Il est rare que j’approuve le ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, le leader populiste de droite de HaBayit HaYehudi, qui veut annexer la majorité de la Cisjordanie, pavant ainsi la voie de la destruction d’Israël comme Etat juif et démocratique.

Mais quand Bennett a accueilli lundi la publication du rapport du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies (CDH) sur la guerre entre Israël et le Hamas de l’été dernier en lançant « Honte à vous » à ses auteurs, il avait parfaitement raison.

Honte à vous, Mary McGowan Davis, d’avoir accepté d’être nommée par le CDH qui est si manifestement, ouvertement, ridiculement, obsédé par la déligitimation d’Israël – l’été dernier, la majorité des plus de 100 résolutions adoptée par cet organe scandaleux depuis sa création en 2006 portaient sur Israël.

Un seul pays est tant et tant visé alors que le reste du monde entier en compte plus de 200.

Est-ce tactiquement judicieux pour Israël de ne pas avoir coopéré à votre enquête ? Cela peut se discuter. Mais qu’Israël n’ait pas envie de coopérer avec une équipe nommée par un forum si ridiculement biaisé et de lui fournir ainsi une légitimité, c’est tout à fait compréhensible.

En effet, vous auriez dû arriver à la même conclusion que celle à laquelle Israël a été forcé de parvenir suite à une expérience amère : le CDH, avec ses antécédents tordus, n’est pas un lieu pour ceux qui luttent pour la justice. Honte à vous, juge McGowan Davis, pour avoir ajouté une brique à cet édifice INjustice.

La président de la Commission d'enquête indépendante sur la guerre de Gaza en 2014, Mary McGowan Davis (à droite) et le membre de la commission Doudou Dienne (à gauche) lors d'une conférence de presse sur son rapport à l'Office des Nations unies à Genève, Suisse, le 22 juin 2015  (Crédit : AFP / Fabrice Coffrini)

La président de la Commission d’enquête indépendante sur la guerre de Gaza en 2014, Mary McGowan Davis (à droite), et le membre de la commission Doudou Dienne (à gauche), lors d’une conférence de presse sur son rapport à l’Office des Nations unies à Genève, en Suisse, le 22 juin 2015 (Crédit : AFP / Fabrice Coffrini)

L’Israël officiel se lamente, souvent à juste titre, de l’absence de « contextualisation » dans le traitement médiatique du conflit avec les Palestiniens.

L’Israël officiel aimerait que chaque article sur Gaza comporte des références au fait qu’Israël a démantelé toutes ses implantations et retiré toutes ses forces militaires de la bande en 2005, et s’est retiré des lignes pré-1967, prétendument incontestées ; que le Hamas a pris le pouvoir à Gaza des mains du relativement modéré Mahmoud Abbas en 2007, tuant de nombreux Palestiniens dans la foulée ; que le Hamas est ouvertement engagé à la destruction d’Israël (sa charte affirme qu’Israël, « de sa qualité de juif et ayant une population juive, défie l’Islam et les musulmans ») ; et que le Hamas utilise son contrôle sur la bande de Gaza pour faire la guerre à Israël par tous les moyens, y compris en mettant insidieusement des Gazaouis en danger, sachant que trop de gens du monde entier pourront blâmer Israël quand ce mal leur arrivera.

Mais généralement, les journalistes ont seulement quelques minutes ou quelques centaines de mots pour couvrir une histoire, et même s’ils en ont la volonté, il leur manque du temps ou de l’espace pour installer un contexte.

L’équipe d’enquête du CDH, cependant, a eu tout le temps et l’espace dont elle avait besoin.

Elle a rédigé un rapport de 284 pages. Et pourtant, dans toute cette logorrhée, elle a négligé de détailler précisément comment le Hamas était parvenu au pouvoir à Gaza et ce qu’il représentait.

Elle a choisi de ne pas souligner l’objectif stratégique du Hamas – détruire Israël. Elle a confondu la cause et l’effet en décrivant le blocus de sécurité comme une mesure qui « étrangle l’économie de Gaza et qui impose de sévères restrictions aux droits des Palestiniens », comme si c’est le blocus qui a radicalisé Gaza, alors qu’il a été décidé comme une mesure défensive d’Israël (et de l’Egypte) contre l’importation d’armes par le Hamas.

La commission a assimilé Tsahal – une armée ouverte à l’autocritique, qui lutte pour protéger Israël des menaces sur de nombreux fronts – à une organisation extrémiste islamique qui prêche la haine absolue d’Israël. (Israël doit enquêter et enquête constamment, réexamine ses politiques et ses opérations militaires ; il n’a pas besoin d’un panel de l’ONU pour le rappeler à l’ordre.)

