Pendant la première de ses deux réunions de la semaine, l’organe du ministère de la Défense responsable de l’autorisation de la construction dans les implantations de Cisjordanie a donné mardi son feu vert à 1 292 logements.

La sous-commission de planification de l’Administration civile a également approuvé la mise en vente de 296 maisons à Beit El, tenant ainsi une promesse faite Netanyahu aux évacués de l’avant-poste illégal d’Ulpana, démantelé en 2012.

L’Autorité palestinienne (AP) a condamné ces annonces. Le Premier ministre Benjamin « Netanyahu défie la communauté internationale, à commencer par l’administration du président [américain Donald] Trump » au moment où celle-ci cherche les moyens de relancer l’entreprise de paix, a dit le porte-parole de la présidence de l’AP, Nabil Abu Rudeineh, cité par l’agence palestinienne Wafa.

Rudeineh a affirmé que la promotion de ces logements violait les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment la résolution 2334, adoptée en décembre dernier, et qui demande qu’Israël « arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem Est. »

Sur les 1 292 logements autorisés mardi, 562 sont situés en dehors des « blocs d’implantation » qu’Israël a promis de garder dans le cadre de tout accord de paix, avec des échanges de territoires mutuellement acceptés avec les Palestiniens. D’autres logements ont été autorisés dans des implantations situées très à l’intérieur de la Cisjordanie, comme à Nokdim (146 logements), Rehelim (97). Dans la Vallée du Jourdain, des logements ont été autorisés à Tomer (55) et Maskiot (27).

Construction de nouveaux bâtiments dans l'implantation de Naale, en Cisjordanie, le 8 février 2017. (Crédit : Flash90)

Construction de nouveaux bâtiments dans l’implantation de Naale, en Cisjordanie, le 8 février 2017. (Crédit : Flash90)

Dans le Gush Etzion, au sud de Jérusalem, 344 logements pourront être construits dans l’implantation de Kfar Etzion, et 68 à Elazar. De plus, 56 logements ont été autorisés à Barkan, 170 à Nofim, huit à Beit Aryeh et 10 à Har Adar, des implantations toutes situées à l’ouest de la barrière de sécurité.

Répondant aux approbations, l’association anti-implantation La Paix Maintenant a déclaré que le gouvernement était « devenu fou » en approuvant des projets situés « profondément en Cisjordanie. »

La Maison Blanche a déclaré que la construction dans les implantations ne rendait pas service aux efforts de paix.

« Le président Trump a exprimé en public et en privé ses préoccupations concernant les implantations, et l’administration a précisé que l’activité d’implantation débridée ne faisait pas avancer les perspectives de paix. Parallèlement, l’administration reconnaît que les demandes passées de gel des implantations n’ont pas aidé à faire avancer les négociations de paix », a déclaré un porte-parole de la Maison Blanche.

Dans les 1 292 logements autorisés par l’Administration civile, il y a aussi 17 logements temporaires pour les habitants de l’avant-poste illégal de Netiv Haavot, qui doit être rasé en mars prochain.

Des habitants de l'avant-poste illégal Netiv Haavot appellent le Premier ministre Benjamin Netanyahu à éviter la destruction de leurs maisons pendant la cérémonie officielle de commémoration des 50 ans d'implantation israélienne en Cisjordanie et sur le plateau du Golan, le 27 septembre 2017. (Crédit : Chaim Goldman)

Des habitants de l’avant-poste illégal Netiv Haavot appellent le Premier ministre Benjamin Netanyahu à éviter la destruction de leurs maisons pendant la cérémonie officielle de commémoration des 50 ans d’implantation israélienne en Cisjordanie et sur le plateau du Golan, le 27 septembre 2017. (Crédit : Chaim Goldman)

Les logements seront situés devant l’implantation d’Alon Shvut, dans le Gush Etzion, mais ne seront autorisés que pendant trois ans.

