Le directeur du plus grand groupe juif américain a exhorté le Premier ministre Benjamin Netanyahu à repenser son approche du gel du compromis du mur Occidental, et à « restaurer la confiance » auprès du judaïsme américain. Autrement, il risque d’augmenter le « fossé » entre de nombreux juifs américains et Israël.

Malcom Hoenlein, vice-président exécutif de la Conference of Major Jewish Organizations, a souligné que son groupe reste habituellement à l’écart de ce genre de problématiques parce que « vous ne pouvez pas adopter un consensus sur les questions religieuses, sur les questions de conviction comme celles-ci ».

Néanmoins, Hoenlein a ajouté que la décision inattendue prise par le gouvernement il y a 10 semaines, consistant à suspendre un accord négocié pendant des années avec les dirigeants de la Diaspora, « a blessé de nombreuses personnes » et a exacerbé des « aspects troublants et préoccupants de la relation » entre les Juifs américains et Israël.

C’est pourquoi, Hoenlein, en s’adressant au Times of Israël, a exhorté Netanyahu à repenser sa décision.

« Si nous nous préoccupons de la relation entre les États-Unis et Israël, si nous nous préoccupons de la relation entre la communauté juive et Israël, le soutien interne, alors nous ne pouvons pas nous permettre d’éloigner et de perdre des éléments significatifs de la communauté juive américaine », dit-il.

Anat Hoffman, à gauche, présidente des Femmes du Mur tenant un rouleau de la Torah) au mur Occidental, le 24 juillet 2017 (Crédit : Hila Shiloni)

Anat Hoffman, à gauche, présidente des Femmes du Mur tenant un rouleau de la Torah) au mur Occidental, le 24 juillet 2017 (Crédit : Hila Shiloni)

Des évènements comme la manifestation raciste et antisémite de Charlottesville le mois dernier « met en évidence le besoin d’être unis et de faire front », dit-il.

Mais, poursuit-il, pour que les Juifs américains, « se tiennent aux côtés d’Israël, sentent qu’ils sont désirés, et que leurs préoccupations sont prises en compte, il faudra adopter une approche différente. Et je pense que le Premier ministre doit chercher une solution [à la crise du mur Occidental] qui lui fera regagner leur confiance tout en mettant fin à la controverse. J’espère qu’avec la nouvelle année, à l’approche de Rosh HaShana, chacun fait l’introspection qu’il est supposé faire, dans son ensemble, et que nous, au lieu d’approfondir l’écart, nous trouvons un moyen de le résorber ».

Hoenlein a déclaré que l’amère controverse qui a suivi le gel du compromis par le gouvernement – un compromis qui aurait permis la création d’un espace de prière égalitaire au niveau de l’Arche de Robinson, et aurait accordé aux dirigeants non-orthodoxes un rôle officiel dans sa supervision – avait été exacerbée par la façon dont cette mesure avait été présentée.

« Les gens pensaient que les juifs conservateurs et réformés ne pouvaient prier nulle part [au mur Occidental], alors qu’il est évident que les espaces de prière restent ouverts, l’Arche de Robinson est en train d’être agrandie etc. »

Si Israël, à Dieu ne plaise, était réellement en péril, a ajouté Hoenlein, « le judaïsme américain se rassemblerait derrière lui ». Mais, a-t-il dit, « certaines tendances sont inquiétantes. Pour la gauche démocrate, le soutien [pour Israël] s’affaiblit. Nous avons vu une baisse significative [du soutien à Israël] de la part des jeunes juifs américains… Nous devons en faire beaucoup plus pour toucher cet électorat, ceux que nous pouvons toucher ».

Il a mis en avant le contraste dans le dialogue entre les représentants d’Israël et de la Diaspora, un dialogue qui a initialement permis de trouver un accord, et qui a disparu quand l’accord a été abrogé.

