Pendant la guerre du Golfe, en janvier 1991, le Général de brigade (de reserve) Nachman Shai, à l’époque porte-parole de l’armée, avait dit aux citoyens israéliens vêtus de masques à gaz de se détendre, de desserrer leurs masques, et de prendre une gorgée d’eau. Ce faisant, il a sauvé plus de vies que le nouveau système de défense antimissile non éprouvé qui avait été transporté d’urgence sur les côtes d’Israël pendant les premiers jours de la guerre.

Le système de défense aérienne Patriot a pendant l’hiver de 1991 lancé 19 salves face à 39 missiles Scud al-Hussein. Le commandant de l’Armée de l’Air d’Israël de l’époque, le Général de division (ret) Avihu Ben-Nun, aurait dit après la guerre à l’ancien pilote et analyste militaire Reuven Pedatzur, d’après le témoignage de Pedatzur devant le Congrès américain, que « de toute évidence, une seul ogive al-Hussein avait été frappée par des missiles Patriot ».

Les compte-rendus d’alors sur les succès des Patriot, a ajouté Pedatzur, citant Ben-Nun, « doivent être considérés comme de la guerre psychologique. »

Le ministre de la Défense de l’époque, Moshe Arens, a dit plus tard à la Deuxième chaîne israélienne que le nombre de missiles interceptés avec succès « était minuscule et en fait vide de sens ».

Un missile Patriot d'une tonne s'élevant dans les airs au dessus de la ville de Tel Aviv pendant la guerre du Golfe en 1991 (Crédit : Autorisation de l'armée de l'air israélienne)

Un missile Patriot d’une tonne s’élevant dans les airs au dessus de la ville de Tel Aviv pendant la guerre du Golfe en 1991 (Crédit : Autorisation de l’armée de l’air israélienne)

Pendant les 23 années suivantes, le système était en sommeil en Israël. Cet été, cependant, après une mise à jour du système, améliorant leur capacité à détecter, suivre et distinguer entre les cibles, les batteries Patriot d’Israël, connues localement sous le nom de Yahalom [Diamant] ont été mis en action quatre fois. En juillet, pendant l’opération Bordure protectrice de 50 jours, elles ont abattu deux drones du Hamas envoyés vers Israël à partir de Gaza ; puis en août un drone syrien sur le plateau du Golan et enfin, en septembre, elles ont intercepté un avion de guerre syrien Sukhoi SU-24 qui avait pénétré dans l’espace aérien israélien près de Quneitra.

Dans les conflits futurs, Israël achevant son système de défense antimissile à plusieurs niveaux, les batteries Patriot seront probablement mises de côté pour l’interception de missiles. Le système, construit par la firme américaine Raytheon et déployé tactiquement pour la première fois en 1984, couvre la menace des missiles milieu de gamme, un peu comme le système David’s Sling, qui devrait être rendu opérationnel en 2015. Le Patriot, auquel les États-Unis et Israël ont introduit plus de 30 améliorations au cours des dernières années, selon ce qu’un officier israélien a révélé en 2013 au magazine trimestriel de l’armée de l’Air, devra probablement revenir à son objectif initial : la défense contre les avions avec et sans pilote.

Cela sera nécessaire dans une future guerre avec le Hezbollah. Un militaire de haut rang a déclaré récemment au Times of Israel que le prochain conflit avec le mouvement chiite, l’ennemi le plus armé et immédiat d’Israël, commencera probablement avec une campagne « choc et stupeur » de la part du Hezbollah, y compris des vagues de drones, plutôt qu’une escalade mutuelle.

«Je ne pense pas que l’usure soit leur message depuis cet été », a-t-il dit. Les premiers jours d’un conflit futur, a-t-il ajouté, seront « durs, voire très durs ».

Et de décrire des salves de missiles sur les bases de l’armée israélienne et sur des sites stratégiques; une incursion terrestre limitée, que ce soit via des tunnels d’attaque, dont Israël doit prendre en compte l’existence malgré le manque de preuves, ou par une force d’attaque soutenu par la Syrie ; et, comme pendant la Seconde guerre du Liban et l’opération Bordure protectrice à Gaza, une augmentation de l’utilisation des drones.