Cette façon de procéder revient à cautionner les implantations sauvages en Cisjordanie, a dénoncé La Paix Maintenant, affirmant que Netanyahu, confronté aux pressions du mouvement des implantations et aux enquêtes de police le visant, « s’emploie à prouver son extrémisme, sans se soucier des conséquences d’une expansion massive de la colonisation sur l’avenir de la solution à deux états. »

Les habitants de Netiv Haavot ont cependant eux aussi fustigé la solution de « solution temporaire » du gouvernement pour les 15 familles qui doivent perdre leur maison. Mardi, dans un communiqué, les habitants ont affirmé que les approbations de l’Administration civile étaient « insuffisantes. »

« Nous appelons le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de l’Education Naftali Bennett, les ministres et les députés à ne répéter les erreurs du passé de Migron, d’Amona, d’Ofra et de Beit El, et de cesser de trainer des pieds. »

Critiquant encore le projet, Ami Gvirtzman, habitant de Netiv Haavot, a dit au Times of Israël que pendant leurs réunions avec le Premier ministre, Netanyahu lui avait promis des maisons de remplacement pour celles qui doivent être rasées, qui devaient être construites dans le même quartier de l’implantation d’Elazar. « Ce qui a été approuvé aujourd’hui est à l’opposé de ce qui nous a été dit. »

La sous-commission de planification se réunit à nouveau mercredi et devrait adopter des projets de 650 logements supplémentaires.

Evacuation de la synagogue de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, par la police israélienne, le 2 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Evacuation de la synagogue de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, par la police israélienne, le 2 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ces projets sont notamment ceux qui doivent permettre de reloger les évacués des avant-postes illégaux de Migron et d’Amona, respectivement démolis en septembre 2012 et février 2017, après que la Haute cour de Justice a jugé qu’ils étaient construits sur des terrains palestiniens privés.

Après avoir fustigé Netanyahu ces derniers mois, qu’il accusait de « trainer des pieds » sur l’approbation du projet d’extension de son implantation, le maire de Beit El Shai Alon a remercié le gouvernement dans un communiqué publié mardi.

« Nous espérons que ces 300 logements ne sont que le sommet de l’iceberg et annonce d’autres approbations de logements. Comme ils construisent à Rishon Lezion, Kfar Saba et Raanana, nous devons aussi construire à Beit El, Ofra et Efrat », a-t-il dit.

Lundi, un autre organe du ministère de la Défense a accordé des permis de construction pour 31 logements dans la partie juive de Hébron.

C’est la première fois depuis 15 ans qu’une construction israélienne est approuvée dans la ville de Cisjordanie, et cette décision est vue comme une réponse à la récente adoption par l’UNESCO d’une motion classant la vieille ville de Hébron comme un site de patrimoine palestinien en péril.

Des soldats israéliens à un checkpoint de Hébron, en Cisjordanie, devant le quartier juif de Tel Rumeida, le 21 septembre 2016. Illustration. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Des soldats israéliens à un checkpoint de Hébron, en Cisjordanie, devant le quartier juif de Tel Rumeida, le 21 septembre 2016. Illustration. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

La municipalité palestinienne de Hébron devrait néanmoins porter la décision en justice dans les prochaines semaines, en expliquant qu’elle a un statut de bail protégé sur le terrain concerné.

La Paix Maintenant a affirmé que les approbations de Hébron et de Netiv Haavot étaient « particulièrement enrageantes. »

« Elles indiquent aux colons que l’état de droit ne s’applique pas pour eux, et illustrent les normes légales détériorées du gouvernement quand il s’agit de l’extension des colonies », a dit l’ONG.

Malgré des informations indiquant des autorisations pour 4 000 logements, le nombre exact de logements qui devrait être approuvé mardi et mercredi est de 1 941, dont 1 196 en phase finale.

Les dirigeants du mouvement des implantations ont exprimé leur frustration face à ce qu’ils estiment être un nombre insuffisant de logements approuvés cette semaine. Suite à la publication du programme des réunions de l’Administration civile cette semaine, Yossi Dagan, le président du Conseil régional de Samarie, a vivement critiqué Netanyahu et son gouvernement.

« Nous devons dire la vérité. L’empereur est nu », a dit Dagan dans un communiqué, où il a jugé que Netanyahu était malhonnête, car il ne tenait pas les promesses faites aux dirigeants des implantations pour autoriser plus de 3 000 logements.

« Nous sommes fatigués de remercier [ce gouvernement] pour chaque os qu’il nous jette, a dit Dagan. Le Premier ministre rate une opportunité historique, qui ne se reproduira probablement pas. Nous avons actuellement un président américain qui, même s’il n’est pas d’accord [avec la construction dans les implantations], ne la condamnera pas comme cela a été fait pendant le mandat [de son prédécesseur, Barack] Obama. »

L’AFP a contribué à cet article.