La province d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, est un des derniers bastions de la rébellion échappant encore au régime du président Bashar el-Assad après cinq ans et demi de guerre.

La province et sa ville éponyme devraient accueillir des civils et des combattants évacués d’Alep, la grande métropole du nord qui est sur le point d’être totalement reprise par le régime après une offensive dévastatrice et meurtrière.

Idleb dans la guerre

Proche de l’axe routier reliant Alep à Damas, la ville d’Idleb comptait 120 000 habitants en 2011 avant le début de la guerre, selon le géographe Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie. Une partie de sa population a fui après sa conquête par les rebelles en mars 2015, mais environ 100 000 déplacés l’ont rejointe, selon le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Elle compterait aujourd’hui environ 200 000 habitants.

Avant la guerre, la majorité des habitants de la province travaillaient dans l’agriculture, surtout dans la culture du coton et des céréales, ou à Alep.

La ville syrienne d'Idleb en 2009, avant le début de la guerre civile syrienne. (Crédit : CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

La ville syrienne d’Idleb en 2009, avant le début de la guerre civile syrienne. (Crédit : CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

La province a une importance stratégique, étant à la fois proche de la frontière avec la Turquie, pays favorable à la rébellion, mais aussi de la province côtière de Lattaquié, fief du régime et berceau de la famille du président Assad.

Le 28 mars 2015, l’Armée de la Conquête (Jaich al-Fatah), une coalition composée de groupes rebelles islamistes comme Ahrar al-Cham, et jihadistes tel que le Front al-Nosra (rebaptisé depuis Fateh al-Cham), s’empare de la ville d’Idleb, à majorité sunnite.

Sa capture est un coup dur pour le régime car il s’agit de la seconde capitale provinciale à lui échapper, après Rakka, devenue le fief du groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Le 25 avril, la coalition s’empare aussi de la ville de Jisr al-Choughour, l’une des dernières encore tenues par le régime dans la province.

Idleb et sa province vont être la cible répétée de raids aériens meurtriers de l’aviation syrienne et de celle de son allié russe, engagé dans le conflit depuis septembre 2015.

Prochain objectif Idleb ?

Dès décembre 2015, une source de sécurité à Damas affirmait que les forces militaires russes et syriennes s’entraînaient dans le nord de la province de Lattaquié, en vue de lancer une sur Idleb.

Les personnels du Croissant Rouge International et de son homologue syrienne pendant l'évacuation des civils d'Alep, le 16 décembre 2016. (Crédit : AFP/STRINGER)

Les personnels du Croissant Rouge International et de son homologue syrienne pendant l’évacuation des civils d’Alep, le 16 décembre 2016. (Crédit : AFP/STRINGER)

Celle-ci « sera dans une prochaine étape le lieu le plus important pour les opérations militaires conjointes syro-russes […]. Les rebelles y sont systématiquement transférés à chaque fois qu’un accord intervient » avec le régime pour évacuer d’autres zones, avait souligné cette source.

Jeudi, l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura a averti qu’Idleb risquait de devenir « la prochaine Alep ».

Environ un million de personnes vivraient dans les zones contrôlées par les rebelles dans la province d’Idleb et dans l’ouest de celle voisine d’Alep, a indiqué Balanche à l’AFP.

Foua et Kafraya, localités pro-régime

Les bourgades chiites de Foua et Kafraya, dans la province d’Idleb, sont contrôlées par le régime mais assiégées par des rebelles islamistes. Les insurgés ont cherché à lier le sort de ces deux localités à celui de Zabadani et Madaya, deux villes assiégées par le régime dans la province de Damas, exigeant que toute aide parvenant aux villages loyalistes soit également livrée à ces deux villes rebelles.

Dans le cadre de l’accord d’Alep, des blessés et malades de Foua et Kafraya pourraient aussi être évacués vers des zones pro-régime.

La cité d’Ebla ravagée

Le célèbre site d’Ebla (Tall Mardikh), dans la province d’Idleb, a été érigé au temps d’un des plus anciens royaumes de la Syrie antique. Ses tablettes d’argile (datant de 2400 à 2300 avant l’ère commune et découvertes en 1964) témoignent de l’invention du premier alphabet.

Selon l’Association pour la protection de l’archéologie syrienne (APSA), des tunnels ont été creusés sur le site. Pillée, la cité antique a aussi été ravagée par les combats entre armée et rebelles.