Une batterie Patriot sur les côtes de Haïfa le 29 août 2013 (Crédit :  Avishag Shaar Yashuv/ Flash 90)

Une batterie Patriot sur les côtes de Haïfa le 29 août 2013 (Crédit : Avishag Shaar Yashuv/ Flash 90)

Une récente visite à une batterie Patriot, perchée au-dessus d’un plat bleu d’une mer Méditerranée bleue et plate, a étoffé les défis auxquels une unité de défense aérienne doit faire face, faisant face à des mois de monotonie suivis par des éclats occasionnels, qui ne durent souvent pas plus qu’une minute d’action frénétique .

« Nous sommes comme des coureurs de marathon qui doivent parfois faire un sprint », a déclaré le lieutenant-colonel Eitan Biran, le commandant adjoint d’une escadre de défense aérienne basé sur les Patriot.

Les soldats et soldates des batteries Patriot vivent sur le terrain, dans des structures temporaires et des centres de commandement et de contrôle humains reliés aux différentes batteries. En tant que combattants de défense, ils ne peuvent ni planifier ni lancer des attaques.

Le radar américain nouvellement mis à jour installé dans le système identifie un avion ou d’un missile hostile et fournit la taille, la vitesse, et la portée de la menace. Les données sont ensuite envoyées dans la chaîne de commandement, vérifiées, et si elle s’avère être une légitime menace de l’ennemi, transmise à l’équipe de réponse appropriée.

La compétence requise, lors d’une augmentation du trafic aérien en raison de la guerre et et de la tromperie préméditée par l’ennemi, « est d’être en mesure de savoir ce que vous voyez, de se méfier à temps, pour sonner l’alarme et faire fonctionner le système de la meilleure façon possible », explique Biran.

La menace en « trajectoire courbe » des roquettes et des missiles, a-t-il ajouté, ont un point de départ et point d’arrivée; l’arc de la menace est connue. En revanche les avions peuvent changer le cap. « La menace peut venir de partout », dit-il, c’est la beauté du ciel. »

Les attaques de drones des 14 et 17 juillet, respectivement près d’Ashdod et d’Ashkelon, ont trouvé les opérateurs Patriot préparés, malgré le long hiatus du système dans l’engagement de combat.

Les membres des brigades al-Qassam, la branche armée du Hamas, exposant un drone pendant une parade marquant le 27ème anniversaire du mouvement islamiste le 14 décembre 2014 dans la ville de Gaza  (Crédit : AFP/ MAHMUD HAMS)

Les membres des brigades al-Qassam, la branche armée du Hamas, exposant un drone pendant une parade marquant le 27ème anniversaire du mouvement islamiste le 14 décembre 2014 dans la ville de Gaza (Crédit : AFP/ MAHMUD HAMS)

Les infiltrations du 31 août et du 23 septembre sont venues entièrement par surprise. L’avion de combat russe piloté par un Syrien est entré dans l’espace aérien israélien à 8h57 du matin. Soixante secondes plus tard, selon un communiqué de l’armée de l’air à l’époque, l’appareil était abattu.

Biran, parlant de son bureau de Haïfa, a déclaré que l’armée de l’Air est très consciente de l’augmentation de la menace des drones du Hezbollah et du Hamas, les qualifiant de menaces difficiles, complexes et dangereuses contre laquelle « il est difficile de se défendre », d’autant que les ennemis d’Israël les améliorent constamment.

Les industries aéronautiques iraniennes ont dévoilé ces dernières années une série de drones, y compris le Yasir, une version petite et difficile à détecter du Scan-Eagle américain. Il y a quelques jours, l’Iran aurait confirmé la livraison de tels engins à Harakat Hezbollah al-Nujaba ; la milice chiite en Iran ayant des liens avec l’organisation libanaise, ce qui signifie que ce n’est qu’une question de temps jusqu’à ce que le Hezbollah installe l’engin près de la frontière israélienne.

Des avions iraniens frappant Israël sont un scénario très peu probable. Mais le Patriot, qui avait montré un succès si limité pendant la guerre du Golfe que le chef d’Etat-major de l’époque, feu le Général Dan Shomron, l’avait un jour de « mythe », a fait ses preuves en tant que partie intégrante de la réalité de défense aérienne d’Israël.