En fait, l’enquête a fait pire que cela : elle a fait usage de venelles linguistiques bizarres pour différencier les dirigeants palestiniens des groupes armés de Gaza, comme s’ils n’étaient pas une seule et même entité, et s’est référée à « l’Etat de la Palestine », comme si elle tenait Israël responsable du territoire de cet Etat inexistant.

Nulle part, dans tout ce long document, elle n’a offert la simple vérité contextuelle du conflit de l’été dernier, et des autres à venir : Israël n’est pas présent dans la bande de Gaza.

Israël n’a pas de querelle territoriale avec Gaza. Si le Hamas cesse sa violence contre Israël, il n’y aura plus de souffrances des deux côtés de la frontière. Mais tant que le Hamas continue d’œuvrer pour la destruction d’Israël, Israël, comme tout pays désireux de survivre, n’aura pas d’autre choix que de se défendre.

Ne dites pas que nous ne vous avons pas avertis

Honte à vous, en outre, Davis McGowan, pour plusieurs formulations dans votre texte qui devraient donner lieu au genre de réexamen et de rétraction que votre collègue autrefois estimé, Richard Goldstone, qui a parcouru cette route ignominieuse avant vous, a finalement trouvé la décence de faire.

Goldstone a admis tardivement que l’allégation du ciblage délibéré de civils par Israël était un mensonge. Mais vous avez dénaturé ridiculement, par exemple, la jubilation qu’éprouve le Hamas à tirer des roquettes sur Tel-Aviv et d’autres cibles spécifiques pour la transformer en avertissements dénués de cruauté envers les citoyens israéliens. Il vaut la peine de citer votre paragraphe 92 dans tout son ridicule :

Les membres masqués du Hamas brûlent une étoile de David lors d'une manifestation à Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 17 août 2014 (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

Des membres masqués du Hamas brûlent une étoile de David lors d’une manifestation à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 août 2014. (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

« Dans quelques cas, il semble que les groupes armés palestiniens à Gaza ont tenté d’avertir les civils en Israël des attaques qui pourraient les affecter. Par exemple, selon les informations fournies par le ministère des Affaires étrangères de l’Etat de Palestine, le 12 juillet 2014, un groupe armé de la bande de Gaza a annoncé en arabe et en hébreu qu’il procéderait à une attaque sur Tel-Aviv et précisé l’heure à laquelle l’attaque devait avoir lieu. À une autre occasion, selon les rapports des médias, les Brigades Al Qassam ont émis un avertissement aux compagnies aériennes de ne pas voler à l’aéroport Ben Gurion car elles considèrent que l’aéroport inclut une base militaire. Le 20 août 2014, les Brigades Al Qassam, à travers un communiqué de presse publié en anglais, ont une fois de plus averti les compagnies aériennes internationales de ne pas voler à Tel-Aviv à partir du lendemain matin, et demandé aux résidents des communautés situées dans le voisinage de la bande de Gaza d’éviter de retourner chez eux, ou de rester à l’intérieur des abris. »

Un « groupe armé » – à Dieu ne plaise que le rapport reconnaisse explicitement le Hamas comme le lanceur de roquettes – « a demandé aux habitants… d’éviter de retourner chez eux ». Que je comprenne : si les porte-parole du Hamas demandaient à tous les résidents de l’Etat d’Israël d’éviter de retourner à la maison parce que le Hamas avait l’intention de tirer des roquettes et de perpétrer des attaques à travers le pays afin de le détruire, cela compterait-il comme un avertissement admirable, un acte humanitaire, car, après tout, cela voudrait dire que nous aurions la possibilité de fuir avant la destruction de notre patrie ?

Ce rapport ultérieur du CDH sur la destruction d’Israël a-t-il été clément avec le Hamas et d’autres groupes terroristes parce qu’ils avaient émis des avertissements, et parce que, après tout, Israël est rempli de bases militaires, et que la plupart des Israéliens ont servi dans l’armée ?

D’autres critiques ont déjà mis en évidence la stupidité dévastatrice du rapport concernant les tunnels transfrontaliers du Hamas.

La commission ne pouvait « déterminer de façon concluante l’intention des groupes armés palestiniens à l’égard de la construction et de l’utilisation de ces tunnels ».

Le fait que « les groupes armés palestiniens » aient mené une série d’attaques en Israël via ces tunnels n’est-il pas une preuve suffisante de leur objectif ?

Le panel n’a pas eu de problème fondamental avec « les groupes armés palestiniens » – qui ont passé des mois et des années à creuser des tunnels en territoire israélien souverain.

Et il n’a pas bien compris – s’évertuant à affirmer que, pendant le conflit, les tunnels étaient « uniquement utilisés pour mener des attaques dirigées contre des positions de Tsahal en Israël… qui sont des cibles militaires légitimes » – que pour le Hamas, tous les juifs israéliens sont des cibles militaires légitimes.

