WASHINGTON – Bien avant que le nom de Daniel Wultz ne fasse les choux gras de la presse suite aux tentatives de ses parents d’obtenir justice, avant que l’adolescent ne s’arrête pour manger un shawarma près de l’ancienne station centrale de bus de Tel Aviv et ne perde dans le même temps la vie dans un attentat-suicide commandité par le Jihad islamique palestinien, le jeune homme de 16 ans originaire de Floride était un passionné de prière.

Huit ans plus tard, les parents de Wultz, en hommage à leur enfant disparu, se sont envolés jeudi pour Washington à l’occasion de la journée nationale de la prière organisée sur la colline du Capitole.

« Daniel était engagé dans la prière par lui-même – il priait tous les
jours », raconte la mère de Daniel Wultz, Sheryl Wultz, « Il portait une kippa et des tsitsit quand l’explosion s’est produite et c’est précisément ce qu’ils m’ont montré à l’hôpital afin que je puisse l’identifier ».

Selon Sheryl Wultz, l’événement, coparrainé par les représentants au Congrès Debbie Wasserman Schultz (Démocrate) et Eric Cantor (Républicain), le cousin de Wultz, représentait un important lieu de recueillement à la fois pour Daniel et la famille Wultz après l’attentat.

« Il s’agit d’une démarche et d’un événement important car, en cette journée spéciale de prière, il est important de réfléchir sur ce qui nous unit en tant que peuple. Quand j’étais à l’hôpital en salle d’attente, ou à son chevet en soins intensifs, nous avons reçu des centaines et des centaines de messages de prières de la part de personnes de toutes confessions confondues et de toutes les régions du monde », a rappelé Sheryl Wultz.

Ces prières, dit-elle, donnent à la famille un sentiment d’union « contre l’acte horrible perpétré contre nous. »

Wasserman-Schultz a déclaré aux journalistes que le cas de Wultz était particulièrement approprié compte tenu de la proximité de Yom Hashoah et de la Journée nationale de prière.

« Je suis reconnaissante d’avoir l’occasion d’honorer la mémoire de Daniel Wultz, afin de nous remémorer ce qui s’est produit en ce jour fatidique où lui et Tuly ont été les malheureuses victimes du mal et de la haine d’un terroriste », a déclaré Wasserman-Schultz, en référence au père de Daniel Wultz, blessé également dans l’attaque. « C’était incroyablement de circonstance en cette Journée nationale de prière, en particulier durant cette semaine marquée par une série d’événements qui mettent en évidence notre engagement à ne jamais oublier, au plus jamais ça ».

Selon Yekoutiel « Tuly » Wultz, décrivant l’événement organisé au Congrès, dans la salle de conférence de la chef de la majorité, « il était incroyablement réconfortant de voir les membres du Congrès toute tendance politique confondue mettre leurs divergences politiques de côté pour s’unir dans la prière afin d’honorer Daniel et ce qu’il représentait. »

Mais il ne s’agissait pas seulement d’une cérémonie en hommage à la mémoire de l’adolescent assassiné.

Les membres du Congrès présents ont décidé d’assister au mémorial en signe de soutien à la famille Wultz dans sa lutte contre les institutions qui ont permis au terroriste-suicide de se faire exploser dans ce restaurant du sud de Tel Aviv où Wultz déjeunait.

Après avoir engagé des poursuites devant une cour du district de Washington contre la Syrie et l’Iran, coupables d’apporter un soutien matériel au Jihad islamique, la famille Wultz a passé cinq années à tenter de mettre en accusation la Banque de Chine, soupçonnée de servir de courroie de transmission pour le financement de l’organisation terroriste.

L’affaire est en cours dans deux tribunaux de district distincts, à Washington et à New York.

Cette semaine, le juge new-yorkais en charge de l’affaire a rendu une décision qui obligerait la banque Hapoalim à fournir des preuves que la banque israélienne n’a pas laissé un leader du Jihad islamique effectuer un virement depuis son compte israélien vers un autre compte qu’il détient à la banque chinoise.

La mise en accusation éventuelle contre la Banque de Chine dépendra d’un point : il s’agira de déterminer si oui ou non les autorités israéliennes ont informé la banque chinoise lors d’une réunion à Beijing en 2005 que le compte détenu par Said al-Shurafa a été utilisé pour subventionner des activités terroristes.

Si les avocats de la banque chinoise arrivent à prouver que la Banque Hapoalim est sciemment à l’origine du virement opéré depuis le compte israélien de Shurafa vers son compte chinois, cela compromettrait les déclarations des plaignants selon qui Israël aurait mis en garde la Chine à propos des transactions de Shurafa.

La défense pourra arguer que si le gouvernement israélien n’a pas prévenu que les transactions soutenaient des activités terroristes, la banque n’avait aucune raison d’informer une banque étrangère.

Le plus grand obstacle, cependant, reste le témoignage contesté de l’agent des renseignements Uzi Shaya. Shaya aurait assisté à la réunion de Beijing en 2005, au cours de laquelle les activités de Shurafa auraient été signalées à la Banque de Chine.

Selon la famille Wultz, Israël a dans un premier temps encouragé les poursuites contre la Banque de Chine et se serait engagé à ce que Shaya témoigne de la rencontre fatidique de 2005.

Mais peu de temps après l’attentat, les relations entre l’Etat hébreu et la Chine se réchauffaient, et le gouvernement israélien a fait volteface auprès de la famille de Daniel.

Officiellement, le gouvernement affirme son opposition face à l’éventualité qu’un officier des renseignements ne prononce un témoignage sensible devant une juridiction étrangère.

Des allégations balayées par les partisans de Wultz selon qui le gouvernement a fait marche arrière suite aux efforts entrepris par le Premier ministre Benjamin Netanyahu en faveur d’un rapprochement entre l’Etat hébreu et la Chine.

Mais Wasserman-Schultz a promis jeudi que les membres du Congrès qui soutiennent les Wultz dans leur quête de justice contre les financiers des terroristes ne se résigneront pas face à l’impasse actuelle.

« Nous continuons à maintenir la pression pour que justice soit faite, car nous pensons qu’elle doit l’être », a déclaré Wasserman-Schultz devant les journalistes.

« Nous continuerons autant que nous le pouvons de les aider et de les soutenir chaque jour et à chaque occasion »