Si la prochaine administration américaine du président élu Donald J. Trump tient sa promesse de campagne de déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, ce sera considéré comme « une déclaration de guerre » contre tous les musulmans, a déclaré vendredi le juge suprême de la Sharia de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud al-Habbash.

« La nouvelle administration américaine compte transférer son ambassade à Jérusalem. De manière simple, calme et rationnelle, en termes clairs qui n’ont pas besoin d’explication et qui ne sont pas ambigus : une telle mesure, pour chaque musulman, serait une déclaration de guerre à tous les musulmans », a déclaré Habbash vendredi pendant un sermon diffusé sur la chaîne officielle de l’AP, et auquel assistait le président de l’AP, Mahmoud Abbas.

Le discours était traduit par une association israélienne de suivi des médias palestiniens, Palestinian Media Watch (PMW).

Habbash, qui est aussi un proche conseiller d’Abbas, a ajouté que « nous ne sommes les ennemis de personne, et nous ne voulons pas l’être. Nous ne sommes pas des ennemis des Etats-Unis, et nous ne voulons pas l’être. Cependant, quand quelque chose blesse notre foi et notre existence, nous ne pouvons pas rester là à ne rien faire. »

Il a ajouté que « Jérusalem occupée est notre capitale éternelle, la capitale de notre existence et la capitale de notre état. En politique, il peut y avoir des compromis ici et là… En politique, il peut y avoir des négociations. Cependant, en ce qui concerne la religion, la foi, les valeurs, l’éthique, et l’histoire, il ne peut pas y avoir de compromis. »

Trump et son équipe ont déclaré à plusieurs reprises avoir l’intention de déplacer l’ambassade américaine vers la capitale israélienne, entraînant des condamnations généralisées des dirigeants palestiniens, et même une mise en garde du secrétaire d’Etat américain sortant John Kerry.

Vendredi, pendant un entretien accordé à CBS News, Kerry avait déclaré que déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem entraînerait « une explosion, une explosion absolue de la région, pas uniquement en Cisjordanie, et peut-être même en Israël, mais dans toute la région. »

Le gouvernement jordanien avait lui aussi mis en garde contre cette mesure jeudi. Mohamed Momani, ministre jordanien de l’Information, a déclaré que déplacer l’ambassade serait une « ligne rouge » pour la Jordanie, que cela « enflammerait les rues arabes et islamiques », et serait un « cadeau aux extrémistes ».

Vendredi, Abbas avait prévenu Trump de ne pas déplacer l’ambassade.

Il a invité Trump à visiter les territoires palestiniens, mais a également ajouté que « nous vous appelons à ne pas mettre en œuvre votre déclaration […] parce que nous la considérons comme une déclaration agressive, quand vous dites que vous voulez déplacer l’ambassade à Jérusalem. »

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, pendant son discours devant le 7e congrès du Fatah, réuni à la Mouqataa, le siège de l'Autorité à Ramallah, en Cisjordanie, le 30 novembre 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, pendant son discours devant le 7e congrès du Fatah, réuni à la Mouqataa, le siège de l’Autorité à Ramallah, en Cisjordanie, le 30 novembre 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Les Palestiniens revendiquent Jérusalem Est comme capitale de leur futur état. Une décision américaine de déplacer l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem signalerait que les Etats-Unis acceptent Jérusalem comme la capitale d’Israël. Le statut de Jérusalem est l’un des sujets centraux qui doivent être résolus dans des négociations israélo-palestiniennes sur un état palestinien.

Israël a annexé Jérusalem Est et la Vieille Ville après avoir conquis la zone pendant la guerre de 1967. Le Conseil de sécurité des Nations unies affirmé le mois dernier que cette région était un territoire palestinien occupé, une désignation qui a été rejetée avec colère par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a fustigé la notion que le mont du Temple et le mur Occidental puissent être définis comme ne faisant pas partie d’Israël. Les Etats-Unis se sont abstenus pendant le vote de cette résolution, ce qui lui a permis d’être adoptée, ce qui a fortement irrité Israël, et a été critiqué par Trump.

Le négociateur palestinien Saeb Erekat a déclaré le mois dernier qu’il démissionnerait, que le processus de paix sera terminé pour toujours, que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) reviendrait sur sa reconnaissance d’Israël et que les Etats-Unis seraient forcés par l’opinion publique arabe de fermer leurs ambassades dans tout le monde arabe si l’administration Trump déplaçait son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem.

Kellyanne Conway, la directrice de campagne de Trump, a déclaré le 12 décembre que déplacer l’ambassade était « une très grande priorité de ce président élu, Donald Trump ». Conway avait ajouté qu’il « l’a précisé pendant sa campagne, et en tant que président élu, je l’ai entendu répéter cela plusieurs fois en privé, si ce n’est en public. »