chef de l’opposition et président du Parti travailliste Isaac Herzog a appelé samedi deux ministres clés de la coalition au pouvoir, Tzipi Livni et Yair Lapid, à quitter le gouvernement dans l’hypothèse probable où le processus de paix ne serait pas relancé.

Il leur a proposé de former une coalition avec les travaillistes pour faire de sérieux progrès vers la paix.

Dans un entretien à la Deuxième chaîne de télévision, Herzog a critiqué la mauvaise gestion par le Premier ministre Benjamin Netanyahu des négociations avec l’Autorité palestinienne, parrainées par les Etats-Unis, qualifiant la conduite des pourparlers de « nouvel échec retentissant du gouvernement Netanyahu. »

Il a également déclaré qu’Israël devrait négocier avec un nouveau gouvernement palestinien, même soutenu par le Hamas, tant que celui-ci répondait aux conditions posées par le Quartet pour le Moyen-Orient, à savoir la reconnaissance d’Israël, l’acceptation des accords antérieurs et la renonciation au terrorisme.

Il a ajouté avoir parlé avec le président de l’Autorité palestinienne depuis l’accord de réconciliation Fatah-Hamas signé mercredi.

Mahmoud Abbas lui aurait confié que l’objectif de l’accord était d’assurer une direction unique, qui contrôle l’usage des armes. Abbas se serait engagé à « retirer les armes » du contrôle du Hamas dans la bande de Gaza. Si cette mesure n’était pas acceptée, le processus de réconciliation ne pourrait être achevé.

La ministre de la Justice Tzipi Livni, à la tête du parti Hatnua et négociatrice israélienne en chef, ainsi que le ministre des Finances Yair Lapid, président de Yesh Atid – la deuxième plus grande faction à la Knesset – sont tous deux considérés comme des figures politiques de centre-gauche. Il ont chacun fait savoir que l’existence de négociations de paix était une composante centrale de leur participation à la coalition.

Selon Herzog, Livni et Lapid permettent, à l’heure actuelle, au parti nationaliste Habayit Hayehudi, dirigé par le ministre de l’Economie Naftali Bennett, de rester au pouvoir. En cas d’échec réel des négociations, Herzog prédit que « Livni … ne pourra pas rester assise et justifier toutes les déclarations de Naftali Bennett. »

« Au bout du compte, ils n’auront pas d’autre choix que de quitter le gouvernement et de se lancer dans un processus diplomatique
alternatif », a-t-il ajouté.

Herzog a affirmé qu’Abbas avait eu tort de laisser le Fatah se réconcilier avec l’organisation terroriste du Hamas alors même que les tentatives de renouveler les négociations entre les deux parties étaient à un stade critique. Il a qualifié cette mesure d’ « inutile et de stupide. »

Toutefois, le leader travailliste a soutenu que la suspension immédiate des négociations de paix par Israël était une mauvaise réaction.

Selon lui, Netanyahu n’a pas répondu à la question des objectifs d’Israël dans le processus de négociation et n’a pas réussi à formuler de position claire et concise sur la solution à deux Etats.

« Le Premier ministre doit s’exprimer clairement et dire où nous allons », a estimé Herzog . « Que se passera-t-il après une autre mesure unilatérale [comme la suspension des négociations], après une autre punition contre l’Autorité palestinienne ? Est-ce que tout va s’effondrer ? Est-ce que cela va améliorer la sécurité d’Israël ? Je demande à Benjamin Netanyahu : les décisions que vous avez prises renforcent-elles la sécurité d’Israël ? »

« Vers où la droite israélienne mène-t-elle l’État d’Israël ? », s’est demandé Herzog.

Le dirigeant travailliste a déclaré que même si un accord d’unité entre le Fatah et le Hamas pouvait faire capoter les négociations de paix, il était important d’éviter « les déclarations grandiloquentes et les mesures unilatérales. »

« Attendons de voir comment les choses évoluent », a plaidé Herzog, faisant remarquer que de nombreuses tentatives palestiniennes de réconciliation ont échoué dans le passé. Et même si un gouvernement palestinien d’union nationale devait se former d’ici à cinq semaines, comme l’accord de réconciliation le prévoit, Israël ne devrait pas avoir de problème à poursuivre les négociations si ce gouvernement le reconnaissait et respectait les conditions stipulées par le Quartet pour le Moyen-Orient – comme Abbas s’y est engagé.

Évoquant la dégradation de la réputation internationale d’Israël et son image d’un pays qui ne veut pas la paix, Herzog a insisté pour qu’Israël formule une offre de paix « complète et détaillée », qui lui assurera un soutien international et placera la balle dans le camp palestinien.

Toutefois, a-t-il conclu, « les cris de joie de l’extrême droite israélienne » ces derniers jours, en réaction à l’unité palestinienne et à la suspension des négociations, prouvent que les partenaires de la coalition de droite de Netanyahu ne sont absolument pas intéressés par une telle paix.