La conférence de paix au Moyen Orient très attendue et très contestée a commencé dimanche matin à Paris. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a déclaré que le sommet avait pour but de donner aux parties de « nouvelles chances » de conclure un accord de paix.

La France accueille plus de 70 pays pour ce sommet, qui tente de raviver le processus de paix israélo-palestinien moribond, qui pourrait recevoir un autre coup, selon les Palestiniens, si le président américain élu Donald Trump venait à tenir sa promesse de campagne de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël.

La conférence devrait condamner les constructions dans les implantations israéliennes et exhorter Israël et les Palestiniens « à réaffirmer officiellement leur engagement envers la solution des deux états ».

Dans ses remarques d’ouverture, Ayrault a listé les objectifs de la conférence, qui sont triples : promouvoir la solution à deux états, promouvoir des négociations directes, et « tracer des pistes d’action pour les semaines et les mois à venir ».

Conférence pour la paix au Proche Orient organisée à Paris, le 15 janvier 2017. (Crédit : Suha Halifa/Times of Israël)

Conférence pour la paix au Proche Orient organisée à Paris, le 15 janvier 2017. (Crédit : Suha Halifa/Times of Israël)

« La solution des deux états est la seule possible, la seule qui permette de répondre aux aspirations légitimes et aux droits des deux parties », a-t-il déclaré.

Ni Israël, ni les Palestiniens ne sont représentés à la conférence, que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifiée d’ « imposture », et qu’il juge partiale contre l’Etat juif.

Dimanche, Netanyahu a à nouveau fustigé le sommet, déclarant qu’il était « inutile ».

« Il est coordonné entre les Français et les Palestiniens, avec l’objectif d’imposer à Israël des conditions qui ne correspondent pas à nos besoins nationaux. Il éloigne également la paix puisqu’il durcit les conditions des Palestiniens, et les éloigne des négociations directes sans conditions préliminaires. Je dois dire que cette conférence fait partie des derniers restes du monde d’antan. Demain sera différent, et demain est très proche », a-t-il déclaré au début de la réunion hebdomadaire du cabinet.

Isaac Herzog, le chef de l’opposition, a déclaré que « Netanyahu aurait dû être à cette conférence. Non pas pour son importance marginale ou pour sa capacité à prendre des décisions, mais pour présenter clairement la position d’Israël sur le confit, et pour ne pas fuir le champ de bataille. »

D’autre part, l’un des organisateurs de la manifestation parrainée par Olivier Rafowicz estime que plusieurs dizaines de personnes seront présentes devant l’ambassade de France à Tel Aviv pour protester contre la conférence de Paris.

« Il est inadmissible que la France prétende régler notre conflit sans notre présence à ce sommet », a-t-il déclaré.

Ayrault a affirmé que la France n’avait pas d’autre objectif que d’ouvrir la voie à de « nouvelles chances pour le dialogue entre les deux parties ».

« La France n’a d’autre motivation que d’être utile à la paix, et il n’y a pas de temps à perdre », a-t-il déclaré.

Il a reconnu l’opposition à la conférence sur la base de son calendrier : cinq jours avant que le président américain élu Donald Trump ne prenne le pouvoir, le sommet est perçu comme une dernière chance pour l’administration Obama d’exposer ses positions sur la région. Il a également cité la résolution adoptée le mois dernier par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui fustige les implantations, en déclarant que le sujet avait été promu au sommet de l’agenda international.

« Ce n’est pas le moment de s’arrêter », a-t-il déclaré.

Les Palestiniens ont salué les efforts de la France pour réaffirmer le soutien mondial à une solution à deux états au conflit vieux de plusieurs décennies.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Beit Sahur, en Cisjordanie, près de Bethléem, le 6 janvier 2017. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Beit Sahur, en Cisjordanie, près de Bethléem, le 6 janvier 2017. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Les efforts de paix sont au point mort depuis avril 2014.

Samedi, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a mis en garde contre les tensions qui pourraient surgir si Trump déplaçait l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem.

« Toute tentative de légitimer l’annexion illégale par Israël de la ville [Jérusalem] détruira les perspectives d’un processus politique, mettra un terme aux espoirs d’une solution fondée sur deux états et apportera de l’eau au moulin de l’extrémisme dans notre région et dans le monde », a déclaré Abbas après une visite au Vatican.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry, qui a récemment critiqué la politique d’implantations israéliennes, est présent à la conférence de Paris, ainsi que des représentants des Nations unies, de l’Union européenne, de la Ligue arabe, du Quartet et d’autres institutions internationales.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, à gauche, et son homologue français Jean-Marc Ayrault à Paris, le 10 décembre 2016. (Crédit : Patrick Kovarik/AFP)

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry, à gauche, et son homologue français Jean-Marc Ayrault à Paris, le 10 décembre 2016. (Crédit : Patrick Kovarik/AFP)

Israël craint que la conférence ne produise un document qui pourrait être proposé au Conseil de sécurité de l’ONU juste avant la prestation de serment de Trump vendredi prochain.

Les Français ont cependant affirmé n’avoir aucun projet de la sorte.

Abbas rencontrera le président français François Hollande dans les prochaines semaines, qui l’informera des conclusions de la conférence, ont annoncé des diplomates français.

Netanyahu a décliné une invitation similaire, ont-ils précisé.

Des agences, Raphael Ahren et Suha Halifa ont contribué à cet article.