Hommages à Elie Wiesel
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Hommages à Elie Wiesel

'La mémoire est devenue un devoir sacré pour tous les hommes de bonne volonté', avait dit Wiesel à Obama

Barack Obama, alors président américain, et Elie Wiesel, au Musée mémorial de l'Holocauste des Etats-Unis, le 23 avril 2012. (Crédit : autorisation USHMM/JTA)
Barack Obama, alors président américain, et Elie Wiesel, au Musée mémorial de l'Holocauste des Etats-Unis, le 23 avril 2012. (Crédit : autorisation USHMM/JTA)

Le prix Nobel de la paix et rescapé de la Shoah Elie Wiesel est mort samedi à l’âge de 87 ans, après avoir consacré sa vie à perpétuer la mémoire de l’Holocauste.

La disparition du célèbre écrivain juif américain a été annoncée à Jérusalem par le mémorial de l’Holocauste Yad Vashem.

Elie Wiesel, prix Nobel de la paix en 1986, « s’est éteint il y a quelques heures », a indiqué le porte-parole du mémorial, Simmy Allen.

Selon le New York Times, il est décédé à son domicile à Manhattan.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a répondu dans une vidéo aux  accusations de l'ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon, le 16 juin 2016. (Capture d'écran: YouTube)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a répondu dans une vidéo aux accusations de l’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon, le 16 juin 2016. (Capture d’écran: YouTube)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a salué sa mémoire, estimant dans un communiqué qu’il était « un rayon de lumière et un exemple d’humanité qui croit en la bonté de l’Homme ».

“Elie, maître des mots, a exprimé par sa personnalité unique et ses livres fascinants la victoire de l’humanité sur la cruauté et le mal », a ajouté le Premier ministre.

« L’Etat d’Israël et le peuple juif pleurent avec amertume la mort d’Elie Wiesel », a dit Netanyahu.

« Durant les années sombres de l’Holocauste, au cours desquelles ont péri six millions de nos frères et sœurs, Elie Wiesel était un rayon de lumière et un exemple d’humanité […] », a souligné Netanyahu à propos de celui qui a sillonné le monde pour perpétuer la mémoire de la Shoah.

Il était un « héros du peuple juif », a dit le président Reuven Rivlin.

« Elie Wiesel était l’une des grandes voies morales de notre temps, et de bien des manières, la conscience du monde », a déclaré le président américain Barack Obama dans un communiqué.

President Barack Obama greets Nobel Laureate and Holocaust survivor Elie Wiesel at the White House. (photo credit: Pete Souza,The White House, Flickr)
Le président américain Barack Obama et le prix Nobel de la Paix et survivant de l’Holocauste Elie Wiesel à la Maison Blanche. (Crédit : Pete Souza/La Maison Blanche/Flickr)

« Comme des millions d’admirateurs, j’ai d’abord connu Elie par son témoignage de l’horreur qu’il a enduré pendant l’Holocauste simplement parce qu’il était juif, a-t-il déclaré. Mais j’ai aussi eu l’honneur de l’appeler un ami cher. Je suis particulièrement reconnaissant de tous les moments que nous avons partagés et de nos discussions, qui allaient de la signification de l’amitié à notre engagement partagé envers l’Etat d’Israël. »

Obama a déclaré que Wiesel n’était « pas simplement le plus célèbre survivant de l’Holocauste du monde, il était un mémorial vivant. Après que nous ayons marché ensemble parmi les fils barbelés et les miradors de Buchenwald où il a été emprisonné quand il était adolescent et où son père a péri, Elie a dit des mots que je n’oublierai jamais : ‘la mémoire est devenu un devoir sacré de toutes les personnes de bonne volonté’. Perpétrer ce devoir sacré était le but de la vie d’Elie… Il implorait chacun d’entre nous, en tant que nations et en tant qu’êtres humains, de faire la même chose, de nous voir chacun en l’autre et de rendre réel ce serment de ‘plus jamais’. »

« Sa vie, et la puissance de son exemple, nous appelle à faire mieux. Face au mal, nous devons convoquer nos capacités pour le bien. Face à la haine, nous devons aimer. Face à la cruauté, nous devons vivre avec empathie et compassion. Nous ne devons jamais être les badauds de l’injustice, ou indifférents à la souffrance. Sa vie et la force de son exemple nous poussent à être meilleurs. »

Pour le secrétaire d’Etat américain John Kerry, les mots d’Elie Wiesel « portaient le poids d’une expérience qui ne peut pas et ne doit pas être oubliée », l’expérience d’événements tragiques « que nous sommes tous appelés à prévenir de nos jours ».