« Beaucoup de choses auraient pu être faites pour tempérer, diminuer, voire éliminer la possibilité de cette explosion », dit-il. Et désormais, « il est difficile de refermer la boîte de Pandore… Beaucoup de sensibilités ont été blessées, les gens se sont sentis dépossédés… et ils [ont l’impression que] leurs ressentis n’ont pas été pris en compte. »

« Si une décision du gouvernement israélien sur une telle question de sensibilité juive universelle va se baser simplement sur les réalités politiques du moment, et sur les soutiens aux partis politiques, alors le fossé va se creuser », a-t-il dit. « Les Juifs américains ne pensent pas à Israël en termes de politique. Ils ne l’associent pas à un parti spécifique, ils ne pensent pas dans ces termes. Ils pensent plutôt à ce que ‘Israël’ leur a fait. »

Des centaines de suprématistes, de néonazis et de membres de l'extrême-droite américaine à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)

Des centaines de suprématistes, de néonazis et de membres de l’extrême-droite américaine à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)

Puis, se penchant sur les défis propres au judaïsme américain, Hoenlein a expliqué que la réaction qu’a eue le peuple américain après Charlottesville, et particulièrement les politiques, a révélé que « le racisme, le sectarisme et l’antisémitisme sont rejetés ».

« Chaque société a ses ennemis », a-t-il souligné. « On les mesure par la façon dont les autorités réagissent vis-à-vis d’eux. »

« Pendant trop longtemps, nous avons pris pour acquise la sécurité de nos synagogues, de nos écoles, de nos centres communautaires. Nous ne pouvons plus faire cela. »

Et pourtant, a-t-il mis en garde : « nous ne voyons pas plus d’anti-Israël, mais il y a des attaques ouvertement antisémites » aux États-Unis. « Pas seulement les graffitis de croix gammées, mais des attaques physiques. La préoccupation est grande. Charlottesville n’en est pas la cause, c’est un symptôme. Cela a rendu public ce que nous savions. »

Le leadership juif américain œuvre désormais pour intensifier la sécurité de ses institutions. « Pendant trop longtemps, nous avons pris pour acquise la sécurité de nos synagogues, de nos écoles, de nos centres communautaires. Nous ne pouvons plus faire cela. Nous avons des obligations envers nos membres, nos communautés, d’investir davantage dans ce secteur et d’être plus efficace. Ce n’est pas un luxe, c’est un besoin. »

Sur les campus, dit-il, « nous devons en faire davantage pour être avec les étudiants ». Il a évoqué « les poursuites juridiques à l’université de San Francisco sur un projet de guerre de loi », et « les actions contre les Students for Justice for Palestine, à Californie Irvine », comme étant des étapes importantes.

« Parce que pendant trop longtemps, les gens étaient réticents à s’élever contre ça… Quand les intérêts juifs sont attaqués, les orateurs juifs pro-Israël sont interrompus et harcelés, c’est une réalité. La question est, comment réagir. »

Quand on lui demande s’il pense que Charlottesville est une aberration, ou quelque chose de plus grand, Hoenlein répond : « Les deux. La nature de l’évènement était une aberration. C’était choquant dans le sens où des gens transportaient des armes, la police était dépassée, et c’est pour cela qu’ils n’ont pas tiré… La synagogue a demandé une protection rapprochée, et ne l’a pas obtenue. Elle a dû engager un garde armée… Donc, à bien des aspects, cet évènement était dramatique et préoccupant. Mais je pense toujours qu’il est contenu dans les États-Unis. Ce n’est pas quelque chose qui arrive tout le temps, partout. »

Pourtant, a-t-il fait remarquer, « c’est trop fréquent, et j’espère que Charlottesville permettra de développer le niveau de réaction et de prise de conscience, sur la nécessité de s’élever contre ça. Nous devons montrer que nous tenons les gens pour responsables. »

La réaction initiale du président américain Donald Trump, qui a blâmé les deux côtés, « était très troublante », a ajouté Hoenlein. Mais « notre relation avec le département de la Sécurité intérieure et le FBI sont globalement bonnes. Ils ont travaillé étroitement avec les communautés locales. Nous devons voir comment ça évolue. Beaucoup de choses dépendent des messages qui viennent d’en haut, ça donne le ton. Les racistes seront tenus responsables. »