Un soldat israélien prie à une zone de transit de Tsahal près de la frontière israélienne avec Gaza, le 31 juillet 2014 (Crédit : Yaakov Naumi / FLASH90)

Un soldat israélien prie dans une zone de transit de Tsahal près de la frontière israélienne avec Gaza, le 31 juillet 2014. (Crédit : Yaakov Naumi / FLASH90)

La ministre Bennett a affirmé en outre que le rapport du CDH « a du sang sur les mains ». Il a raison à ce sujet aussi. Parce que ce rapport constitue un encouragement pour la guerre quasi-étatique menée à la fois par le Hamas de Gaza et par le Hezbollah au Sud-Liban – des groupes terroristes semi-gouvernementaux, voués à la destruction du seul pays à majorité juive du monde, qui combattent au milieu de populations civiles semi-otages, semi-partisans, et qui sont protégés par des panels tels que celui de McGowan Davis, qui peinent à distinguer entre l’agresseur et le défenseur.

Comme un autre ministre israélien, Yuval Steinitz, l’a observé, si un terroriste suicide palestinien réquisitionne un bus plein de Palestiniens et le lance sur un tank israélien, il y aura beaucoup de victimes palestiniennes, mais seul un fou ou un aveugle blâmera le chauffeur du tank.

Un fou, un homme aveugle, ou le dirigeant d’une enquête d’un Comité des droits de l’Homme de l’ONU.

Le défi urgent pour Israël

Israël s’insurge contre l’injustice et se plaint que le monde est contre lui ou indifférent ; mais se plaindre n’inversera pas la tendance.

La famille des nations a muté depuis que l’ONU à fait revivre la patrie juive il y a 67 ans. Israël doit désormais faire tout son possible pour préserver et renforcer les quelques alliances cruciales qu’il a établies, tout en comprenant bien que finalement, il ne peut compter que sur lui-même.

Il doit définir ses objectifs stratégiques, puis les suivre, à la lettre. Cela signifie formuler des politiques pour maintenir un pays sécurisé, une démocratie avec une majorité juive. Tolérer le réarmement du Hamas à Gaza ne concorde pas avec ces objectifs.

Pas plus que l’expansion des implantations isolées en Cisjordanie. Ou la lutte publique contre l’administration américaine, avec tous les problèmes profonds que nous avons avec cette présidence. Ou ignorer les efforts visant à délégitimer notre pays et à nous faire passer pour immoraux.

Une rhétorique outrée des politiciens n’est pas une réponse stratégique ; diviser la responsabilité du deuxième champ de bataille – législation / médias / relations publiques – entre de nombreux politiciens égoïstes et leur équipes rivales est le gage d’une incompétence durable.

Nous faisons face à un prochain round avec le Hamas, sans une nouvelle stratégie qui nous amènera la victoire.

Même si nous savons que l’Iran peut faire signe au Hezbollah à tout moment pour lancer des roquettes, nous n’avons pas de meilleure stratégie pour ce front non plus, seulement des menaces de dirigeants politiques et militaires avertissant que Tsahal causera des destructions à grande échelle – ce qui est précisément ce que le Hezbollah espère.

Des jours de guerre pointent leur nez – avec la population israélienne vaincue, l’image d’un Israël dévasté, une augmentation de la consternation et de l’intolérance de la communauté internationale, et le CDH salivant à la perspective de harceler à nouveau Israël.

Les partisans du Hezbollah  dans la ville de Nabatiyeh, le 24 mai 2015 (Crédit : Mahmoud Zayat / AFP)

Les partisans du Hezbollah dans la ville de Nabatiyeh, le 24 mai 2015 (Crédit : Mahmoud Zayat / AFP)

Donc, oui, honte à vous, Mary McGowan Davis, pour avoir omis de présenter un juste compte-rendu de la guerre de l’été dernier.

Mais honte aux dirigeants israéliens qui pensent avoir le luxe de s’occuper de petite politique, se préoccupent de futilités à court terme, et n’ont pas, à ce jour, rempli correctement la tâche de vaincre le Hamas et le Hezbollah – à l’intérieur et à l’extérieur du champ de bataille.

Israël a gagné des guerres conventionnelles en 1948, 1956, 1967 et 1973. Il a surmonté l’attaque terroriste stratégique de la deuxième Intifada.

L’urgence est aujourd’hui d’avoir une stratégie pour vaincre cette troisième phase des efforts de nos ennemis pour détruire ce pays – qu’ils poursuivent en combattant à partir d’une population civile, et en diabolisant Israël quand il se défend.

On a beau se plaindre de l’hostilité intransigeante, des conflits incessants, de notre mauvaise image et de l’injustice, la dure réalité est que nos ennemis festoient. Et Mary McGowan Davis vient de leur donner une nouvelle raison affligeante de continuer à le faire.