VARSOVIE, Pologne – Une organisation juive a ouvert une base de données pour aider des milliers de survivants de la Shoah a récupérer leurs biens volés à Varsovie durant la Seconde Guerre mondiale et le communisme, après que le gouvernement a annoncé que les réclamations devront être faites dans les 6 mois.

La World Jewish Restitution Organization (WRJO) a annoncé le lancement de ce nouvel outil lundi, trois mois après l’entrée en vigueur de cette fenêtre extrêmement limitée pour déposer des réclamations au sujet de biens nationalisés par le gouvernement polonais juste après la Shoah, durant laquelle 90 % des juifs polonais ont été exterminés.

En juin dernier, la mairie de Varsovie a publié une liste des 2 613 adresses ouvertes aux réclamations, mais sans y mentionner les noms des propriétaires.

La base de donnée de la WRJO associe les adresses à des noms de propriétaires recueillis dans l’Annuaire des Propriétaires de Varsovie des années 1930, 1939 et 1940, ainsi que dans des documents concerant des hypothèques, a expliqué la WRJO.

Ces régulations étaient basées sur une récente loi qui accordait aux potentiels prétendants à la propriété de Varsovie un délai de 6 mois pour se présenter. Tous ces biens n’appartenaient pas à des juifs, mais il semblerait que ce soit le cas pour de nombreuses adresses.

L'entrée de la synagogue Nozyk, à Varsovie, en Pologne, la seule synagogue de la ville qui a survécu à la Seconde Guerre mondiale. Construite entre 1898 et 1902 et restaurée après la guerre, elle est toujours utilisée aujourd'hui, et accueille la communauté juive de Varsovie ainsi que d'autres organisations juives. (Crédit : Flash90)

L’entrée de la synagogue Nozyk, à Varsovie, en Pologne, la seule synagogue de la ville qui a survécu à la Seconde Guerre mondiale. Construite entre 1898 et 1902 et restaurée après la guerre, elle est toujours utilisée aujourd’hui, et accueille la communauté juive de Varsovie ainsi que d’autres organisations juives. (Crédit : Flash90)

Les demandeurs qui ne se présenteraient pas dans les délais impartis abandonneront leurs droits sur ces propriétés, et la ville fera l’acquisition des propriétés non-réclamées.

« Il y a une opportunité très limitée pour rendre une certaine forme de justice à ceux qui ont tant souffert », explique Gideon Taylor, président des opérations de la WRJO, qui a créé cette base de données.

La nouvelle loi, entrée en vigueur en septembre, concerne ceux qui avaient des biens immobiliers à Varsovie et qui avaient tenté de les récupérer après la guerre. À cette époque, le régime communiste avait saisi la plupart des biens d’avant-guerre, des juifs et non-juifs confondus, ce qui a rendu les réclamations impossibles jusqu’à la chute du communisme en 1989.

Depuis, certains propriétaires ont entamé des démarches juridiques compliquées pour récupérer leurs biens, mais ces démarches s’avèrent difficiles pour les juifs qui ont fui la Pologne pour s’installer à l’étranger.

Taylor confirme qu’il n’est pas évident de déterminer combien de ces biens appartenaient à des juifs, mais il estime qu’il doit tout de même y en avoir un certain nombre. En effet, Varsovie comptait 30 % de juifs avant la guerre, et les juifs étaient bien représentés dans la classe professionnelle propriétaire.

Avant la guerre, la Pologne abritait 3,3 millions de juifs, la plus grande communauté d’Europe, et deuxième au monde après les États-Unis. La plupart de ces juifs ont péri durant la Shoah.

En dépit de l’absence de loi qui régule la question des biens des juifs en Pologne, les tribunaux polonais ont accordé une compensation et une restitution à plusieurs demandeurs polonais au cours des dernières années. Plusieurs avocats et experts polonais ont déclaré au JTA qu’il est impossible de savoir combien de ces réclamations ont été émises par des juifs.

En 1997, la Pologne a adopté une loi pour la restitution des propriétés appartenant à la ville, mais plus de 15 ans après le délai imparti aux réclamations, la majorité de ces biens, soit plus de 5 000 réclamations, n’ont toujours pas été résolues, et plus de la plupart des réclamations résolues ne se sont pas soldées ni par une restitution ni par une compensation, selon la WRJO.