Les négociations de réconciliation entre les factions rivales palestiniennes du Hamas et du Fatah ont laissé de côté pour le moment la question épineuse de l’aile militaire et des armements du groupe terroriste et, avec l’aide de l’Egypte, se sont concentrées en premier lieu sur la restauration du pouvoir de l’Autorité palestinienne dans la bande de Gaza, selon des déclarations faites par des responsables et des articles parus dans les médias arabes.

Mercredi, Azzam al-Ahmad, le responsable qui dirige la délégation de la faction du Fatah, a indiqué au quotidien pan-arab Asharq al-Awsat que « l’Egypte a livré des efforts sans précédent vers la réconciliation… en raison des positionnements changeants, que ce soit aux niveaux régional ou international ».

Le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi a apporté son soutien aux pourparlers, disant que la réconciliation palestinienne est « une préparation en vue d’une paix juste entre Israéliens et Palestiniens ».

Les discussions ont commencé au siège des services de renseignement égyptiens au Caire mardi et dureront deux ou trois jours, a fait savoir un porte-parole du Fatah.

Mardi, Ahmad a estimé « qu’autonomiser le gouvernement à Gaza » serait le point principal évoqué dans les discussions actuelles.

Le négociateur en chef palestinien Azzam al-Ahmad au centre, du mouvement du Fatah, se dirige vers une réunion avec une délégation du Hamas dans un hôtel du Caire suite aux efforts de réconciliation, le 24 septembre 2014 ( Crédit : AFP/Khaled Desouki)

Le négociateur en chef palestinien Azzam al-Ahmad au centre, du mouvement du Fatah, se dirige vers une réunion avec une délégation du Hamas dans un hôtel du Caire suite aux efforts de réconciliation, le 24 septembre 2014 ( Crédit : AFP/Khaled Desouki)

Le quotidien palestinien al-Quds a fait savoir mercredi que l’Egypte avait présenté à chaque partie 22 projets visant à gérer ce stade du processus de réconciliation, avec notamment une conférence internationale soutenue par les Etats-Unis qui serait organisée dans la ville égyptienne de Sharm el-Sheikh avec une présence régionale.

Les Egyptiens auraient également proposé un nouveau cycle de négociations au Caire dans un mois, qui sera suivi par un séjour de quelques jours du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à son siège présidentiel de Gaza.

Enfin, l’article d’al-Quds indique que l’Egypte prévoit la réouverture de son ambassade à Gaza – qui sera formée d’un attaché à la sécurité qui aidera à résoudre les problèmes sécuritaires entre les deux parties. La délégation égyptienne à Gaza aidera également à faciliter les déplacements au point de passage frontalier de Rafah, ainsi qu’à régler les crises de l’électricité et de l’eau qui frappent actuellement l’enclave côtière.

Gaza ne bénéficie en ce moment que de quelques heures d’électricité quotidienne après qu’Abbas a pris la décision au mois de mars de réduire ses financements à la bande d’environ 22 %, pour tenter d’obliger le groupe terroriste à renoncer au pouvoir.

Selon l’article d’Asharq al-Awsat, dans ce premier cycle de négociations, le Hamas cherche à faire annuler certaines des mesures prises par l’AP à travers la baisse de son financement – notamment celles qui ont affecté les milliers d’employés du gouvernement de Gaza qui ont vu leurs salaires s’effondrer drastiquement ou qui ont été renvoyés.

Un responsable du Fatah au Caire, Samih Barzaq, a indiqué au journal Asharq Al-Awsat que les mesures prises par l’AP contre les employés de Gaza seraient « très vite » levées.

Un garde de sécurité du Hamas devant un portrait du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, près des bureaux gouvernementaux de Gaza Ville, le 3 octobre 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Un garde de sécurité du Hamas devant un portrait du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, près des bureaux gouvernementaux de Gaza Ville, le 3 octobre 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Les deux parties restent profondément en désaccord toutefois sur l’avenir de l’aile armée du Hamas, forte de 25 000 hommes, qui, selon le groupe terroriste, est non négociable.

Abbas a fait savoir qu’il ne permettra à aucun gouvernement d’unité de se former sans que toutes les armes palestiniennes ne soient placées sous le contrôle de l’AP.

Pour sa part, le chef du Hamas Ismail Haniyeh a indiqué que les armes de la « résistance » – se référant à l’armée du groupe terroriste – ne sauraient être abandonnées avant la fin du conflit avec Israël.

Haniyeh a toutefois précisé que la décision d’entrer en guerre avec Israël serait une décision palestinienne collective.

Sur la question des armes du Hamas, Ahmad, qui est en charge de la réconciliation pour le Fatah, a expliqué qu’il n’était pas nécessaire d’en discuter à ce stade.

« Nous avons des accords très clairs avant et après la division et il n’est pas nécessaire de parler de choses qui ne sont pas indispensables, telles que les armes de la résistance et les employés. Ce sont des obstacles qui visent à faire se propager la frustration et le désespoir », a-t-il indiqué au site d’information palestinien Quds Press, lundi.

Les deux parties ont convenu que l’accord souscrit au Caire en 2011 – qui réclame l’organisation d’élections présidentielles et parlementaires et la restructuration des services de sécurité – servirait de cadre pour les discussions actuelles.

Reflétant la déclaration faite par Haniyeh, Ahmad a ajouté que « la décision du type de résistance choisie est une décision nationale, qui n’est pas sectaire, et personne n’a le droit de prendre la décision de mener une guerre seul ».

Tout en reconnaissant que la question des employés était un « obstacle », Ahmad a indiqué qu’elle « serait résolue dans les quatre mois à venir ».

Les islamistes du groupe terroriste du Hamas et le mouvement du Fatah en Cisjordanie d’Abbas sont aux prises depuis qu’ils ont combattu une guerre civile en 2007.

Rami Hamdallah, au centre, Premier ministre de l'Autorité palestinienne, pendant une réunion gouvernementale de réconciliation à Gaza Ville, le 3 octobre 2017. (Crédit: Mohammed Abed/AFP)

Rami Hamdallah, au centre, Premier ministre de l’Autorité palestinienne, pendant une réunion gouvernementale de réconciliation à Gaza Ville, le 3 octobre 2017. (Crédit: Mohammed Abed/AFP)

De multiples tentatives précédentes de réconciliation ont échoué mais la dernière initiative prise par l’Egypte a été fortement encouragée le mois dernier lorsque le Hamas a accepté de céder le pouvoir civil à Gaza.

Les discussions suivent une avancée déterminante qui a eu lieu la semaine dernière, lorsque le Premier ministre Rami Hamdallah a visité Gaza, contrôlé par le Hamas, pour la toute première fois depuis 2015 et que ses ministres ont officiellement pris le contrôle des départements gouvernementaux là-bas.

De hautes personnalités présentes dans la délégation du Fatah en Egypte comprennent le chef des renseignements Majed Faraj et Fayez Abu Eita, un chef de parti dans la bande de Gaza, a fait savoir l’agence de presse palestinienne officielle Wafa.

Le nouveau vice-président du Hamas Salah al-Aruri qui, ces dernières années, était le chef des opérations du groupe terroriste en Cisjordanie et le chef de l’organisation à Gaza Yahya Sinwar sont pour leur part à la tête de la délégation du Hamas, a fait savoir un porte-parole.

L’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.