Kerry a déclaré que Wiesel était « l’une des vois les plus poignantes et les plus passionnées de justice, de souvenir, et d’application des leçons d’un sombre passé pour façonner et former un futur plus brillant… Il est venu de l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire humaine, consumé non pas par la vengeance, mais plutôt par un désir de ‘apaiser les feux du préjudice et du sectarisme. »

Le président français François Hollande a salué « la mémoire d’un grand humaniste, inlassable défenseur de la paix. Il a salué sa « relation spéciale » avec la France, « où il a étudié après la guerre, où il a publié sa première édition de La Nuit. »

Rescapé des camps de la mort nazis, Elie Wiesel a consacré sa vie à la mémoire de la Shoah et à la lutte contre l’indifférence, l’intolérance et l’injustice.

‘L’oubli, une maladie collective’

« L’oubli n’est pas une maladie individuelle mais collective », estimait-il. Pour « empêcher l’oubli » de la Shoah et favoriser la compréhension entre les peuples, ce « messager de l’humanité », comme l’a qualifié le comité Nobel, a créé la Fondation Elie Wiesel pour l’Humanité, avec son épouse, et l’Académie universelle des cultures.

Elie Wiesel a souvent dénoncé la responsabilité des dirigeants qui « savaient » le sort des juifs déportés, notamment Roosevelt et Churchill. En 1979, le président Carter lui avait montré les photos prises, fin 1942, par des avions militaires américains survolant Auschwitz.

Elie Wiesel, auteur, prix Nobel de la Paix et survivant de la Shoah, devant une photo de lui (3e à droite, en bas) et d'autres détenus au camp de concentration de Buchenwald en 1945, pendant sa visite au musée et mémorial de l'Holocauste Yad Vashem, à Jérusalem, le 18 décembre 1986. (Crédit : AFP/Sven Naxkstrand)
Elie Wiesel, auteur, prix Nobel de la Paix et survivant de la Shoah, devant une photo de lui (3e à droite, en bas) et d’autres détenus au camp de concentration de Buchenwald en 1945, pendant sa visite au musée et mémorial de l’Holocauste Yad Vashem, à Jérusalem, le 18 décembre 1986. (Crédit : AFP/Sven Naxkstrand)

Il s’est engagé pour de multiples causes car il avait « fait un vœu après la guerre : que toujours, partout où un être humain serait persécuté, je ne demeurerais pas silencieux ».

Né le 30 septembre 1928 à Sighet, en Roumanie (alors Transylvanie), dans une famille pauvre, Elie Wiesel est déporté à 15 ans à Auschwitz-Birkenau où sa mère et sa plus jeune sœur sont assassinées. Son père meurt devant lui à Buchenwald où ils ont été transférés.

A sa sortie du camp, en 1945, il est recueilli en France par l’OSE (œuvre juive de secours aux enfants) et y vit jusqu’à l’âge de 28 ans en 1956. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il devient journaliste et écrivain.

François Mauriac préface son premier roman, « La nuit » (1958), sur ses souvenirs d’enfant déporté, suivi d’une quinzaine d’autres (en français, en anglais, en hébreu et en yiddish), de trois pièces de théâtre et de nombreux essais.

Citoyen américain depuis 1963, Elie Wiesel a occupé longuement la chaire en Sciences Humaines de l’Université de Boston et partagé sa vie entre les Etats-Unis, la France et Israël.

Elie Wiesel qui, en 2006, avait refusé la présidence de l’Etat d’Israël, soulignant qu’il n’était « qu’un écrivain », avait confirmé, six ans plus tard, un projet de livre avec le président Obama.

Il était revenu à Auschwitz en 2006 avec la star de la télévision américaine Oprah Winfrey. Il avait aussi accompagné Obama et la chancelière allemande Angela Merkel à Buchenwald.

Le président américain Barack Obama (au centre), la chancelière allemande Angela Merkel et le survivant de l'Holocauste et prix Nobel de la Paix Elie Wiesel au camp de concentration de Buchenwald, près de Weimar, en Allemagne, le 5 juin 2009. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)
Le président américain Barack Obama (au centre), la chancelière allemande Angela Merkel et le survivant de l’Holocauste et prix Nobel de la Paix Elie Wiesel au camp de concentration de Buchenwald, près de Weimar, en Allemagne, le 5 juin 2009. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)

« Après que nous avons marché ensemble parmi les fils de fer barbelés et les miradors de Buchenwald, Elie m’a dit des mots que je n’ai jamais oubliés – ‘La mémoire est devenue un devoir sacré pour tous les hommes de bonne volonté' », a déclaré samedi Obama.

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