Les dirigeants mondiaux ne prêtent plus attention aux mises en garde du Premier ministre Benjamin Netanyahu sur l’Iran, estime le leader de l’opposition Isaac Herzog au lendemain du discours du dirigeant israélien contre l’accord nucléaire iranien au Congrès.

Herzog, candidat au poste de Premier ministre à la tête de la liste de l’Union sioniste, a accusé Netanyahu d’endommager les liens avec la communauté internationale, poussant Israël « hors de la scène » des négociations visant à empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires.

« Au cours de ces deux dernières années, et cela malgré tous les discours, la vérité est que l’Iran est devenu un Etat au seuil nucléaire », a déclaré Herzog sur les ondes de la radio militaire.

Ces commentaires surviennent un jour après que Netanyahu se soit adressé au Congrès réuni en session plénière pour évoquer ses craintes qu’un accord inapproprié n’émerge entre les puissances mondiales et l’Iran au sujet du programme nucléaire de ce dernier. La Maison Blanche était opposée à ce que Netanyahu prononce un discours au Congrès.

« Les dirigeants de ces puissances, qui conduisent les négociations, ne prêtent plus attention aux positions qu’il soutient, poursuit Herzog. Ils n’écoutent plus. »

Herzog explique que le discours, qui a été ovationné à plusieurs reprises par les législateurs américains à Washington, ne changera rien.

« Les citoyens israéliens peuvent être satisfaits des applaudissements pour l’instant mais sur au-delà, Netanyahu a disparu de la scène, Israël a disparu de la scène. Israël ne fait plus partie du processus de négociation. »

Herzog a aussi critiqué le Premier ministre qui a transformé le soutien pour Israël en une question partisane dans la politique américaine.

Pendant son discours de mardi, qui a duré presque 40 minutes, Netanyahu a plaidé contre l’accord qui se profile avec l’Iran en affirmant qu’il « ouvrirait la voie » à ce que fabrique des armes nucléaires.

Le président américain a répondu peu de temps après le discours en soulignant que Netanyahu n’avait proposé aucune nouvelle alternative.

Les politiciens israéliens de gauche et du centre ont également critiqué Netanyahu pour son discours de mardi, tandis que ceux à l’extrême droite de l’échiquier politique ont fait l’éloge du Premier ministre.

L’intervention au Congrès avait exaspéré la Maison Blanche et les démocrates parce qu’il avait été organisé par les républicains du Congrès sans consulter le président, ce qui est une violation du protocole habituel.

Les responsables ont également dénoncé la proximité de la date (le 17 mars) des élections israéliennes, et le contenu, qui s’oppose à la politique étrangère de l’administration Obama.

Herzog, qui a uni le parti travailliste avec le parti Hatnua pour former la liste de l’Union sioniste, a insisté sur le fait que Netanyahu aurait pu avancer ses arguments d’une autre manière.

« Le discours de Netanyahu, en tant qu’acte politique, endommage tous ces paramètres », a-t-il affirmé en accusant le Premier ministre d’insuffler la peur chez le peuple israélien au sujet de la menace iranienne.

Il a ajouté qu’il est persuadé qu’un accord qui protégerait les intérêts sécuritaires d’Israël pouvait être signé.

« La grande question est : est-il possible d’obtenir un meilleur accord ? Il est possible de parvenir à un accord avec l’Iran avec des conditions contraignantes pour l’empêcher de produire des armes nucléaires. C’est cela le but. Un accord international stable et fort sur une longue période sera mieux qu’une situation où il n’y a aucun accord. »

Mardi soir, Herzog avait organisé un « discours de réaction » dans la ville occidentale du Néguev et avait accusé le Premier ministre d’insuffler la peur avec son discours au Congrès. Il a affirmé que de nombreux israéliens voulaient « être libérés de la peur pour espérer à nouveau ».

Herzog a cependant souligné qu’il « ne prend pas à la légère la menace iranienne » mais qu’il est « ici, et non pas à Washington » pour les résidents défavorisés des villes frontalières. Il a aussi annoncé qu’il était engagé à établir un front international pour contrer les aspirations nucléaires de l’Iran.

Il a admis que le discours de Netanyahu était beau, mais a déploré qu’il ait « entrainé une rupture dans la relation avec les Etats-Unis ».

Herzog a également rejeté les déclarations faites par le chef du parti ultra-orthodoxe Shas, Aryeh Deri, lors d’un rassemblement politique au cours duquel il a juré de ne pas se joindre à une coalition avec le parti de l’Union sioniste mené par Herzog dans le prochain gouvernement.

Herzog met ces affirmations sur le compte des déclarations pré-électorales et précise qu’il ne faut pas leur donner trop de poids.

« Il faut les traiter avec prudence », estime-t-il.