Au mois de septembre 1996, le tout nouveau Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait autorisé l’ouverture d’une deuxième sortie, une humble ouverture sur la Via Dolorosa dans le quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem pour les visiteurs des tunnels souterrains du mur Occidental qui courent le long du mont du Temple.

Que cela ait été fait en accord ou non avec le Waqf (autorité musulmane) ou d’autres, cet acte relativement peu important de construction entrepris dans la Vieille Ville ultra-sensible de Jérusalem avait été immédiatement dénoncé par le chef de l’OLP Yasser Arafat comme étant une agression à l’égard de l’islam. Les mouvements de protestation avaient éclaté sur le territoire, et, lors des affrontements armés qui s’en étaient suivis, 17 soldats israéliens et 70 Palestiniens avaient trouvé la mort.

Vingt ans plus tard, ses conseillers affirment que l’une des plus hautes priorités du président américain élu Donald Trump est la relocalisation de l’ambassade des Etats Unis. Cette dernière quitterait Tel Aviv pour s’installer à Jérusalem, et l’ambassadeur désigné David Friedman a expliqué, via un communiqué émis par l’équipe de Trump, qu’il s’attend à assumer sa mission au sein de la capitale israélienne.

Les dirigeants palestiniens ont d’ores et déjà mis en garde contre des conséquences violentes qui seraient entraînées par la réalisation par Trump de sa promesse de campagne de relocaliser l’ambassade au sein de ce qu’il a qualifié de “capitale éternelle du peuple juif”.

Dans un appel lancé lors d’une conférence cette semaine, le chef des négociations de l’OLP Saeb Erekat a indiqué que son organisation révoquerait sa reconnaissance d’Israël, que le processus de paix serait terminé et que la région serait la proie d’émeutes.

De plus, a-t-il prédit, l’Amérique serait forcée de fermer ses ambassades à travers tout le monde arabe, les citoyens ne tolérant plus sa présence.

Disons-le autrement : la violence provoquée par l’ouverture du tunnel au mur Occidental ne serait qu’une promenade de santé en comparaison.

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Netanyahu, aujourd’hui Premier ministre israélien resté le plus longtemps en service à part David Ben-Gourion, semble rester impassible.

Peut-être que Netanyahu ne pense pas fréquemment à ce qu’il s’était produit en septembre 1996 ou peut-être y pense-t-il souvent. Peut-être se souvient-il que les violences se sont en fin de compte arrêtées et que ce deuxième accès aux tunnels du mur Occidental est encore en service.

Ron Dermer, ambassadeur de Netanyahu aux Etats-Unis et très proche conseiller, a salué l’ouverture anticipée de l’ambassade américaine à Jérusalem comme étant “un grand pas en avant” pour la paix et “un message fort contre la délégitimation d’Israël”.

Netanyahu, qui au début de la semaine a accueilli toute l’équipe du Times of Israel pour un long briefing sans précédent mais qui restera strictement privé, durant lequel il a toutefois accepté d’offrir un aperçu de ses pensées, s’est depuis contenté de dire publiquement et avec enthousiasme que le projet de la relocalisation de l’ambassade était « génial ».

Un tel enthousiasme est évident en soi. Jérusalem est la raison d’être de l’état juif. C’est notre capitale historique. C’est une ville essentielle dans notre foi.

Et cela fait 3 000 ans que Jérusalem est nichée dans le coeur de tout ce qui forme notre sentiment national, quelles que soient les révisions de l’histoire entreprises par l’UNESCO et d’autres forums internationaux mensongers, quelle que soit l’intensification des récits de narration déclinés par les Palestiniens visant à nous déconnecter de Jérusalem.

Mordechai ‘Motta’ Gur (assis, avec les cheveux noirs et frisés) et ses troupes surveillent la vieille ville avant de lancer une attaque en mai 1967 (Crédit : t: Wikimedia Commons CC BY-SA/Mazel123)

Mordechai ‘Motta’ Gur (assis, avec les cheveux noirs et frisés) et ses troupes surveillent la vieille ville avant de lancer une attaque en mai 1967 (Crédit : t: Wikimedia Commons CC BY-SA/Mazel123)

Ayant retrouvé une souveraineté sur l’Ouest de la ville avec l’indépendance, et recapturé la Vieille Ville et la partie Est lors de la Guerre des Six Jours, Israël a toujours cherché à faire en sorte que la communauté internationale reconnaisse Jérusalem comme étant sa capitale. Les Etats Unis, comme la majorité des nations, ne l’ont pas fait.

