« La France est votre patrie », a assuré mardi le président François Hollande aux Juifs de France, alors que le nombre d’actes antisémites dans le pays a doublé en 2014 (par rapport à 2013).

Dans un discours au Mémorial de la Shoah à Paris, le chef de l’Etat français a estimé que la montée des actes antisémites était « une réalité insupportable » et a annoncé un renforcement du plan global de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

François Hollande, président de la République, était accompagné de plusieurs membres du gouvernement, dont Manuel Valls, Premier ministre, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, Christine Taubira, ministre de la Justice, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education, Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication et Harlem Désir, Secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes.

Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, Gérard Larcher, président du Sénat. Yossi Gal, Ambassadeur d’Israël en France, Anne Hidalgo, Maire de Paris, François Fillon, ancien Premier ministre, Meyer Habib, député UDI des français de l’Etranger, Jean-François Lamour, député UMP de Paris et Jérome Guedj, député PS de l’Essonne étaient également présents.

La France abrite la première communauté juive d’Europe et la troisième dans le monde après Israël et les Etats-Unis.

Le « fléau » de l’antisémitisme « conduit certains Juifs à s’interroger sur leur présence en France. Vous, Français de confession juive, votre place est ici. La France est votre patrie », a déclaré le président français.

« Le 27 janvier sera une date gravée à jamais dans la mémoire de l’humanité », a indiqué François Hollande.

« La Shoah, crime unique par son ampleur avec 6 millions de femmes et d’hommes éliminés parce que juifs. Crime unique, par sa méthode bureaucratique et industrielle. Crime unique par sa nature : détruire les preuves, maquiller l’horreur pour la mener jusqu’à son terme », poursuit-il.

« Au Mémorial de la Shoah, le nom des victimes figurent ici pour toujours. [Evoquant les survivants] Vous êtes le beau visage de l’humanité. L’écho de votre voix ne doit pas faiblir. Je vous fais cette promesse qui est un engagement : la République française n’oubliera jamais. Ne jamais oublier car ce serait insulter ceux qui sont morts dans les camps », a t-il assené.

« Comment aujourd’hui l’antisémitisme peut-il encore resurgir ? La montée des actes antisémites est une réalité insupportable. Vous français de confession juive, vous êtes ici chez vous. La France est votre patrie. La France ne serait plus la France sans vous », a-t-il affirmé, en reprenant les propos du Premier ministre Manuel Valls, prononcés après la prise d’otages du magasin Hyper Cacher de Vincennes, le 9 janvier dernier.

Face à ces menaces, la France doit apporter des réponses fortes : la sécurité, la transmission de la Shoah et la lutte contre le négationnisme sur Internet.

François Hollande a souligné la nécessité que l’histoire de la Shoah puisse « être enseignée partout, sans aucune restriction ».

Le président français a voulu rassurer la communauté juive de France, dont de nombreux membres sont tentés de rejoindre Israël. François Hollande regrette ce « doute pour la République ».

Le président français a assuré que le gouvernement avait pris « les dispositions qui convenaient pour que les synagogues, les commerces, les écoles, les centres culturels de la communauté juive soient protégés » – mettant en avant la volonté et la détermination du gouvernement de faire de la sécurité une priorité.

François Hollande lors du 70e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz au mémorial de la Shoah (Crédit : AFP)

François Hollande lors du 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz au mémorial de la Shoah (Crédit : AFP)

Plus tôt, François Hollande a visité le Mémorial de la Shoah. Il a rencontré des déportés et des jeunes lycéens.

Il a déposé une gerbe suivi d’un moment de recueillement dans la crypte du Mémorial.

Eric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah avait ouvert la cérémonie en prononçant un discours.

Le chef de l’Etat doit ensuite se rendre dans l’après-midi à Auschwitz, en Pologne, à l’occasion du 70e anniversaire de la libération des camps de la mort nazis.

La cérémonie, organisée sous le haut patronage du président polonais Bronislaw Komorowski, accueillera des délégations officielles du monde entier.

Le président allemand Joachim Gauck, son homologue ukrainien Petro Porochenko, le chef de l’administration présidentielle russe Sergueï Ivanov et le secrétaire américain au Trésor Jack Lew participeront aux commémorations organisées par le musée d’Auschwitz-Birkenau.

Au total 38 pays devraient être représentés ; certains, tels la Belgique et les Pays-Bas, par leur roi, d’autres par leur chef de l’Etat, Premier ministre ou ministre.

Moscou a expliqué l’absence du président Vladimir Poutine par le fait qu’il n’avait pas été officiellement invité. Les autorités ont néanmoins décidé d’élever le niveau de leur représentation, après avoir dans un premier temps annoncé la seule présence de leur ambassadeur à Varsovie.

300 survivants de la Shoah assisteront à cette manifestation en mémoire des millions de déportés du second conflit mondial.

« C’est leur voix qui porte la mise en garde la plus forte contre notre capacité à pratiquer l’humiliation, la haine et le génocide. Bientôt, ce sera à nous, les générations de l’après-guerre, de transmettre cet enseignement terrible et les leçons accablantes qui en découlent », a déclaré Piotr Cywinski, directeur du musée.

Pour Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial, « cet anniversaire est crucial car il s’agit peut-être de la dernière grande manifestation en présence d’un nombre si important de survivants. Nous sommes vraiment honorés que beaucoup d’entre eux, malgré leur âge, aient accepté de faire ce voyage ».