Jusqu’en 1930, il n’y a eu que 13 pays qui ont maintenu leurs ambassades au coeur de la ville, mais, en conséquence, les Israéliens ont dû assister avec douleur au départ successif de la majorité d’entre elles à Tel Aviv — le Costa Rica et le Salvador ont été les deux derniers pays à s’y réinstaller en 2006. Et maintenant que Trump semble apparemment enclin à renverser le cours de ce mouvement de boycott diplomatique, comment le Premier ministre israélien, et la population entière dans cette affaire, pourraient faire autre chose qu’exulter ?

Netanyahu voit pleinement dans la volonté de Trump de relocaliser son ambassade en Israël un mouvement extraordinaire d’amitié et de soutien apporté au pays en plus d’un signal, parmi les plus clairs, lancé en direction des Palestiniens et du monde arabe que l’heure d’un changement catégorique a sonné à Washington.

Croyant avec ferveur qu’Israël doit à la fois être un pays fort, au projet fort, pour parvenir à survivre dans une région dangereuse, la dernière chose que Netanyahu serait instinctivement prêt à faire serait de suggérer à Trump de reconsidérer son action prévue de sionisme présidentiel en raison des menaces de fin du monde formulées par les semblables de Saeb Erekat.

Le premier ministre Benjamin Netanyahu et le négociateur palestinien en chef Saeb Erekat à Jérusalem, en avril 2012. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO/Flash90)

Le premier ministre Benjamin Netanyahu et le négociateur palestinien en chef Saeb Erekat à Jérusalem, en avril 2012. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO/Flash90)

Il y a toutefois de nombreuses façons pour un président des Etats Unis de relocaliser une ambassade. Vous pouvez ainsi, comme l’a suggéré la semaine dernière Mark Zell, le président du groupement Republicans Overseas, simplement changer la plaque sur le Consulat américain actuel. Ou vous pouvez passer des années à construire une structure totalement nouvelle.

Vous pouvez annoncer cette initiative en tant que rejet absolu de toutes les revendications de souveraineté non-israéliennes à travers toute la ville. Ou vous pouvez souligner le fait que le lieu choisi appartient à l’avant 1967, sur la partie Ouest de Jérusalem ostensiblement non disputée, et affirmer que son ouverture ne préfigure rien de la partie-Est encore source de conflit.

Vous pouvez calibrer l’annonce en tant qu’aboutissement programmé des négociations de paix que vous avez l’intention de convoquer. En feuilletant le livre de la diplomatie française, vous pouvez bien faire comprendre que vous cherchez à trouver un arrangement mais que, quoi qu’il survienne lors de ces discussions, vous réinstallerez votre ambassade à Jérusalem à une date spécifique.

Outre encore un grand nombre d’autres idées.

Avec sa promesse de relocaliser l’ambassade, Trump, le suprême artisan de cet accord, a souligné ces derniers mois qu’il adorerait pouvoir sceller l’accord “le plus dur d’entre tous”, celui qui résoudra le conflit israélo-palestinien” et qu’il aimerait “tenter le coup”.

On peut estimer que s’aliéner absolument l’une des deux parties en faisant précéder les négociations par une démarche qui pourrait anéantir tout travail ultérieur n’est pas la voie la plus évidente que peut choisir un médiateur de paix.

D’autres affirmeront sans aucun doute que faire clairement savoir à l’autre partie que les règles du jeu ont changé – et il vaut mieux que ce soit le cas rapidement – est la meilleure tactique d’ouverture possible.

Et devant tant de choses qui s’annoncent en amont de la présidence imminente de Trump, nous observons, nous attendons, nous nous interrogeons.

Et nous espérons également – nous les amoureux de Jérusalem, qui vivons à Jérusalem, nous dont le quotidien se détache avec, en toile de fond, les sensibilités résonnantes, uniques et incendiaires de Jérusalem – que nos dirigeants se montreront sages et avisés.